Fast & Furious Presents : Hobbs & Shaw, le buddy-movie qui n’a rien de Rapide ou de Dangereux

Synopsis : « Depuis que Hobbs, fidèle agent de sécurité au service diplomatique des Etats-Unis, combatif mais droit, et Shaw, un homme sans foi ni loi, ancien membre de l’élite militaire britannique, se sont affrontés en 2015 dans Fast & Furious 7 ; les deux hommes font tout ce qu’ils peuvent pour se nuire l’un à l’autre.
Mais lorsque Brixton, un anarchiste génétiquement modifié, met la main sur une arme de destruction massive après avoir battu le meilleur agent du MI6 qui se trouve être la sœur de Shaw. Les deux ennemis de longue date vont devoir alors faire équipe pour faire tomber le seul adversaire capable de les anéantir. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Fast & Furious, en voici une franchise lucrative qui aura, et fait encore, les beaux jours de la société de production Universal Pictures. Ce qui était au démarrage qu’un remake à peine caché du film Point Break réalisé par Katherine Bigelow, est aujourd’hui devenu… et là le blanc. Comment qualifier une telle saga ? Comment qualifier ce qui a été à la fois le pire reflet du cinéma d’action, avant de revenir avec un opus qui demeure aujourd’hui un des plus grands films d’action de ses dix dernières années ? Fast Five, ce film qui aura réussi à redorer le blason d’un nom mit six pieds sous terre finalement bien trop tôt. Malheureusement, ceci semblait n’être qu’une passade, les épisodes suivants ayant préféré choisir de reproduire la formule précédente au lieu d’avancer et d’emmener la licence vers quelque chose d’encore nouveau. En attendant le neuvième épisode, actuellement en tournage et prévu pour le courant de l’année 2020, deux petits gars ont décidé de faire chambre à part. Dwayne Johnson et Jason Statham alias Luke Hobbs et Deckard Shaw. Deux personnages que tout oppose, l’un étant un policier et l’autre un mercenaire, mais qui vont devoir s’unir pour sauver le monde. Si ça, ce n’est pas original ! Le spin off qui met un bon coup de pied au cul à une franchise qui s’essouffle et perd de la vitesse ?

Fast & Furious est une série que j’apprécie particulièrement. Derrière des défauts incroyables et notamment un casting constitué d’acteur.rice.s aux égos surdimensionnés, subsiste une licence qui a su se renouveler avec le temps. Une licence qui m’a accompagné pendant très longtemps et que j’ai suivie durant toutes ses années avec le même plaisir que le fait de retrouver des connaissances lointaines le temps de prendre quelques verres et de refaire le monde une fois tous les trois ans. Ce que l’on nomme plus couramment : jouer sur la nostalgie. Une franchise qui ne se prend pas au sérieux, qui a décrété que le terme over the top n’était semble-t-il pas suffisant pour la caractériser. Et c’est fondamentalement pour ça que je l’apprécie, malgré tout. Néanmoins, derrière cette avalanche de séquences d’action improbables réside une réelle volonté de rester terre-à-terre et proche des personnages qui sont de simples êtres humains. C’est improbable, mais au sein de cette diégèse dans laquelle c’est développé l’univers de Fast & Furious, l’on y croît. C’est ce qui permet au spectateur de prendre du plaisir. Les personnages ne sont pas des super héros, mais une fois au volant de véhicules ils sont instoppables. L’utilisation d’effets spéciaux va permettre par la suite de créer une dose supplémentaire de spectaculaire et d’aller encore plus loin, mais la base réside dans des cascades réalistes. Course poursuite ou combats réalisés en plateau et non simplement à l’aide de polygones numériques. Cascades, qui par ailleurs, sont filmées de manière à retranscrire à l’image l’intensité des chorégraphies. Ce n’est pas la réalisation et le montage qui viennent donner le tempo et introduire une certaine brutalité dans les coups de poings ou de volants. La technique au service de la mise en scène. Si Justin Lin c’était déjà quelque peu écarté de cela avec The Fate of the Furious, Hobbs & Shaw ne fait que confirmer et sans aucune honte.

Réalisé par David Leitch (co-réalisateur de John Wick puis réalisateur des films Atomic Blonde et Deadpool 2), Hobbs and Shaw est un buddy movie d’action dont le cœur du scénario et de la mise en scène, réside dans le traitement de l’opposition entre les deux protagonistes. Deux personnages que tout oppose et qui se chamaillent sans cesse. C’est drôle quelques minutes, le temps d’introduire le duo et de poser les bases avant de lancer véritablement l’action. Ce qui est drôle quelques minutes devient lassant, interminable, pour ne pas dire insupportable lorsque l’introduction en question s’étend sur plus d’une heure de durée. Utiliser cette opposition pour créer un duel verbal bas de plafonds le temps d’une rencontre, mise en scène de manière à parodier les codes du western, peut rendre la situation drôle et cocasse. Mais utiliser cette même opposition pour qu’elle devienne un comic relief continuel, qui va désamorcer par un gag visuel (souvent d’une pauvreté abyssale) toute once de tension durant toutes les scènes d’action, ressemble à un suicide artistique. Jusqu’au moment ou, déclic : “mais si on devient ami, on devient plus fort “. L’exact même moment où résonne dans la tête du spectateur : “aller t’es bien gentil, mais j’aime pas être pris pour un con.” Le problème du film Hobbs and Shaw ne réside fondamentalement même pas dans son scénario, aussi pauvre et mal écrit soit-il. Scénario qui par ailleurs est un remake extrêmement mal caché du film Mission Impossible 2 réalisé par John Woo. Le problème majeur vient de la mise en scène, de la réalisation et de la direction d’acteurs.

Une mise en scène fade, plate et insipide, aucun set piece d’action ne possède de quoi marquer le spectateur ou tout du moins, le divertir. David Leitch joue la carte du découpage afin d’inculquer aux scènes d’action un dynamisme par le montage. Plusieurs axes de caméra, pleins de gros plans et surdécouper pour créer du dynamisme et de l’intensité. Tourner à plusieurs caméras permettant de gagner du temps et d’aller chercher beaucoup plus d’axes pour avoir plus de possibilités au montage. Réelle preuve de faiblesse qui démontre que le cinéaste n’avait aucune belle et bonne idée de mise en scène, préférant aller chercher de multiples angles, majoritairement inutiles, au lieu de l’axe parfait qui aurait fait transparaître toute l’intensité et la beauté des chorégraphies. Un cadrage majoritairement limité au plan moyen, pour ne pas dire buste, oppresse davantage l’image et n’offre jamais une belle lisibilité sur l’action. Et ce, sans parler de simples moments de dialogues filmés sous plusieurs angles et sans le moindre plan large. Aberrant en plus d’être fondamentalement moche et pas agréable à regarder. Il n’y a dans ce Hobbs and Shaw absolument aucune idée artistique, aucune idée de mise en scène ou de réalisation. Aucune notion de point de vue d’exploité (ce qui aurait pu être intéressant vis-à-vis du comic relief utilisé par exemple), aucune utilisation de la musique ou du son pour créer une dissonance ou inculquer du punch, aucun money shoot ou même perfect shoot. Aucun plan ne marque, aucune séquence ne marque, car mal filmée ou mal mise en scène. Insipide, plat, ennuyant.

Hobbs and Shaw est un film de producteur, dont les producteurs en question ne sont autres que Dwayne Johnson et Jason Statham. Les deux acteurs sont à un défilé de mode, changent de vêtements toutes les trois frames et ne transpirent à aucun moment. Lukas Hobbs et Deckard Shaw n’existent pas, David Leitch met en scène Dwayne Johnson et Jason Statham dans leurs propres rôles. Il faut qu’ils soient mis en valeur, les iconiser en permanence afin de les rendre “cool” et surtout ne jamais les mettre en danger. Sauf que le “cool” pour le “cool”, ça ne fonctionne jamais et ça fait l’effet inverse. Hobbs and Shaw avait absolument tout pour être un divertissement estival drôle et spectaculaire. Si on en retient ses premières minutes assez drôles grâce à l’alchimie entre les deux acteurs principaux, ainsi que son climax qui renoue assez bien avec l’esprit Fast & Furious, tout en offrant un combat final qui trouve enfin un bon rythme et une réelle intensité (on remarque le besoin d’utiliser le ralenti pour rendre un plan beau et lisible, ce qui met bien en avant l’incapacité à correctement mettre en scène et filmer), l’heure et demie restante en paraît dix-huit. Répétitif, lourd, mal mis en scène, pas inspiré, visuellement fade et moche… un calvaire qui ferait passer le récent Men in Black : International pour un bijou estival.


« Derrière ce remake mal caché de Mission Impossible II, se cache un buddy-movie fade, très mal mis en scène et au comic relief aussi lourd qu’agaçant. »


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