Dibbuk, le renouveau du Folklor Horror Français

Synopsis : « Dan, un homme pieux qui évolue en marge de sa communauté, la communauté juive du XIXe arrondissement de Paris, est convoqué par Sarah pour ausculter son mari Eli, visiblement pas dans son état normal. Dan réunit alors un minian, un office de dix personnes de confession israélite, afin de performer un exorcisme selon un rite précis et éreintant. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Primé du Grand Prix du Court-Métrage au Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2020, Dibbuk est un court-métrage réalisé par Dayan D. Oualid, cinéaste et fondateur de la société de production Trois Jours de Marche, issu de l’Association des Jeunes Cinéastes Indépendants avec laquelle il a produit plusieurs courts-métrages, clips et publicités.

Dibbuk raconte l’histoire de Dan (Dayan D. Oualid), un homme pieux vivant au sein de la communauté juive du XIXe arrondissement de Paris, qui est convoqué par une jeune femme, Sarah, pour ausculter son mari, Eli, qui n’est pas dans son état normal. Dan réunit alors un « Minyan », un office comportant dix personnes de confession israélite, afin de pratiquer un exorcisme sur Eli, ce dernier étant possédé par un Dibbuk, un esprit démoniaque appartenant à la mythologie juive. Dans sa note d’intention, Dayan D. Oualid revendique la volonté d’ancrer le fantastique dans une dimension sociale réaliste, Dibbuk étant avant tout une immersion au sein d’une communauté juive parisienne.

Dès les premières minutes de son court-métrage, le personnage interprété par le cinéaste déambule au milieu d’un paysage urbain nocturne et familier, en passant par le métro, avant d’arriver dans un immeuble de banlieue parisienne où habite la jeune femme qui fait appel à ses services. Dès son point de départ, Dibbuk est ancré dans un réalisme social connu, bien définit, avant de basculer dans une dimension fantastique d’autant plus crédible de par son aspect social. Dès la première rencontre avec le Dibbuk, le cinéaste déploie une mythologie propre à la croyance israélite, introduisant son Dibbuk avec une économie de moyens admirable qui rend d’autant plus crédible cette irruption du fantastique dans le réel.

Il réussit au passage le premier et unique jumpscare du film, un plan subjectif où le spectateur est confronté de manière frontal au folklore qu’introduit le cinéaste. Un simple regard frontal mais pourtant traumatisant à souhait qui déclenche chez le spectateur un sentiment d’effroi comme on en ressent peu dans le cinéma de genre actuel, si ce n’est à l’exception des visions traumatisantes d’Ari Aster dans les récents Hérédité (2018) et Midsommar (2019). En seulement quelques minutes, Dayan D. Oualid introduit et déploie brillamment un Folklore horrifique qui se fait rare dans le genre, évoluant dans un univers crédible qui nous immerge dans une réalité sociale. 

Dans un montage extrêmement bien rythmé, accompagné par les percussions du musicien YOM, le cinéaste prépare minutieusement le rituel auquel il nous convoque, réunissant une dizaine de personnages issus de cette communauté qu’il filme avec un regard quasi documentaire qui déborde d’une vraie sincérité dans son portrait social. Dayan D. Oualid se permet même des petites touches d’humour assez subtiles, afin que le spectateur puisse s’identifier à chaque membre du « Minyan ». L’office qui permet de se préparer à affronter la menace qui se cache derrière la porte d’une chambre. Un office, une préparation qu’il filme avec un sens du détail quasi religieux.

Lorsque le rituel commence, le film bascule pleinement dans sa dimension fantastique, embrassant pleinement le folklore qu’il déploie à travers une représentation traditionnelle de ses mythes qui semble tout droit sortie d’un livre d’images. Ici, le malin ne crache pas des gésiers de sang et n’insulte pas les mamans de ses exorcistes, il danse autour d’eux. Le mal se déploie à travers la gestuelle du corps de son possédé, avant d’apparaître sous une forme beaucoup plus ancestrale, d’autant plus terrifiante qu’elle est bien connue des contes folkloriques qui parsème notre imaginaire collectif, où le cinéaste assume pleinement la mythologie horrifique de son court-métrage, fascinante mais pourtant si rare dans le sous-genre du film d’exorcisme. 

Dayan D. Oualid conclut son court-métrage sur un dernier plan qui finit d’étendre son univers hors du cadre, donnant au spectateur l’envie d’en voir plus, en espérant que Dibbuk soit l’introduction d’un long-métrage où sa mythologie fascinante pourrait se déployer davantage dans toute sa dimension sociale et fantastique. Vous l’aurez compris, Dibbuk est une véritable réussite dans le paysage du cinéma de genre français qui mérite pleinement son Grand Prix. 


Actuellement disponible sur Shadowz

« À la fois portrait social réaliste et Folklor Horror terrifiant au sein de la communauté juive, Dibbuk est une véritable proposition d’auteur comme on en voit rarement dans le cinéma de genre français actuel. La naissance d’un cinéaste prometteur »

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