Downsizing réalisé par Alexander Payne [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Pour lutter contre la surpopulation, des scientifiques mettent au point un processus permettant de réduire les humains à une taille d’environ 12 cm : le “downsizing”. Chacun réalise que réduire sa taille est surtout une bonne occasion d’augmenter de façon considérable son niveau de vie. Cette promesse d’un avenir meilleur décide Paul Safranek et sa femme à abandonner le stress de leur quotidien à Omaha (Nebraska), pour se lancer dans une aventure qui changera leur vie pour toujours.”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Alexander Payne n’est pas un cinéaste né de la dernière pluie. Si vous l’avez connu avec son acclamé, et ce, à juste titre, The Descendants avec au casting George Clooney et Shailene Woodley, sachez qu’il avait déjà auparavant signé un beau film dénommé Monsieur Schmidt avec Jack Nicholson dans le rôle-titre. Même si l’on n’a pas vu ses réalisations précédentes l’année 2000, on dénote déjà au travers des œuvres précédemment nommées une patte qui lui est propre. Alexander Payne cherche encore et toujours à faire de beaux films, à mettre en scène des personnages tourmentés, dont la vie n’est pas rose, mais qui ont le pouvoir de faire en sorte que cette dernière le devienne ou le redevienne. Des drames pessimistes, mais à la finalité positive et qui tend l’oeuvre dans sa globalité vers l’optimisme. Ce qu’il faisait joliment avec Monsieur Schmidt et parfaitement avec The Descendants. Néanmoins, Alexander Payne ne peut enchaîner les succès et concède quelques erreurs de parcours. On retiendra l’écriture du scénario d’un certain Jurassic Park III (il n’était pas seul à bord), ainsi qu’un certain Downsizing qui termina en apothéose l’année cinématographique 2017 en Amérique du Nord et débute l’année cinématographique 2018 en France.

Si Downsizing s’avère être le film le plus positif et optimiste écrit (co-écrit avec Jim Taylor) et réalisé par Alexander Payne, il s’affiche également à nos yeux comme son plus mauvais, pour ne pas dire complètement raté. Downsizing conte l’histoire de Paul Safranek qui, acheté par le propos d’amis proches de la publicité, décide de réduire sa taille à 12 cm afin de vivre une vie plus belle en compagnie de sa femme. Réduire sa taille pour augmenter son niveau de vie. Un synopsis des plus aguicheur puisque traitant en quelques lignes à peine de l’avidité de l’être humain, ainsi que de sa perfidie la plus extrême. Si Charlie Brooker (créateur et un des scénaristes de la série Black Mirror) aurait pu faire de ce synopsis un moyen ou long-métrage des plus sombres, usant des caractéristiques de la science-fiction afin de lorgner sur un futur proche des plus plausibles, Alexander Payne s’en sert dans le simple but de mettre en scène une comédie à la morale éculée depuis l’année 1956 (date pas choisie au hasard). Si l’on ira pas plus loin dans les détails de la finalité du récit afin d’éviter tout spoil, il n’est pas dommageable de dire que le scénario du film Downsizing n’est pas une réussite.

Dès les premières notes de musique, dès les premiers plans, on ressent un problème qui ne va faire qu’amplifier au fur et à mesure de l’avancée du récit. Un problème de ton qui se fait ressentir notamment au travers de la musique, ainsi que du rythme verbal et du rythme du montage. Si l’histoire s’ancre pleinement dans le genre du drame pessimiste par le biais de thématiques difficiles telles que le racisme, les problèmes sociaux, la complexité de l’être humain, la technique cherche à créer un ton humoristique et à tendre vers le rire. Faire rire, redonner le sourire tout en traitant de choses qui habituellement ne tendent pas vers. Sauf que le film ne fait pas rire, et cette confrontation entre le drame et la comédie enfonce le film dans un malaise des plus déconcertants. Certains choix artistiques et techniques (longs plans fixes, des champ et contre champ, la direction des acteurs et actrices…) font comprendre que l’objectif recherché est le rire, mais la situation des personnages et le contexte des séquences en question n’ont rien de drôle. Alexander Payne ne trouve jamais la justesse adéquate afin de faire cohabiter l’empathie et le sourire, tout en cherchant à faire réfléchir sur certaines thématiques sociales et écologiques. Le propos du film n’est qu’un prétexte à créer des situations humoristiques toutes plus gênantes les unes que les autres, même si avec le recul on comprend où voulaient en venir les auteurs. Avoir des idées est une belle chose, les concrétiser en est une autre.

Si le scénario de ce Downsizing est problématique à plus d’un titre puisque n’use à aucun moment de la meilleure des manières de son concept, et, abolit sur une morale à la limite de l’indigence, ce n’est pas le seul problème du film. Si les acteurs s’en sortent avec les honneurs (Matt Damon et Hong Chau en tête), malgré une direction d’acteur catastrophique qui ne va faire que ridiculiser les personnages en accentuant des accents, intonations et postures qui ne font qu’accroître le malaise, la technique n’a pas de quoi éblouir la rétine. Avec un tel concept de départ qu’est le rétrécissement de taille extrême, les possibilités de jeux sur les perspectives sont infinies et la technologie moderne dispose des moyens (matériel avec diverses focales et immatériel avec l’incrustation entres autres) qui permettent de créer des plans aussi beaux que significatifs. Il n’en est rien. Phedon Papamichael, chef opérateur sur le film, et Alexander Payne filment les personnages tels qu’ils filmeraient des humains normaux dans des décors qui le seraient tout autant, le tout éclairé de manière criarde qui hurle au factice tout du long. Aucun jeu de focale qui joue sur les perspectives, les arrières-plans sont plats et les premiers plans fades au possible. Aucun plan majeur, aucun plan significatif mis à part lors du final. Signification dont on se serait bien passée, à l’image du film Downsizing dans son intégralité tant il n’y a malheureusement rien à sauvé de ce rétrécissement positif dans sa finalité certes, mais cinématographiquement malaisant.

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