Demolition (Critique | 2016) réalisé par Jean-Marc Vallée

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Synopsis : “Banquier d’affaires ayant brillamment réussi, Davis  a perdu le goût de vivre depuis que sa femme est décédée dans un tragique accident de voiture. Malgré son beau-père qui le pousse à se ressaisir, il sombre de plus en plus. Un jour, il envoie une lettre de réclamation à une société de distributeurs automatiques, puis lui adresse d’autres courriers où il livre des souvenirs personnels. Jusqu’au moment où sa correspondance attire l’attention de Karen, la responsable du service clients. Peu à peu, une relation se noue entre eux. Entre Karen et son fils de 15 ans, Davis se reconstruit, commençant d’abord par faire table rase de sa vie passée …”

Après avoir réalisé plusieurs courts métrages, Jean-Marc Vallée passa le cap et se lança dans la réalisation d’un long métrage. Ce dernier, qui répond au nom de “C.R.A.Z.Y.“, aura fait de lui un réalisateur à la renommée internationale. Quatre ans plus tard, il mit la machine en route et réalisa sa première production internationale, “Victoria : les jeunes années d’une reine“, une fresque historique avec en tête d’affiche Emily Blunt. Puis il enchaîna avec une moyenne d’une production par an avec Café de FloreDallas Buyers ClubWild et maintenant Demolition. Depuis qu’il a été lancé dans le grand bain, on l’arrête plus et enchaîne les projets. Des projets similaires dans la forme, mais également dans le fond même si les sujets diffèrent. Jean-Marc Vallée aura fait de la solitude son thème de prédilection, en seulement quelques longs métrages. L’exclusion à cause de la maladie, l’envie de se retrouver et maintenant la solitude face à la mort d’un proche.

Jean-Marc Vallée est un réalisateur qui touche une certaine partie du public, mais qui a également ses réfractaires. Des réfractaires à raison, puisqu’il pratique un cinéma qui ne cherche pas la subtilité. Que ce soit dans l’utilisation de musiques, dans les thématiques développées – thématiques majoritairement lourdes et difficiles – ainsi que dans sa mise en scène, à aucun moment Jean-Marc Vallée ne va chercher la subtilité. Un parti pris qui va totalement laisser de marbre une bonne partie du public. Cependant, il réside en ce cinéma l’envie de mettre en avant des personnages forts. Des personnages qui font face à des difficultés et qui réussiront plus ou moins à les dépasser, de par leurs forces et engagements. Inconsciemment ou non, les projets de ce cinéaste se ressemblent un à un, mais procurent aux spectateurs réceptifs une bonne énergie. Demolition est un film qui réussit le tour de force de traiter de la dépression avec bonne humeur. Un film à la bonne humeur communicative et qui va réussir de cette manière à lier le spectateur au protagoniste afin d’en venir à un débordement émotionnel. Débordement prévisible, mais dans la logique des choses puisqu’il s’agit ni plus ni moins, d’un des stades de la dépression.

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Pour un premier scénario à se voir mis en image pour le grand écran, Bryan Sipe s’en sort avec les honneurs, malgré quelques faiblesses. Faiblesses, qui à l’image du cinéma pratiqué par Jean-Marc Vallée se retrouvent dans ce manque de subtilité dans le traitement des thématiques. Des personnages intéressants dans leurs personnalités respectives et agissements envers les événements dont ils vont faire face, mais un traitement trop vague de certaines thématiques. Demolition conte l’histoire d’un homme qui suite à la mort accidentelle de sa jeune femme va devoir en faire le deuil. Un deuil qu’il ne va pas réussir à extérioriser, en venant à se demander pourquoi il n’arrive pas à être triste. Afin d’exprimer le ressenti d’un deuil, ainsi que l’extériorisation des sentiments, le scénario se repose sur son protagoniste. Le film dans sa globalité repose sur Jake Gyllenhaal et dans son expressivité. De par sa réalisation et sa mise en scène, le cinéaste ne va cesser de mettre en avant son acteur principal. Son visage, son corps, sa démarche, ses vêtements… tout ce qui va être en rapport et en contact direct avec le corps de l’acteur va exprimer l’état psychologique dans lequel se trouve le personnage. Une démarche qui a du sens et qui permet au spectateur de se lier rapidement au personnage afin de faire émerger sur la fin des émotions. Malheureusement, le manque de subtilité et l’envie de trop en dire du scénariste et réalisateur va empiéter sur ces émotions.

Déstructuré à la manière de la psychologie d’un personnage à la dérive, Demolition dispose d’une narration où le présent va venir s’entremêler avec le passé. Faire resurgir des éléments du passé entre deux scènes du présent, à l’image du modèle narratif d’un certain Wild pour ne citer que lui. Une façon de ne pas se reposer sur un récit linéaire, mais qui casse le rythme, ainsi que l’implication du spectateur dans le récit. Le spectateur n’est plus libre de laisser place à son imagination sur le passé du personnage et se voit contraint de n’être que simple spectateur de ce qui lui est présenté à l’image. Un hors champ qui aurait dû rester hors champ afin de se focaliser sur les événements présents et développer davantage les diverses thématiques qui sont de ce fait, relayées au second plan. Des sujets assez lourdes telles que le harcèlement, le manque d’attention des parents envers leurs enfants… Un film extrêmement riche, mais qui ne se focalise pas sur les bonnes choses, délaissant ce qui aurait pu renforcer la dramaturgie.


En Conclusion :

Malgré une structure narrative qui cherche à mêler le présent au passé et qui de ce fait, casse le rythme du récit et délaisse totalement le hors champ en expliquant absolument tout aux spectateurs, Demolition demeure néanmoins un beau film. Un drame intimiste au récit centralisé sur un personnage détruit psychologiquement parlant et qui pour se retrouver, va devoir extérioriser, devenir un autre homme. Porté par la prestation d’un Jake Gyllenhaal au jeu incroyablement juste et qui va réussir à trouver les expressions (de visage et de corps) afin de rendre son personnage plus nuancé et intéressant qu’il n’aurait pu l’être. Jean-Marc Vallée manque de subtilité dans sa mise en scène et dans la construction de son film, mais l’écriture et l’incarnation des personnages par d’excellents acteurs, permet à ce Demolition d’être un beau film. Un film paradoxalement revigorant et entraînant sur la dépression et l’extériorisation d’un homme blessé. A noter la jolie et lumineuse photographie du chef opérateur Yves Bélanger, fidèle de Jean-Marc Vallée, qui embellie les personnages, ainsi que les divers environnements et décors.

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