El Reino, au royaume de la politique espagnole corrompue

Synopsis : « Manuel López-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu’il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Après l’excellent polar Que Dios Nos Perdone (2017), le cinéaste espagnol Rodrigo Sorogoyen s’attaque au thriller politique avec El Reino, son quatrième long-métrage à seulement 37 ans. Le film suit la descente aux enfers de Manuel López-Vidal (Antonio de la Torre, vu dans Companeros etQue Dios Nos Perdone), un politicien qui se retrouve dans un terrible engrenage lorsqu’il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption. L’originalité de El Reino, en plus d’être l’un des premiers films à évoquer la corruption espagnole aussi frontalement, réside dans le parti pris de mise en scène du cinéaste. Un parti pris consistant à suivre cette affaire du point de vue de l’homme politique corrompu, alors que le genre nous avait habitués à être placés du point de vue journalistique, notamment dans Les Hommes du Président (Alan J. Pakula, 1976). 

Un parti pris qui épouse autant le fond que la forme, le cinéaste faisant le choix esthétique d’une caméra à l’épaule constamment en mouvement, qui suit son personnage de très près. Manuel López-Vidal est un corps qui marche constamment, fuyant les journalistes et ses responsabilités dans une fuite constante, où le politicien tente de faire tomber ses bourreaux, les camarades de son parti non identifié, qui lui ont tendu ce piège infernal. La mise en scène de Rodrigo Sorogoyen est exemplaire, d’une maitrise indéniable, autant lorsqu’il est question de filmer des dialogues nerveux que des scènes d’actions dans la deuxième partie du film. Le cinéaste parvient à mettre en scène un flux d’informations dense, souligné par un jargon politique pointilleux qui aurait pu très vite accuser l’asphyxie. L’écriture extrêmement dense du film est contrebalancée par une maitrise du rythme et du montage qui dynamise le dialogue, notamment à travers deux plans-séquences virtuoses, où le cinéaste filme une montée en tension crescendo qui finit par exploser dans sa deuxième partie, où le thriller politique bascule dans un pur polar nerveux et viscéral, où les scènes d’anthologies se succèdent durant une dernière demi-heure de fuite implacable. 

Si la réussite d’El Reino réside en grande partie dans la maitrise de mise en scène de son cinéaste, elle réside aussi dans la performance de son acteur. Antonio de la Torre s’impose depuis plusieurs films comme un acteur qui compte dans le cinéma espagnol actuel. Lors de la dernière cérémonie des Goyas, El Reino a obtenu plus de 7 Goyas, dont ceux du meilleur réalisateur pour Rodrigo Sorogoyen, et du meilleur acteur pour Antonio de la Torre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne les démérite pas. L’alliage de la mise en scène nerveuse du cinéaste, et de sa caméra à l’épaule, associé à son acteur forme dans son ensemble un travail d’orfèvre, où le cinéaste parvient à filmer son personnage de politicien corrompu sans jugement, parvenant à susciter l’empathie chez le spectateur pour un personnage détestable. Et pourtant, on compatit, on a même peur dans les scènes les plus nerveuses pour ce personnage, et on finit par presque avoir envie qu’il réussisse à laver son nom et son honneur, Rodrigo Sorogoyen faisant du spectateur un complice intime de cette corruption qui gangrène la situation politique de l’Espagne. On est au plus près des rouages intérieurs de cette politique corrompue, au point que la mise en scène finisse par nous regarder frontalement dans les yeux dans un dernier plan glaçant, où le cinéaste renverse intelligemment la rédemption de son personnage pour nous interroger directement sur le voyeurisme de notre condition de spectateur. 

Rodrigo Sorogoyen parvient à renouveler la claque qu’était son polar Que Dios Nos Perdone en 2017, en imposant avec El Reino un thriller politique magistral.


« Une véritable descente aux enfers dans les rouages d’un royaume politique gangrené par la corruption, porté par son acteur Antonio de la Torre qui livre une performance mémorable.  »


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