Detective Dee : La Légende des Rois Célestes réalisé par Tsui Hark [Fantasia 2018 Film REVIEW]

Synopsis : « Une vague de crimes perpétrée par des guerriers masqués terrifie l’Empire de la dynastie des Tang. Alors que l’impératrice Wu est placée sous protection, le Detective Dee part sur les traces de ces mystérieux criminels. Sur le point de découvrir une conspiration sans précédent, Dee et ses compagnons vont se retrouver au cœur d’un conflit mortel où magie et complots s’allient pour faire tomber l’Empire… »

Pour la première année nous sommes trois semaines durant (du 12 juillet au 02 août 2018) au Fantasia International Film Festival. Films du film de tous les genres, mais surtout du fantastique, de l’action et des films complètement décalés que vous ne verrez surement jamais en salles !
Toutes nos Critiques depuis le Festival Fantasia !

Pour un simple spectateur, cinéphile ou non, bercé par le cinéma européen et américain, reviennent instantanément certains noms lorsqu’il est question de cinéma d’action asiatique. John Woo, Ang Lee et Tsui Hark. Cinéastes d’origines chinoises et taïwanaises dans le cas de Ang Lee, ces derniers ont connus un début de carrière dans leurs pays d’origine avant de tenter une aventure hollywoodienne à la fin des années 90, début des années 2000. Si ces tentatives furent fructueuses pour John Woo et Ang Lee, Tsui Hark quant à lui n’a pas su marquer les esprits et exporter son talent hors des territoires asiatiques. Un talent néanmoins déjà présent et remarqué par les puristes avant qu’il ne s’exporte. Remarqué entre autres dès 1991 avec le premier épisode de la saga Il était une fois en Chine. Ce n’est qu’à son retour à la tête d’une production hong-kongaise en 2005 que Tsui Hark fit son comeback. Un comeback mémorable avec l’excellent Seven Swords. Depuis ce temps, il enchaîne les projets à une vitesse effrénée avec notamment la série Detective Dee qui débuta en l’année 2010. Un premier opus qui impose un nom, Dee, mais qui nous laisse légèrement de marbre. Alliance du cinéma d’aventure et d’enquête, Detective Dee : Le Mystère de la Flamme Fantôme se prenait néanmoins trop au sérieux vis-à-vis de l’enquête menée par le détective. Des personnages hauts en couleur, des combats spectaculaires, mais de longues phases d’enquêtes bien trop sérieuses qui dénotaient du ton global du film. Problème résolu par un second épisode époustouflant. Dès sa scène d’introduction, cette prequel au premier film donne le ton de ce que proposera le film sur ses 2h de durée. Un film de guerre spectaculaire alliant à la fois le romanesque et le fantastique. Un véritable film de bataille doté de personnages forts, ainsi que de scènes d’action remarquablement chorégraphiées. Pour la suite de la prequel, mais qui reste donc un prequel au premier film (2/3/1 pour ce qui est de l’ordre narratif des films), Tsui Hark surprend, mais décontenance avant tout.

« Troisième opus bien moins créatif et ambitieux que le précédent, mais aux batailles toujours aussi savamment mises en scène. »


Avec Detective Dee : La Légende des Rois Célestes, Tsui Hark décide d’aller encore plus loin. Pas dans la démesure, mais dans l’humour, la dérision et le grand spectacle. Tout se qui est bon afin de divertir le grand public. À l’image d’un film grand spectacle hollywoodien, on pourrait employer l’adage : “Bigger is Better”. Si Detective Dee : La Légende du Dragon des Mers était un film palpitant, qui mettait l’enquête (par le prisme de son personnage principal) à l’honneur, ce troisième opus nous dévoile un scénario qui prend un malin plaisir à prendre à revers ce qui avait pu être fait avec les deux premiers films. Un scénario moins haletant et palpitant à cause d’une volonté première de divertir. Si les personnages principaux ne sont pas présentés ni développés plus que cela, car déjà connus du spectateur, quelques éléments vont être apportés afin de développer leurs backgrounds respectifs. Notamment en ce qui concerne Dee et la manière dont il est devenu ce détective aux habilités hors normes. Les autres personnages, principaux comme secondaires et nouveaux comme anciens, vont également avoir leur mot à dire, mais vont se voir caricaturés les uns après les autres. Un parti pris qui passe avant tout par une direction d’acteur.rice.s qui va pousser l’exagération des réactions, ainsi que par des dialogues qui vont inculquer un effet comique. Le mixage sonore, ainsi que la bande originale vont également dans ce sens, appuyant chaque fait et geste afin d’amplifier l’effet comique.

Il y a du burlesque et de l’absurde dans ce Detective Dee : La Légende des Rois Célestes, autant qu’il y a de virtuosité. C’est cette même exagération, cette volonté réelle de tenter le pari de la comédie burlesque et absurde, et non du film à enquête sombre aux multiples rebondissements (qui sont présents, mais prévisibles et conventionnels avec un manichéisme assez risible), mais avec une pointe de dérision (les films Sherlock Holmes réalisés par Guy Ritchie étant une grande inspiration) qui décontenance. C’est ridiculement drôle, mais ridiculement volontaire et assumé. Par conséquent plaisant à regarder sans pour autant marquer à cause d’un scénario vraiment très faible, malgré une fantasmagorie toujours aussi impressionnante. Fantasmagorie qui va donner lieue à des scènes d’actions qui permettent au metteur en scène Tsui Hark de nous démontrer une nouvelle fois, tout son talent. La réalisation est moins léchée, la mise en scène extrêmement sommaire hors scènes de confrontations, inculquant au film un aspect hollywoodien des plus désagréable et impersonnel. Néanmoins en subsiste les scènes d’action qui de leur côté n’ont rien perdu de leur superbe, voire s’avèrent bien plus impressionnantes que celles des précédents opus.

Aujourd’hui seul à bord du navire (avant le retour de James Cameron avec la licence Avatar), Tsui Hark démontre avoir compris l’utilité de la 3D au cinéma. Réussir à faire de la 3D un élément permettant de rendre un combat plus spectaculaire en y immergeant pleinement le spectateur. Il pense sa mise en scène en fonction de cela et ça se voit, ça se ressent. Les combats sont lisibles, immersifs et dynamiques. Tsui Hark utilise avec habilité l’espace que ce soit sur l’horizontalité ou la verticalité des lieux, offrant de cette manière toute la liberté possible aux personnages et à leurs facultés incroyables. Si son histoire plus précisément nous a déçues, Tsui Hark reste néanmoins malin dans la manière de donner une logique aux facultés surnaturelles de Dee. Qu’il soit question de magie ou de capacités aériennes, il va réussir à donner une logique à cela. Nous faire croire que, alors qu’évidemment on reste encore et toujours dans quelque chose de fantasmagorique. Et le cinéaste, bien plus malin qu’on ne pourrait le croire au visionnage du film, joue avec cette fausse magie sur bien des aspects. Notamment par le biais des effets spéciaux. Si cheap au premier abord, il nous démontre rapidement que ce n’est pas pour rien que certains effets sont soignés et d’autres non. Il y a un sens derrière ce parti pris qui n’est ici pas du hasard, mais bien un élément symbolique lié à un des arcs narratifs du scénario (métaphore de la magie du et au cinéma).

Ridicule ou grandiose ? Décontenançant ou jubilatoire ? Detective Dee : La Légende des Rois Célestes nous a autant frustrés et décontenancés qu’il nous a régalée. Bien moins inspiré et créatif dans sa mise en scène, ainsi que dans sa réalisation (le changement de format vis-à-vis des précédents opus démontre par exemple cette volonté de mettre en avant l’immensité des décors et l’aspect impressionnant des combats), Tsui Hark déçoit clairement sur ces points. Néanmoins, il démontre toujours être un maître en la matière lorsqu’il est question de divertir et régaler le spectateur amateur du genre. Comédie spectaculaire au penchant assumé pour le ridicule, Detective Dee : La Légende des Rois Célestes fait tout autant rire qu’il impressionne lors des scènes d’action. Un film qui à l’instar des précédents opus, ne se prend pas au sérieux, mais remplit avec malice le cahier des charges du blockbuster divertissant qui réussit à se justifier avec malice. Tsui Hark s’amuse, nous amuse, mais… nous laisse malheureusement face à un opus qui peine sur bien des aspects là où le précédent nous avait éblouis.



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