Disobedience (Désobéissance) réalisé par Sebastián Lelio [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Une jeune femme juive-orthodoxe, retourne chez elle après la mort de son père. Mais sa réapparition provoque quelques tensions au sein de la communauté lorsqu’elle avoue à sa meilleure amie les sentiments qu’elle éprouve à son égard… ”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Moins d’un an après la sortie du film Une Femme Fantastique qui lui aura permis de voir sa carrière prendre une tournure exponentielle à l’international, le cinéaste argentin Sebastián Lelio revient déjà aux affaires. Plus précisément, c’est lors de l’édition 2017 du Toronto International Film Festival que le film Disobedience fût présenté en première mondiale, soit deux mois après la sortie française de son film Une Femme Fantastique et donc six mois avant qu’il ne reçoive l’Oscar 2018 du Meilleur Film Étranger pour ce dernier. 2017 et 2018 sont pour Sebastián Lelio deux années absolument incroyables et le spectateur n’est pas en reste. S’il n’en est pas à son coup d’essai, c’est avec le film Une Femme Fantastique que les spectateurs du monde entier ont pu découvrir le talent de ce cinéaste. Un regard humain, sincère et profond sur les relations et les êtres humains, qui faisait de son précédent long-métrage un film fort et marquant. Était-ce une exception ou Sebastián Lelio confirme-t-il être un cinéaste sur lequel on devra maintenant compter avec ce nouveau long-métrage : Disobedience ?

« […] c’est par leurs prestances et les prestations magnifiques de Rachel Weisz et de Rachel McAdams que l’œuvre gagne en intensité (tant dans un extrême que dans l’autre), en tendresse et en émotion […] »

Si Une Femme Fantastique était une co-production de tous horizons (États-Unis, Chili, Espagne et Allemagne), Disobedience marque le coup en étant une production exclusivement américaine. Co-produit par l’actrice Rachel Weisz qui tient également le premier rôle, sortir à une telle période une production américaine relève du timing parfait pour le cinéaste argentin. Un casting international porté par deux actrices reconnues, des sorties prévues au travers le monde sans qu’il y ait plus de trois mois d’écart entre les différents pays et surtout un large panel de festivals écumés afin de faire parler en amont et surfer sur la vague des Oscars. Grâce à sa présentation au TIFF 2017, le film a pu se bâtir une légère réputation afin de faire parler de lui. Marquer un coin de la tête des cinéphiles et amateurs de cinéma romantique afin qu’il se dise en voyant passer l’affiche ou un article sur les différents réseaux : “ah oui c’est vrai il avait pas l’air mal !”. Pas aussi sulfureux et volontairement provocant qu’un film comme La Vie d’Adèle, Disobedience a cependant tout pour provoquer le spectateur. Ne pas le provoquer physiquement tel qu’aime le faire Abdellatif Kechiche, mais le provoquer sur la façon de voir certaines choses, ainsi que sur les mentalités à l’image de la société dans laquelle elles évoluent… ou non. Disobedience est une romance moderne qui se sert du thème de la religion afin de démontrer que les mentalités peuvent prendre conscience et évoluer. Disobedience, ou comment désobéir peut provoquer sa libération, ainsi que la prise de conscience de beaucoup.

À l’image de films tels que Une Femme Heureuse ou encore Katie Says Goodbye, tous deux sortis au mois d’avril 2018 en France, Disobedience est un film à tendance naturaliste et qui prône un certain minimalisme afin de mieux se recentrer sur son propos et ses personnages. L’antithèse du film Carol avec Cate Blanchett et Rooney Mara, au travers duquel le cinéaste Todd Haynes se servait de la stylisation de l’image afin de donner une ampleur à son propos. Ici, c’est par le prisme du naturalisme recherché par le chef opérateur que Sebastián Lelio va réussir à créer une œuvre qui a la possibilité d’unifier et de faire entendre raison autour d’un propos on ne peut plus moderne et revendicateur. Naturaliste ne voulant pas dire monotone, terne ou encore insipide. Bien au contraire, Disobedience est un film visuellement beau, car soigné dans ses moindres mouvements et choix de cadrage faits en fonction de la mise en scène. Disobedience est en ce sens purement un film de mise en scène et de direction d’actrices. Si l’histoire contée est belle, c’est par leurs prestances et les prestations magnifiques des deux actrices principales que l’œuvre gagne en intensité (tant dans un extrême que dans l’autre), en tendresse et en émotion de manière plus générale. La tension entre les deux actrices est palpable. Tout se joue dans les regards. Au travers de cette étincelle omniprésente dans le regard de l’une et de l’autre et qu’elles assument ou non suivant le moment du film.

Alchimie aussi bien platonique que purement symbolique qu’exploite à la perfection Sebastián Lelio tant dans sa mise en scène (et par concordance dans sa réalisation) que dans son montage. Montage qui ne cesse de casser les distances pour mieux les rapprocher. On reprochera néanmoins au réalisateur l’utilisation et la recherche d’un nombre trop important d’angles différents lors du tournage afin d’avoir plus de possibilités au montage. Une volonté lors de la production qui se ressent au travers d’un montage qui par moment alterne entre plus de deux angles différents alors que la nécessité n’est pas présente. S’il n’est pas surdécoupé, certains dialogues et monologues du film auraient gagnés en force émotionnelle à être montrés en plans-séquences ou avec au maximum deux angles de caméras sur un seul axe. Aller à l’essentiel pour mieux se concentrer sur l’importance à savoir le texte et les actrices. Sans omettre Alessandro Nivola, personnage masculin très important et dont la caractérisation du personnage s’avère aussi redoutable qu’importante puisqu’il n’est autre que la représentation même de l’Homme et de la Religion orthodoxe.

Adaptation du roman écrit par Naomi Alderman, également journaliste culturel et jeu vidéo pour le journal The Guardian, Disobedience ou Désobéissance pour la traduction française, est une magnifique surprise. Une romance moderne prônant la liberté par la désobéissance. Un film sur l’amour au sens large du terme par le prisme d’un amour charnel et passionnel incarné à la perfection par deux actrices à leur sommet. Une rencontre aussi froide que passionnelle entre Rachel Weisz et Rachel McAdams qui semblent faites pour former ce duo aussi logique que magnifique maintenant que le film existe. S’il n’est pas parfait (découpage qui aurait gagné à être plus sobre, syndrome du film qui ne trouve pas son plan de fin, bande originale trop présente par moments…), il captive et émeut tout en faisant réfléchir sur les mentalités actuelles qui semblent évoluer, mais prennent encore beaucoup trop de temps pour se faire.


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