Donnybrook, violence latente dans une oeuvre radicale

Synopsis : « Ex-marine, Jarhead est un père désespéré. Non seulement il est prêt à tout pour nourrir ses enfants, mais c’est aussi un combattant redoutable. Le Donnybrook, un tournoi de combat à poings nus qui se déroule dans les forêts de l’Indiana, constitue pour lui une chance unique d’accéder à une vie meilleure. Le prix accordé en espèces au gagnant résoudra tous ses problèmes, il en est convaincu. Chainsaw Angus, de son côté, a raccroché les gants depuis longtemps. Cette légende des combats clandestins, jusqu’alors invaincue, s’est reconvertie avec sa sœur, Liz, dans la fabrication de méthamphétamine. Le Donnybrook sera le lieu de leur perdition… ou de leur rédemption. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Réalisateur méconnu, pour ne dire méconnu, aura mis du temps avant de réussir à offrir à son public son oeuvre qui répond au doux nom de Donnybrook. Et si elle nous est parvenu en ce jour, c’est grâce à l’abnégation d’une société de production et de distribution : The Jokers. Dernièrement mis en valeur grâce au succès du film Parasite, The Jokers est un studio de production et de distribution dont l’adjectif le plus représentatif serait : abnégation. Ne jamais céder, toujours aller de l’avent afin de promouvoir des œuvres qui méritent de trouver leur public, et de permettre à certains auteurs d’aller au bout de leurs démarches artistiques. Un studio à nuls autre pareil qui nous a permis de découvrir des œuvres marquantes. De Lost River à The Raid 2, en passant par Cold in July ou encore The Dead Lands, sans oublier High Rise, The Neon Demon, Brimstone ou encore les récents Dirty God, Skin et Vivarium. Un catalogue éclectique qui tourne autour d’un adjectif et non des moindres : conceptuel. Ce sont tous des films à concept. Des films qui vont exploiter un concept (narratif ou visuel) afin de raconter une histoire ou le manichéisme n’a fondamentalement pas sa place. Remettre l’homme au rang d’animal sans omettre comment il en est arrivé là. Si certaines propositions sont plus radicales que d’autres, elles ont pour point commun d’aller au bout de leurs idées. D’aller au bout d’un parti pris de mise en scène ou narratif. De ne pas céder face à la facilité que serait celle de se replace dans un chemin balisé afin d’être certain de ne pas perdre son public quelques minutes avant la fin.

Ne pas céder à la facilité et assumer son parti pris est a risque. Mais c’est ce qui inculque à l’oeuvre son intérêt et marque l’esprit. C’est dans ses imperfections dues à un parti pris assumé que l’on reconnaît la patte créative d’un artiste. L’on ne recherche pas un chef d’oeuvre en tant que spectateur, l’on recherche une proposition de cinéma. Avec Donnybrook, le cinéaste Tim Sutton démontre qu’il avait des idées. Des idées de mise en scène afin d’inculquer à son oeuvre une radicalité qui marque et entraîne. Peu de paroles, peu d’explications sur la situation initiale, mais un enchaînement de séquences qui vont permettre au spectateur de se situer puis de comprendre. Poser rapidement les bases grâce à, des séquences fortes et à de courtes répliques, qui contiennent tout ce dont le spectateur à besoin. Aller à l’essentiel pour ne pas tergiverser, ne pas se perdre et puiser en chacune des séquences l’élément qui va permettre à la dramaturgie de gagner en densité. Tim Sutton va à l’essentiel et se sert de ces longs silences créés par le peu de dialogues afin de créer une ambiance. Laisser une ambiance s’instaurer, laisser l’étau se resserrer sur ses personnages. Principaux comme secondaires. Donnybrook est une plongée âpre dans le sud du Kentucky auprès de personnages qui doivent se battre. Se battre pour oublier, se battre pour survivre.

Donnybrook, un chassé croisé sur fond de colère et de désespoir qui se terminera dans le sang et les larmes du Donnybrook, tournoi de combat à mains nues dont le vainqueur repart avec 100.000 dollars cash. Si son histoire est assez simple, il est remarquable de constater la manière dont Tim Sutton use du visuel afin de mystifier ses personnages. Caractériser ses personnages par le biais de choix de mise en scène, ainsi que par des intentions de jeu. Faire monter la tension et faire gagner en densité la caractérisation de chacun des personnages. Les faire plonger dans une folie animale grandissante et épuisante pour eux mêmes. Des personnages désespérés. Des personnages qui se poursuivent pour étancher leur soif de colère. Des personnages qui courent à leur perte. Une oeuvre fondamentalement contemplative et caractérisable à juste titre comme poétique. Tim Sutton trouve une forme de poésie dans sa manière de mystifier ses personnages et notamment le personnage incarné par Frank Grillo. Filmé comme une bête enragée, sans foi ni loi et dénué de toute forme d’émotion. Véritable croquemitaine qui vampirise l’image par son charisme, sa carrure et son long manteau noir. Personnage impressionnant et effrayant, car inatteignable tant sur le plan physique que psychologique, et dont seule une âme désespérée et tourmentée peut venir à bout.

Tim Sutton signe un drame contemplatif au propos social évident, mais renforcé par un travail méthodique sur sa mise en scène. Sentiment renforcé grâce à une réalisation qui prend son temps et ne cherche aucunement à inculquer une forme de dynamisme par un mouvement inapproprié ou un découpage méthodique. Une oeuvre où chaque séquence n’est pas pensé en terme de découpage, mais où la caméra va capter un instant de vie jusqu’au basculement. Prendre le temps, allonger le temps et les plans pour faire monter la tension d’un côté comme de l’autre de l’écran. C’est oppressant, c’est âpre, c’est rude. Une violence latente omniprésente dans l’air sans pour l’être pour autant à l’image. Un sentiment qui se traduit essentiellement par le jeu du trio Jamie Bell, James Badge Dale et Frank Grillo et la douceur désespérée (et empathique) de Margaret Qualley. Trois belles gueules cassées, trois gros bras charismatiques et aux interprétations sans concessions. Impressionnants et effrayant, car portés par l’imprévisibilité du désespoir et d’une rage animale qui se développe à vu d’œil. Plus qu’un simple film de combat, un drame dépressif aux personnages consumés par la rage incarnés avec force et mis en scène avec tact.

« Une violence latente dans une oeuvre radicale. Peu de dialogues, de purs choix de mise en scènes significatifs pour instaurer une ambiance et mystifier des personnages sur lesquels l’étau se resserre. »


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