Dogman réalisé par Matteo Garrone [Cannes 2018 Film REVIEW]

Synopsis : «Marcello est un toiletteur pour chiens gentil avec tout le monde. Mais une connaissance du nom de Simoncino, une grosse brute cocaïnomane, le manipule et nuit à sa bonne réputation. Marcello, qui va même jusqu’à faire de la prison à la place de Simoncino, est poussé à bout et décide alors de donner une leçon à celui-ci… La leçon tourne mal…  »

Si l’année passée était une première, on a décidé de réitérer l’expérience et de faire profiter une nouvelle rédactrice. Du 8 au 19 mai 2018, nous sommes présents au 71e Festival de Cannes afin de découvrir les films qui feront l’évènement, ou non, les mois prochains dans les salles obscures, et ce, dans le monde entier. CinéCinéphile représenté cette année par la jeune journaliste Pauline Mallet qui nous donne son regard de cinéphile sur les films proposés en Sélection Officielle et dans les Sélections Parallèles.

L’Italie des cartes postales n’est pas au programme dans la filmographie de Matteo Garonne. Le réalisateur de Gomorra (2008) et de Tale of Tales (2015) ne semble pas avoir fait le tour de l’Italie sombre, de celle qui tente de joindre les deux bouts quitte à tomber dans des situations à la fois extrêmes et totalement réalistes. Avec Dogman, le réalisateur italien revient à Cannes où son talent avait déjà largement été acclamé et récompensé par le Grand Prix du jury pour Gomorra et pour Reality sorti en 2012.

Pour illustrer un peu plus la misère, le réalisateur cadre son récit sur un toiletteur pour chiens, timide et au physique frêle qui s’improvise dealer pour arrondir les fins de mois. Récompensé pour son rôle par le prix de l’interprétation masculine, Marcello Fonte incarne un personnage émouvant où sa gentillesse et sa presque bonté contrastent avec un personnage brut, féroce et dangereux, brillamment joué par Edoardo Pesce. Sous la forme d’un duo qui ressemble de loin à Laurel et Hardy, mais de près à l’exact opposé, les deux personnages s’opposent physiquement et mentalement. Pourtant, l’un complète l’autre, l’un incarne ce que tout le monde aime, l’autre incarne ce que tout le monde déteste, une espèce de corps à deux visages. Une chimère qui porte sur ses épaules les facettes sombres de l’Italie: la pauvreté et la violence.

Dogman est une fable, un conte macabre au réalisme rendu possible grâce à l’immersion de la caméra. Tantôt le spectateur regarde une peinture sombre, tantôt il regarde la réalité d’une vie qui ne tient qu’à un fil. Les situations s’emmêlent, débordent et très vite le personnage principal se retrouve dans des situations qui ne contrôlent plus jusqu’au moment où il plonge dans son contraire et ne fait plus qu’un avec ce personnage qui contrastait avec le sien. Matteo Garonne montre qu’un homme sans problèmes avec les autres et à l’apparence docile peut, s’il est poussé à bout, se transformer en un meurtrier. Un peu à la manière d’un gros chien, les mêmes que Marcello aime laver et coiffer. Ceux qui naissent dociles et qu’on pousse à bout, en les brutalisant pour en faire des machines de guerre et qu’on jette dans des combats clandestins. Marcello est plus proche de ces amis canins que des humains. Ces humains qui ici, ont plus des attraits de chiens que les chiens eux-mêmes. D’ailleurs, il ne reste plus qu’eux qui ne soient pas corrompus par la violence. Et dans un ultime plan la petite banlieue oubliée et crasseuse italienne s’éloigne dans brume presque fantasmée.


« Une chimère qui porte sur ses épaules les facettes sombres de l’Italie: la pauvreté et la violence. »

Dogman réalisé par Matteo Garrone avec Marcello Fonte et Edoardo Pesce. En salles le 11 juillet 2018.


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