Dumbo, ou quand Tim Burton retrouve un peu de l’éclat de son cinéma d’antan



Synopsis : « Les enfants de Holt Farrier, ex-artiste de cirque chargé de s’occuper d’un éléphanteau dont les oreilles démesurées sont la risée du public, découvrent que ce dernier sait voler… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Après une traversée du désert où le cinéaste nous avait habitué à des œuvres variant entre le film mineur et oubliable, Tim Burton semble renouer, depuis deux ans, avec les belles heures de son cinéma d’antan. On se souvient du prometteur Miss Pérégrine et les enfants particuliers (2016) qui, s’il reste une œuvre mineure dans la filmographie du cinéaste, retrouvait déjà un certain éclat de l’imagerie Burtonienne de ses premières œuvres. C’est donc avec un mélange d’excitation, mais aussi de crainte, que nous attendions cette adaptation en live-action de Dumbo, classique des studios Disney qui semblait être taillé pour le cinéma de Tim Burton. Un éléphanteau avec de trop grandes oreilles, moqué pour sa différence, au milieu d’un cirque dans lequel l’animal passe pour un monstre de foire, un « Freak » à l’image des Freaks, ceux du classique de Tod Browning (1932). Cela vous évoque forcément l’univers du cinéaste, avec un écho évident à ses débuts au sein de l’industrie de Walt Disney dont l’artiste ne garde pas un très bon souvenir. Sa collaboration avec Disney ayant donné son Alice au pays des merveilles (2010), probablement, et à tort, l’un des films de sa filmographie les plus détestés, ce Dumbo par Tim Burton était véritablement craint par les fans du cinéaste. Et pourtant, sans crier au génie pour autant, cela faisait bien longtemps que l’on n’avait pas vu Burton aussi inspiré dans son rôle d’artisan. 

Une surprise que ne laissait pas présager une première demi-heure assez conventionnelle, où le cinéaste semble exécuter à la lettre les directives imposées par le cahier des charges des adaptations live de l’industrie aux grandes oreilles, Burton suivant l’intrigue du dessin animé original avec minutie. Les premiers CGI numériques sont assez criards, et il faut attendre l’apparition du petit éléphant pour s’émerveiller devant un monstre numérique de toute beauté. Dès les premiers numéros de cirque mettant en scène l’animal, le magicien Burton réapparaît, renouant avec la magie de son cinéma d’antan lorsqu’il est question de faire apparaître un miracle devant les yeux du spectateur. Il est difficile de ne pas voir un écho à la condition du spectateur et aux origines foraines du cinéma dans cette manière avec laquelle le cinéaste met en scène son Dumbo comme un spectacle de magie. Il est question de montrer un miracle, quelque chose qui relève de l’impossible, les spectateurs étant incités à venir « voir » le spectacle présenté par un Monsieur Loyal (Danny DeVito, émouvant en Monsieur Medici). En venant voir un éléphant qui s’envole, les spectateurs viennent voir le cinématographe, cette illusion du corps en mouvement qu’est le cinéma depuis ses origines foraines. 

Il est également plaisant de voir réapparaitre Michael Keaton, le Batman (1989) de Tim Burton, qui, 30 ans plus tard, devient le méchant, apparaissant pour la première fois dans le film de la même manière qu’il apparaissait dans le peau de Bruce Wayne, en lisant un journal dans son immense bureau de milliardaire. Bruce Wayne est devenu V.A. Vendevere, une espèce de Walt Disney, dirigeant un parc d’attraction du nom de « Dreamland », où « L’impossible devient possible ». Un regard cynique, certes sage, mais qui surprend dans un divertissement produit par le poids lourd de l’Entertainment que représente Disney aujourd’hui dans l’industrie hollywoodienne. 

On n’a d’yeux que pour la créature magique qu’est ce Dumbo, d’un réalisme bluffant. Un Être constitué uniquement de CGI. Les plus belles scènes du film sont ces purs moments oniriques de rêverie Burtonienne, où des éléphants roses, qui prennent vie sous forme de bulles, nous rappellent les premiers dessins « animés », en mouvement, de DisneyDumbo vole sous nos yeux de spectateurs, faisant le tour de la piste tout en nous adressant un regard, reproduisant ce même miracle dans un dernier plan de toute beauté où, même en dehors de la piste de cirque, l’animal se déploie en mouvement sous nos yeux comme un spectacle de magie qui nous regarde, nous spectateurs, animé par le pouvoir du cinéma. 

Il ne fait aucun doute que ce Dumbo version 2019 s’impose comme une œuvre mineure dans la filmographie de Tim Burton, au même titre qu’un Miss Pérégrine, qui s’inscrit dans la continuité thématique de l’œuvre du cinéaste. Mais qu’il est plaisant de voir un artiste retrouver, par moment, l’éclat de son cinéma d’antan, à travers un bel hommage au spectacle de magie que fut le cinéma au temps de ses origines foraines.


« Une pure rêverie Burtonienne, dans un film aussi imparfait qu’émerveillant. »


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