Dirty God, le drame à fleur de peau

Synopsis : « Le visage à moitié brûlé et une petite fille de deux ans. C’est tout ce qu’il reste de la relation de Jade à son ex, qui l’a défigurée à l’acide. À la violence de cette histoire, succède désormais celle du regard des autres. Pour ne pas couler, Jade n’a d’autre choix que de s’accepter, réapprendre à sourire et à aimer. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Même jour de sortie dans les salles françaises, mais deux films tout aussi complémentaires qu’ils ne sont différents dans le fond comme la forme. Après Laure De Clermont-Tonnerre et son Nevada, place à Sacha Polak et son Dirty God. Si elle n’en est pas à son coup d’essai, cette nouvelle oeuvre est pour nous et comme pour beaucoup, l’occasion de découvrir cette cinéaste émergente. Depuis son annonce, depuis la divulgation de son affiche puis de sa bande-annonce, on le suit du coin de l’œil. Vendu aux professionnels et distribué respectivement par les sociétés passionnées Mensch Agency et The Jokers, ces derniers avaient clairement su trouver les mots justes afin de vendre le film. Il n’a pas suffi de grand-chose. Il a simplement suffi de mettre en avant le point de vue et la volonté de la réalisatrice sur son projet. Un projet fort et humain, avant d’être un objet de cinéma. Le cinéma au service d’un propos ensuite mis en exergue par le biais de personnages, ainsi que des moyens techniques permis par ce médium artistique. Un objet artistique pertinent, humain et formellement beau sans être moraliste ou moralisateur. Tel était le projet que l’on s’attendait à découvrir, tel est réellement le film dans sa finalité.

Dirty God est un film d’une simplicité déconcertante, mais c’est cette même simplicité qui va lui permettre de gagner en beauté, en sobriété, et par déduction logique, en pureté émotionnelle. Aller à l’essentiel et montrer l’essentiel. Dirty God illustre la vie d’une femme gravement brûlée à l’acide par son ex-compagnon. S’il n’est pas inspiré par une histoire vraie, il est un film inspiré par l’histoire de milliers de femmes dont on ne parle pas assez. Ne serait-ce que pour ça, Dirty God est un film important. Néanmoins, il aurait pu être un projet opportuniste, ce qui n’est pas du tout le cas. Bien au contraire, si Dirty God réussit à émouvoir et à marquer, sans pour autant bouleverser, c’est grâce à la manière dont Sacha Polak met en scène et filme son actrice principale. Elle aime son actrice, elle aime son caractère et par le prisme de cette dernière, elle va insuffler le courage nécessaire en son personnage principal. Un personnage désemparé et terriblement seul. Par le biais de sa caméra, Sacha Polak va démontrer la force de caractère dont ce personnage est capable. Lui redonner goût à la vie, faire renaître au sein de son regard cette étincelle morte le jour où son ex-compagnon l’a défigurée. C’est par le prisme de simples moments de vies (retrouvailles avec sa fille, échanges avec sa mère, échanges avec son amie proche…) que Sacha Polak va donner du caractère à son personnage, lui insuffler un réel background et créer une réelle affection entre Jade et le spectateur.

De simples moments de vies joliment mis en scène de manière à ne pas trop en faire, afin que le spectateur puisse y croire. Un découpage peu explicite, le minimum de plans. S’il n’y a pas besoin de découper le plan ou de changer d’axe, ils ne le font pas. Tout est fait en sorte afin que le propos passe avant tout. Que l’histoire et le personnage prédominent, sans pour autant laisser pour compte la technique. Très soigné, assez stylisé afin d’inculquer une réelle identité visuelle au film (identité en corrélation avec le caractère du personnage principal), sans trop en faire. Sacha Polak et son excellent directeur de la photographie Ruben Impens utilisent la couleur et l’intensité de ces mêmes couleurs pour donner du punch au film. Donner du punch et toujours enjoliver le personnage principal. La réalisatrice aime son personnage et pour lui faire accepter ses cicatrices, elle la rend belle à l’image. Par le cadrage, par les couleurs… une volonté d’iconiser cette femme abattue, mais qui finalement va s’avérée n’avoir jamais été aussi belle et forte.

Peu de mots suffisent pour parler de ce Dirty God, cependant ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas le voir. Bien au contraire. Il est simplement beau et rien que ça c’est énorme. Un beau film, un film porté par le regard doux, bienveillant, mais également brutal lorsqu’il le faut, de la réalisatrice sur son actrice et par conséquent sur son personnage. Un récit sur la solitude, la renaissance et la remise en question perpétuelle de soi afin d’aboutir à une simple et logique affirmation : “qu’est-ce qu’on s’en fou du regard et de l’avis des autres”. C’est juste, c’est simple, c’est très beau. Allez voir Dirty God porté par l’exceptionnelle Vicky Knight qui transporte littéralement le film et son propos.


« Une sobriété et une sincérité à toute épreuve, porté et interprété brillamment par une Vicky Knight épatante. »


Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *