Death Wish réalisé par Eli Roth [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Quand il ne sauve pas des vies, Paul Kersey, chirurgien urgentiste, mène une vie de rêve, en famille, dans les beaux quartiers de Chicago… Jusqu’au jour où tout bascule. Sa femme est sauvagement tuée lors d’un cambriolage qui tourne mal… Sa fille de 18 ans est plongée dans le coma. Face à la lenteur de l’enquête, il se lance dans une chasse à l’homme sans merci. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Eli Roth à la réalisation, Joe Carnahan au scénario et Bruce Willis dans le rôle-titre d’un remake du film culte Death Wish sorti en 1974 avec Charles Bronson en acteur principal. En lisant ça, ou même en l’écrivant alors qu’on a vu le film, on a encore du mal à savoir si ce projet nous consterne ou nous excite. Une chose est sûre, ce remake du film mis en scène par Wendell Mayes, lui-même adapté de la nouvelle écrite par Brian Garfield nous intriguait au plus haut point, ne serait-ce que pour savoir ce que devenait Bruce Willis. Acteur fortement bankable dans les années 90, Bruce Willis a vu sa carrière prendre un tournant drastique au début des années 2010. Enchaînant les films d’action « low cost » et autres séries b que l’on retrouve uniquement dans les bacs, celui qui endossera de nouveau le costume de John McCLane l’année en 2019 (Die Hard 6 en voilà un projet qui nous fait peur), a enfin retrouvé le chemin vers les salles obscures. De là à dire que l’acteur américain signe avec Death Wish son grand retour… on ne s’y risquera pas, tant le film ne devrait pas marquer pas les esprits.

“Jubilatoire pour les amateurs de revenge movie, venus voir Bruce Willis outrepasser les lois, il représente également la critique d’une société américaine qui n’évolue pas…”

Littéralement détruit à bout portant par les critiques américains et canadiens, Death Wish possède et revendique fièrement tout ce que détestent les critiques de manière générale. Au travers de sa courte, mais déjà « reconnue » filmographie, Eli Roth a démontré pratiquer un cinéma « trash » et dont la manière de raconter une histoire trouve sa source dans des séries b policières des années 90. Storyline scolaire, étalonnage hollywoodien (très contrasté), un ratio qui écrase bien l’image (1,78:1), des plans en zénithal de survol de la ville en guise de transition et une caractérisation des personnages archétypale à souhait. On pourrait aller plus loin. Rien que ces éléments cités sont des armes aiguisés pour les critiques. Néanmoins, Eli Roth prône un cinéma qui n’est pas formel (même s’il cherche à faire de belles images sans pour autant chercher la signification dans le cadrage…). C’est avant tout un cinéma dans lequel sont malmenés des archétypes de la bourgeoisie américaine dans le but de faire réagir et de divertir. Le questionnement, le malaisant et le plaisir combiné, offrant un résultat qui peut décontenancer. Cabin Fever, Hostel, Green Inferno ou encore Knock Knock reposent sur ce principe de plonger au cœur de l’enfer, des personnages provenant d’un milieu aisé. Malmener ses personnages, les tourner en ridicule dans un but jubilatoire pour le spectateur, tout en conservant dans un coin l’idée de porter un message. Messages rarement subtils, mais toujours évocateurs et significatifs. Si le message, écologique, que l’on pouvait tirer du film Green Inferno entrait par une oreille pour en sortir par une autre sans prendre le temps de nous titiller les neurones, celui de Death Wish s’avère plus intéressant si l’on ne se contente pas uniquement de ce que propose l’œuvre en surface.

Chirurgien des beaux quartiers qui passe son temps au travail, Paul Kerey va voir son quotidien basculé le jour où sa femme va être tuée et sa fille plongée dans le coma. Revenge movie classique, et hautement prévisible, car reprenant la structure narrative de tous les films de vengeance existants, ou presque, n’attendez pas du scénario de ce Death Wish plus, que ce que vous pensez avoir en lisant le synopsis ou en regardant sa bande annonce. Néanmoins, ce qu’il fait, il le fait bien. Joe Carnahan prend le temps de caractériser ses personnages, de faire en sorte que le spectateur puisse se lier (toutes proportions gardées) à ces derniers, avant que le récit ne bascule via un élément perturbateur. Prenez le début et la fin du film. Le protagoniste aura mentalement évolué, détruit par ce qu’il pût subir et sa façon d’agir. Ceux qui gravitent autour de lui n’importent en rien à l’évolution de l’histoire. Ce n’est que Paul Kerev face à lui-même, face à sa volonté de rédemption et sa colère. Death Wish est un film, qui il y a 45 ans aurait pu surprendre. Ce que l’original avait fait, devenant culte pour une génération qui estimait l’acteur Charles Bronson. L’intérêt de ce remake ne réside donc non pas dans la surprise, mais bien dans cette répétitivité démontrant que la société, en tout cas la facette des États-Unis montrée dans ce film, n’a en rien évoluée depuis les années 70. La police est débordée, les crimes sont toujours aussi nombreux et les armes mises à la disposition de n’importe qui résidant, et encore, dans le pays.

L’intention de Eli Roth est louable et le message on ne peut plus limpide pour celles et ceux qui iront au-delà de l’aspect actionner de l’œuvre. Le metteur en scène joue avec le ridicule, ridiculise ses personnages secondaires (inspecteur, vendeuse du gun store et même son protagoniste de temps à autre) pour faire comprendre que le message est fondamentalement sérieux. Malheureusement, il confond par moment jubilation de l’action et ridicule volontaire, créant une certaine confusion sur sa volonté. Musique, scènes d’actions sanglantes… le cinéaste cherche également à divertir, mais la part de divertissement l’emporte sur l’avertissement. À cela on ajoutera quelques plans de caméra (dont un que vous connaissez déjà et qui fait référence directe au film originel) qui héroïsent Bruce Willis (et non son personnage), parce que : c’est Bruce Willis, de la manière dont un jeune fan de la saga Die Hard le ferait. Ce n’est pas méchant, assez fun, mais peut faire basculer un film et l’avis de certains spectateurs. Death Wish n’est donc pas un mauvais film, et on ira plus loin déclarant que ce n’est pas non plus un film inutile. Jubilatoire pour les amateurs de revenge movie, venus voir Bruce Willis outrepasser les lois, il représente également la critique d’une société américaine qui n’évolue pas, poussant les victimes d’agressions à se transformer et à succomber à leurs pulsions vengeresses, les faisant devenir ce qu’ils détestaient et critiquaient profondément. Reste ce questionnement: “Devenons donc prendre du plaisir à voir le protagoniste se venger ou au contraire devons-nous être déçu de ses actes?”



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