Desierto (Critique | 2016) réalisé par Jonás Cuarón

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Synopsis :“Désert de Sonora, Sud de la Californie. Au cœur des étendues hostiles, emmené par un père de famille déterminé, un groupe de mexicains progresse vers la liberté. La chaleur, les serpents et l’immensité les épuisent et les accablent… Soudain des balles se mettent à siffler. On cherche à les abattre, un à un.”

Vous connaissez Alfonso Cuarón, réalisateur primé à de multiples reprises pour les superbes Gravity et Les Fils de L’Homme, son chef-d’oeuvre, venez maintenant découvrir Jonás Cuarón. Alors que son premier long métrage, Ano Una, n’est que très peu connu du grand public, à un tel point que beaucoup croyait que ce Desierto était un premier long métrage, c’est par le biais du court métrage Aningaaq qu’il s’est fait connaître. Centré sur une famille d’Inuit contacté par le personnage incarné par Sandra Bullock dans le film Gravity, ce court métrage embrassait totalement le concept même du film, à savoir le plan-séquence. En l’espace de sept minutes, Jonás Cuarón nous prouvait qu’il avait un véritable talent de mise en scène, plus que de réalisation puisqu’il s’appuyait uniquement sur le concept du film originel. Deux années après, qu’en est-il vraiment ? Jonás Cuarón est-il le digne héritier d’un point de vue cinématographique, même si le mot est fort, du réalisateur oscarisé Alfonso Cuarón ?

Le 23 octobre 2013 sortait sur nos écrans français : Gravity. Au-delà du film qu’il est et des nombreux débats qu’il suscite, Gravity est un film à concept, un huis clos dans l’espace, un film qui embrasse totalement son environnement principal et s’en sert à des fins scénaristiques, de mise en scène et technique. Scénarisé par Alfonso Cuarón, mais également Jonás Cuarón qui était déjà dans les parages, il n’est pas étonnant que le nouveau long métrage de ce dernier soit un reflet plus ou moins intense du film multi-oscarisé. À l’instar de Gravity, Desierto est un film pour lequel l’environnement principal possède une place prépondérante. C’est l’environnement qui va guider les personnages vers leur destiné. Un environnement qui devient une véritable aire de jeu pour le metteur en scène et un cauchemar pour les personnages. Desierto est une chasse à l’homme, l’histoire d’un groupe de Mexicains qui viennent de passer la frontière et qui vont se retrouver chasser par un mercenaire. Une histoire extrêmement simple et qui ne va pas chercher à se complexifié. Les personnages sont caractérisés de manière extrêmement sommaire et à cause d’usage de stéréotypes, l’on sait à l’avance dans quel ordre ils vont mourir. Cependant, les symboles sont multiples et les métaphores, notamment bibliques, sont bels et bien présentes même si elles manquent en grande partie, de subtilité dans leurs utilisations respectives. Encore une fois, c’est à ce même Jonás Cuarón que l’on doit le scénario du film Desierto, ainsi que celui de Gravity, ce qui explique cela. Une histoire très simple, voire simpliste, mais qui n’est pas dérangeante, car le scénario quant à lui est plutôt bien élaboré. Pour rappel, le scénario comprend l’histoire, mais également les dialogues et des bribes de mise en scène permettant à la lecture de visionner les plans/scènes/séquences.

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L’histoire n’est qu’un prétexte afin de lancer très rapidement cette chasse à l’homme. Une chasse à l’homme intense et haletante grâce à une mise en scène qui joue habilement avec son environnement. Le désert, élément principal du film, représente un terrain de jeu immense, qui va favoriser l’épuisement des personnages de par son aridité et son sol rocailleux. Attention, l’environnement ici utilisé est un désert aride, proche de la Vallée de la Mort et non un désert de sable tel que celui utilisé dans le film Dune de David Lynch ou encore Mad Max : Fury Road de Georges Miller. Là où les personnages sont conditionnés par cet environnement, véritable gouffre dans lequel s’enfoncent les personnages, le metteur en scène s’en sert afin que son film ne souffre pas de redondance. Les personnages vont se révéler ne pas être maître de leur destin, mais d’être que de simples pantins menés par l’environnement. Jonás Cuarón va s’appuyer sur cet environnement et ses caractéristiques bien spécifiques pour dynamiser son film et faire évoluer sa chasse à l’homme. Tel est celui qui ne se croyait prendre et mettre à un moment où l’autre la proie et le chasseur face à une même difficulté. D’une vallée plane et rocailleuse “favorable” à la course, on va passer à une zone plus “vallonnée”, tout en jouant avec adresse avec les formations de roches massives, ainsi que les Saguaros, immenses cactus présents entre autres sur la frontière séparant l’Arizona et le Mexique. Une belle diversité au sein d’un seul et même environnement, qui incrémente cette chasse à l’homme de divers pièges qui vont de cette manière piéger non pas uniquement les proies, mais également le chasseur.

Majoritairement filmé en caméra porté, la caméra de Jonás Cuarón fait littéralement corps avec l’environnement. La caméra portée permet de faire transparaître les difficultés que vont rencontrer les personnages. Difficultés à se mouvoir notamment. Un joli parallèle va se créer entre les plans-séquences fluides et flottants du film Gravity, et les plans mouvementés et saccadés de Desierto. Une réalisation conditionnée par l’environnement afin de faire transparaître des sensations par l’image. Aussi intense et tenu soit-il grâce à la mise en scène de Jonás Cuarón, ce long métrage est-ce qu’il est grâce à la bande originale concoctée par le français Woodkid. Les musiques sont minimalistes et le silence est majoritaire afin d’immerger le spectateur et de mettre en valeur les bruits de pas et le souffle des personnages. Un silence parsemé de bruits sourds, de bruits métalliques rappelant le 4×4 conduit par le mercenaire américain qui représente une menace. Lors des moments les plus intenses de course-poursuite, les compositions vont se faire entendre et vont prendre le pas sur les bruits d’environnement. Elles vont ajouter une force considérable aux scènes et au film en règle générale. Une belle prouesse de la part du musicien Woodkid qui vient de cette manière, ajouter une intensité à un film qui aurait pu paraître banal et laisser le spectateur de marbre, malgré un beau travail de mise en scène et un scénario bien écrit.


En Conclusion :

Annoncé depuis quelques semaines presque comme un incontournable, Desierto l’est sans pour autant l’être totalement. Pour son second long métrage, Jonás Cuarón signe une belle œuvre cinématographique, un beau reflet au long métrage réalisé par son père, Gravity. Desierto est un huis clos à ciel ouvert, au terrain de jeu immense et dont le scénario, la mise en scène et la réalisation s’en imprègnent totalement afin d’en faire un personnage à part entière. Une histoire somme toute extrêmement simple, mais un film qui repose sur son concept de base, celui de la chasse à l’homme. Ce qui nous donne une œuvre haletante, intense, à la mise en scène bien travaillée en fonction de l’environnement et à la bande sonore impeccable qui ajoute une véritable force, intensité et plus-value au film. Pas un grand film, mais un très bon film, très prometteur pour la suite de la carrière du jeune Jonás Cuarón.

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