Dark Waters, un grand thriller paranoïaque signé Todd Haynes


Synopsis : « Robert Bilott est un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques. Interpellé par un paysan, voisin de sa grand-mère, il va découvrir que la campagne idyllique de son enfance est empoisonnée par une usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région. Afin de faire éclater la vérité sur la pollution mortelle due aux rejets toxiques de l’usine, il va risquer sa carrière, sa famille, et même sa propre vie… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Après son somptueux mélodrame Carol (2015) et son charmant Wonderstruck (2017), le cinéaste américain Todd Haynes s’essaye au genre du thriller paranoïaque avec Dark Waters. Basé sur l’article de Nathaniel Rich, paru dans le New York Times, intitulé The Lawyer Who Became DuPont’s Worst Nightmare, le projet est né de l’initiative de l’acteur  Mark Ruffalo, également producteur du film. L’acteur est allé chercher le cinéaste Todd Haynes pour porter ce lourd dossier à l’écran. Dark Waters relate l’histoire de Rob Billot (Mark Ruffalo, excellent), un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques, qui se retrouve malgré lui à devenir l’avocat d’un paysan de l’Ohio, l’Amérique profonde de son enfance, dont l’exploitation est en perte à cause d’une usine du géant industriel américain DuPont, qui est également l’entreprise qui emploie principalement la plupart des habitants de la région. En enquêtant sur l’empoisonnement de l’exploitation de ce paysan, Rob Billot va découvrir que le géant industriel empoisonne au quotidien les habitants de cette région, ayant propagé dans les foyers américains un produit chimique mortel, notamment par la matière du téflon des poêles que possèdent la plupart des foyers. 

Un sujet complexe, digne du genre du film-dossier, auquel le cinéaste confronte sa mise en scène. Todd Haynes est un cinéaste qui investit les genres et ses codes, que ce soit le mélodrame des années 50, le cinéma muet avec Wonderstruck, tout en en posant un regard de cinéaste, en y injectant un propos social et politique pertinent. En se confrontant au thriller paranoïaque, Todd Haynes s’attaque à un lourd cahier des charges propre au genre. Le classicisme épuré et académique de son esthétique, une grande place aux dialogues et à ses acteurs, une scène un peu obligatoire où Mark Ruffalo fouille dans des dossiers, surlignant des informations filmées en gros plan.

À l’image du récent Spotlight (Tom McCarthy, 2016) ou du Zodiac de David Fincher (2007), Todd Haynes emprunte à ce classicisme épuré qui colle parfaitement à son esthétique, déjà présent dans Carol, académique mais d’une grande précision, toujours réfléchie, sobre et élégante. La photographie d’Edward Lachman, directeur de la photographie de Todd Haynes, déjà à l’œuvre sur Carol et Wonderstruck, est admirable, notamment sur son travail de la lumière naturelle qui donne une atmosphère lugubre et poisseuse à cet Amérique profonde et rugueuse. Todd Haynes a fait le choix de tourner dans des décors naturels à Cincinnati et en Virginie-Occidentale, en plein hiver et dans des conditions difficiles. Le grain de la pellicule et la lumière naturelle de l’environnement donne à Dark Waters son ambiance de thriller poisseux à la Seven (David Fincher, 1995). 

Todd Haynes s’autorise aussi de pures scènes d’angoisse, lorgnant par moments vers le cinéma de genre, transformant une scène de confrontation avec une vache contaminée en une scène quasi horrifique, ou le démarrage d’un moteur de voiture potentiellement piégée en scène de tension insoutenable. Le cinéaste investit le genre avec une grande intelligence, rythmant son récit par un montage implacable, dynamique et nerveux, relatant l’affaire et ses rebondissements avec clarté, plaçant dans le récit des repères temporels subtils qui témoignent des années qui s’écoulent et de l’impact du temps sur son protagoniste dont le film épouse le point de vue, ainsi que l’impact de cette affaire sur sa santé, sa famille, ainsi que sur les victimes de DuPontTodd Haynes posant un regard sensible sur les laissés-pour-compte de cet Amérique profonde.

Car si Dark Waters est un thriller captivant d’une grande maîtrise dans sa mise en scène, il n’en reste pas moins un portrait social et politique passionnant d’une Amérique en proie à la lutte des classes, une analyse sociétale déjà à l’œuvre dans l’Amérique des années 1950 de Carol qui relatait une sublime romance entre une femme de la haute société et une jeune vendeuse de la classe Middle

Habitué au genre avec Zodiac et Spotlight dans lequel il est tout à son aise, Mark Ruffalo excelle en Rob Billot. Une performance où l’acteur est légèrement métamorphosé physiquement, épousant toutes les mimiques de l’avocat avec lequel il s’est entretenu longuement. On pourrait être tenté de voir dans la démarche du producteur de s’offrir un grand rôle, peut-être dans l’espoir de décrocher un Oscar mais cela n’entrave pas la performance de l’acteur qui n’en reste pas moins excellent.

Ruffalo est très bien entouré par le reste du casting, jusqu’au plus petit second rôle : Anne HathawayTim RobbinsBill Camp, ou encore Bill Pullman. Une direction d’acteurs irréprochable. Todd Haynes est allé jusqu’à faire jouer des acteurs non-professionnels pour être le plus authentique possible par rapport à son sujet. Cette recherche chez le cinéaste donne à sa mise en scène un regard quasi-documentaire, renforçant la pertinence politique et sociale de son long-métrage, sans pour autant oublier de faire de Dark Waters un pur thriller de mise en scène. 


« Todd Haynes investit les codes du thriller paranoïaque avec une grande maîtrise, livrant avec Dark Waters un portrait social et politique pertinent, porté par l’excellente performance de Mark Ruffalo. Un grand thriller. » 


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