Emma, une adaptation lumineuse du roman de Jane Austen

Synopsis : « Emma Woodhouse tente de faire rencontre aux célibataires de son cercle d’amis leur âme sœur. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Initialement prévue en salles fin mai, Emma, nouvelle adaptation du roman éponyme écrit Jane Austen est désormais disponible en vidéo à la demande. Une sortie avancée dû aux conditions exceptionnelles liées à l’épidémie mondiale du Covid-19 qui affecte tous les secteurs. Face aux nouvelles mesures sanitaires qui ont, notamment affectées les salles de cinéma qui ont dû fermer leurs portes, les distributeurs s’adaptent et tentent d’offrir à leurs films des sorties plus ou moins exceptionnelles. Alors que beaucoup de films voient leurs sorties repoussées à la fin de l’année, créant ainsi un calendrier très chargé, certains autres sortent directement en version digitale sans passer par la case grand écran et sièges rouges.

Emma est, initialement, un roman publié en 1815 qui met en scène une jeune fille de la bourgeoisie anglaise qui est décrite comme étant « belle, intelligente et riche ». Emma boit le thé, danse, joue au carte mais ce qu’elle aime par dessus tout c’est quand les âmes sœurs se rencontrent notamment celles de ses amis. Une histoire de mœurs, légère et qui, avec un regard affûté, se moque avec beaucoup de sarcasme de la haute bourgeoisie qui tue le temps en s’occupant des affaires des autres et en s’inventant toutes sortes de drames superficiels. Cette nouvelle adaptation ne se veut pas révolutionnaire et bien qu’elle soit rafraîchissante d’un point de vue esthétique, ne trouve pas grand intérêt au sein de son récit peu modernisé qui passe et disparaît tel une petite pluie d’été. Si il est brillamment porté par une Anya Taylor-Joy solaire, il souffre d’un récit long et il faut l’avouer peu intéressant.

Malgré tout, le film Emma réjouit au moins dans sa première partie par son sarcasme évident sur la bourgeoisie de l’époque qui peut tout à fait s’étendre à celle d’aujourd’hui. En jouant avec les codes de la haute société, bien que le tout est trop peu approfondi, le film provoque au moins des sourires en coin en témoigne la première scène dans l’église où tout semble à la fois superficiel et bien proche des images parfaites d’un certain réseau social. Ici, pas de bulle à percer tant Emma maintient avec une certaine fermeté son ton léger. Le long-métrage tient sur la durée et bien qu’il ne surprend pas vraiment (même lorsque l’on a pas lu le livre) a au moins le mérite de ne pas faire semblant. Grâce à son casting aussi bon que connu (on y retrouve notamment Billy Nighy, Mia Goth, Johnny Flynn ou encore Josh O’Connor vu récemment dans la série The Crown), il insuffle une certaine douceur théâtrale. Douceur qui passe également par son esthétisme soigné. Telle une pièce de théâtre romanesque, les personnages se donnent à cœur joie pour sur-jouer (sans paraître grossiers), pour multiplier les costumes hauts-en-couleurs, les coiffures extravagantes et les tirades philosophiques. Immortaliser les personnages sur du papier glacer c’est le talent de la cinéaste derrière la caméra car Autumn de Wilde est avant tout une célèbre photographe spécialisée dans les portraits. Il suffit de jeter à œil à son travail d’artiste pour constater, d’un œil enjoué, que la photographe habituée à voir ses travaux sur les pages de Rolling Stones ou encore du New York Times, a réalisé un film à son image.

Si le récit manque de dynamisme et de fraîcheur, il étonne par ses couleurs solaires, ses cadres maîtrisés et ses costumes qui s’accordent parfaitement aux décors. Dans la veine d’un Marie-Antoinette, sans en avoir ni sa posture, ni son envergure, Emma porte une importance particulière à l’aspect comme si le récit en était son extension et inversement. Si il ne marquera, sans doute pas, l’année cinématographique il a le mérite de sortir à un moment où le public a besoin d’un peu d’air frais et c’est sans doute grâce à sa fraîcheur qu’il tire son épingle du jeu. En signant un premier long-métrage solaire et d’une grande qualité esthétique, Autumn de Wilde s’assure une porte vers un deuxième long-métrage qui, on l’espère, révélera une écriture plus riche.

Actuellement disponible en achat digital et à la location en Amérique du Nord (Cineplex) et en France (Vidéofutur et Rakuten).

« Emma porte une importance particulière à l’aspect comme si le récit en était son extension et inversement. »


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