Divines (Critique l 2016) réalisé par Houda Benyamina

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Synopsis : “Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.”

Les Prix ont-ils une importance ? Recevoir un Prix dans le plus prestigieux Festival du monde peut-il fédérer le public et l’amener en salles ? Recevoir un Prix à Cannes ne souffre-t-il pas toujours d’une réputation de film difficilement accessible ?

Parfois, c’est le cas, mais pas ici… Le film Divines a reçu la Caméra d’Or au dernier Festival de Cannes. Ce Prix récompense le meilleur premier film présenté à Cannes, toute section confondue. Le Public et les critiques ont pu le découvrir dans la section de la Quinzaine des réalisateurs. Divines est un film qui connut une préparation de deux années, ce qui est un luxe pour les productions à l’heure actuelle. Expliquant également son succès et l’adhésion du public lors de sa présentation. Et justement, celle-ci fit sensation : drôle, touchant, émouvant, dur et surtout une réplique désormais culte : “T’as du clitoris toi, j’aime bien !”

Sacrée carte d’entrée dans le milieu du cinéma : la réalisatrice Houda Benyamina a su comment se faire remarquer !

Et l’histoire dans tout ça ? Première interrogation : n’est-ce pas de nouveau un film sur la banlieue ? Encore un ? Oui et alors ?! Le point de départ est celui des combines ordinaires pour tenter de s’en sortir de deux jeunes filles coincées entre un futur bouché et des descentes de flics pour empêcher le trafic de drogue. Il est surprenant de découvrir comment Dounia (portée par Oulaya Amamra) et Maimouna (Déborah Lukumuena) vont tenter de s’en sortir, quitte à fricoter avec le danger, à savoir Rebecca (interprétée par Jisca Kalvanda). En effet, Rebecca est la dealeuse en chef… et parce que Dounia découvre comment elle pourrait profiter de ces combines pour se créer une place et s’élever dans sa cité, elle décide de rentrer dans le trafic. Au risque parfois de tensions et de danger pour son amie Maimouna.

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La réalisatrice, Houda Banyamina a également le mérite de proposer par le biais d’un scénario d’un élaboré, une histoire d’amour inversée, qui vient côtoyer les combines quotidiennes. Cette fois, c’est un prince qui doit être sauvé et révélé par l’héroïne. Dans le rôle de Djigui, Kevin Mischel, propose la partition d’un danseur à cran dont la prestation lors d’un spectacle pourrait le sortir de sa banlieue, de son univers de vigile de supermarché et l’amener loin. C’est Dounia qui va lui permettre de se pousser au maximum pour devenir le danseur à suivre jusqu’au bout du monde, car l’amour nait entre ces deux écorchés vifs.

Ajoutons aussi que l’histoire traite de la religion sous le jeu du questionnement : est-ce que Dieu existe ? Est-ce qu’il veille réellement sur “ses enfants” ? Est-ce qu’il peut changer le quotidien ? Est-ce que les menus larcins sont acceptés de là-haut ? En ce sens, Maimouna est cette jeune fille qui se pose ces questions parce qu’elle cherche à comprendre quelle voie suivre pour faire plaisir à sa famille et dans le même temps garder l’amitié de Dounia. Bénéficiant d’une préparation de deux années, la réalisatrice a pu poser clairement ses questions, son intrigue et baliser un chemin qui se veut limpide alors que chacune des actions des personnages aura une influence sur tous les autres.

Par ce premier film, Houda Benyamina révèle qu’elle possède un talent indéniable tant dans l’écriture de scénario, que dans la direction d’actrices. Permettant de faire découvrir au public trois véritables pépites d’exception avec qui il nous a été possible de discuter suite à l’avant-première. Sachez par exemple que la dangereuse Rebecca interprétée par Jisca Kalvanda est un véritable rôle de composition. Cette dernière confiant qu’il lui fut difficile d’accepter un personnage loin de sa vie, de son quotidien, le montrant en interview, où elle fait preuve de timidité et de pudeur.

Reste le duo des amies : Dounia, la frondeuse et Maimouna, la bonne copine. Pour celle-ci, c’est Déborah Lukumuena qui lui prête ses traits, elle avait l’habitude de jouer dans une troupe d’improvisation connue par la réalisatrice qui l’a choisie pour le rôle. Quant à l’héroïne principale, Oulaya Amamra, elle n’est autre que la sœur de Houda. Pourtant, pas de traitement de faveur, Oulaya a dû prouver à sa sœur de réalisatrice qu’elle méritait le personnage diamétralement opposé à son caractère : plutôt bonne élève, tranquille et sans histoire… elle a dû se faire violence pour lui prouver qu’elle pouvait prendre possession de ce personnage. Et le trio fonctionne à merveille, chacune interprétant sa partition avec mesure et régularité… offrant ainsi à Kevin Mischel, la possibilité de distiller un peu de douceur et de sensualité entre ce trio féminin.


En Conclusion :

Porté par un casting incroyable dominé par trois jeunes filles investies, Divines mérite sa Caméra d’Or reçu lors de l’édition 2016 du Festival de Cannes et de rencontrer le public. La maîtrise de la réalisation, de l’écriture et le jeu des interprètes montrent qu’Houda Benyamina est une réalisatrice à suivre. Son entrée dans le monde du cinéma est une grande et belle réussite. Divines : le choc de la rentrée sur grand écran !

Le film est interdit aux moins de 12 ans

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