El Presidente réalisé par Santiago Mitre [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Au cours d’un sommet rassemblant l’ensemble des chefs d’état latino-américains dans un hôtel isolé de la Cordillère des Andes, Hernán Blanco, le président argentin, est rattrapé par une affaire de corruption impliquant sa fille. Alors qu’il se démène pour échapper au scandale qui menace sa carrière et sa famille, il doit aussi se battre pour conclure un accord primordial pour son pays.”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Nouveau film de Santiago Mitre, réalisateur argentin, El Presidente poursuit la fibre politique qui anime son cinéma depuis ses deux précédents longs Paula ou encore El estudiente. Pour cette nouvelle réalisation présentée à Un Certain Regard à Cannes, le réalisateur propose de suivre la semaine d’un président “normal” qui se rend au sommet des pays d’Amérique Latine pour conclure un accord important autour de l’exploitation du pétrole. Accord qui pourrait rendre l’ensemble du continent du Sud totalement indépendant par rapport aux USA. Mais les volontés des uns vont se confronter aux manigances des autres. En ce sens, le film est un superbe portrait des enjeux de pouvoir des pays d’Amérique du Sud pour savoir qui peut prendre l’ascendant. Et en ce sens, il dépeint les tensions sourdes entre le Brésil et les autres pays mais également le poids que souhaite jouer le Mexique par rapport au voisin américain. Tout en posant la question du poids de ce président argentin sans cesse sur la corde raide, escarpée, comme La Cordillera du titre original. Titre qui aurait été plus explicite que celui choisit par le distributeur français El Presidente.

Cependant, bien plus qu’un film politique, Santiago Mitre croise le portrait de son Presidente avec celui d’un père qui doit aider sa fille fragile psychologiquement. Une fille qui vient de prendre en pleine face les révélations potentielles de son ex-mari d’une affaire de corruption concernant le Président. Pour interpréter cet homme à la carrure particulière, le réalisateur a choisi Ricardo Darín. Révélé en 2000, avec l’excellent film Les Neuf Reines de Fabián Belinsky, il est un acteur phare en Argentine. Il fut un des farouches opposants à la présidente Kirchner qui avait décidé de coupes budgétaires dans la culture. Il est aussi l’acteur le plus célèbre du continent sud-américain au point que les réalisateurs se l’arrachent… jusqu’aux USA où il a eu le culot de répondre par la négative à Tony Scott qui voulait le recruter pour interpréter le latino de service dans Man on fire. Il a même déclaré qu’il n’aimait pas le stéréotype qu’Hollywood avait sur les Latino-Américains, les réduisant à être les narcotrafiquants de service.

El Presidente propose de découvrir la face cachée d’un homme. Un type normal qui accède à une fonction qui ne l’est pas. Une fonction suprême pour laquelle il faut de l’ambition et parfois savoir écraser ses ennemis. Une fonction pour laquelle les manigances sont légions et où il faut parfois savoir faire le ménage autour de soi… au prix de situation déstabilisante notamment quand Ricardo Darín rencontre le représentant des USA pour un échange qui semble courtois. La personne qui manipule n’est pas forcément celle que l’on croit. Ce passage propose une vision étonnante et trouble de ce président argentin au point d’éclairer différemment les événements qui surviennent lors de ce sommet avec sa fille. En effet, en parallèle aux négociations économiques, c’est le portrait d’un père qui se veut aimant qui nous est proposé. Sauf que ce portrait se fissure au point de laisser le spectateur perplexe quant à l’image que cherche réellement à donner ce Presidente : est-il le Bien ou le Mal ? C’est ce double portrait qui nous amène sur une pente de doute et de questionnements superbement mise en musique par Alberto Iglesias (compositeur de Pedro Almodovar). Au départ une musique épurée qui devient entêtante au plus on découvre le portrait de ce Président ironique. Enfin une photographie admirable de Javier Julia magnifie le décor de cet imposant hôtel en altitude. Cependant, en délaissant le sommet pour l’homme, le film perd le spectateur et le noie dans des interrogations. Au point de se demander si le réalisateur n’aurait pas eu matière à proposer deux histoires qui auraient pu se répondre et se compléter.

En résumé, en poussant le portrait du président vers le paradoxe de savoir quelle est la véritable facette de cet homme, Santiago Mitre propose une vision de l’Amérique latine particulière. Un espace coincé entre les ego de pouvoir des présidentes et présidents et la manipulation par les USA qui semblent tirer les ficelles. Dans le même temps, il offre la vision d’un homme simple qui se débat avec une crise familiale pour poser la question de savoir qui est le manipulateur. Mais malgré le charisme de Ricardo Darín, El Presidente perd le spectateur dans des sous-intrigues qui gâchent cette vision épatante du pouvoir.

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Nous vous proposons l’interview à revoir en espagnol où il explique ses raisons du refus évoqué plus tôt dans l’article :

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