D’après une histoire vraie réalisé par Roman Polanski [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Delphine est l’auteur d’un roman intime et consacré à sa mère devenu best-seller. Déjà éreintée par les sollicitations multiples et fragilisée par le souvenir, Delphine est bientôt tourmentée par des lettres anonymes l’accusant d’avoir livré sa famille en pâture au public.La romancière est en panne, tétanisée à l’idée de devoir se remettre à écrire. Son chemin croise alors celui de Elle. La jeune femme est séduisante, intelligente, intuitive. Elle comprend Delphine mieux que personne. Delphine s’attache à Elle, se confie, s’abandonne. Alors qu’Elle s’installe à demeure chez la romancière, leur amitié prend une tournure inquiétante. Est-elle venue combler un vide ou lui voler sa vie ? »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position « je m’installe comme à la maison » ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Dans les derniers films réalisés par Roman Polanski et parus depuis le début des années 2010, la thématique de l’auteur et de ses angoisses revient de manière récurrente. Les personnages du cinéaste sont des auteurs. De l’écrivain interprété par Ewan McGregor dans The Ghost Writer (2010) au metteur en scène joué par Mathieu Amalric dans La Vénus à la Fourrure (2013). Cette adaptation du roman de Delphine De Vigan, Roman Polanski la co-écrit avec le cinéaste Olivier Assayas, qui s’intéressait déjà récemment à la thématique de l’artiste féminin. Juliette Binoche prêtait ses traits à une actrice angoissée par l’idée de vieillir dans l’avant-dernier film de ce dernier: Sils Maria (2014). Les deux auteurs, dont les thématiques se rencontrent, signent ensemble le scénario du nouveau film de Roman Polanski.

Dans D’après une histoire vraie, il est question de l’histoire de Delphine (interprétée par Emmanuelle Seigner NDLR), une auteure de romans à succès qui s’inspire de sa propre vie pour livrer des œuvres autobiographiques, le dernier, venant d’être publié, étant consacré à sa mère. La jeune femme est tourmentée par des lettres anonymes qui l’accusent d’avoir vendu sa mère. Fragile et vulnérable, Delphine fait la rencontre de Elle (interprétée par Eva Green NDLR), une mystérieuse femme, auteur de romans biographiques, auprès de laquelle elle s’abandonne et se confie jusqu’à se perdre.

“Eva Green surjoue lorsqu’il s’agit de jouer la folie ou la manipulation”

Roman Polanski filme une rencontre comme dans son précédent film La Vénus à la Fourrure. Une rencontre aux allures métaphoriques, reflétant la psychologie de son personnage, dans ses failles les plus sombres et les plus perverses, dans ses angoisses, notamment la panne d’inspiration de l’auteur comme c’est le cas dans les personnages de ces deux derniers films. On pourrait même être tentée de voir dans ce nouveau film une continuité avec La Vénus à la Fourrure, dans ses thématiques comme dans sa mise en scène. Roman Polanski filme ses personnages dans des lieux clos, un théâtre dans La Vénus à la Fourrure et un appartement dans D’après une histoire vraie, à l’exception que le film ne soit pas entièrement un huis clos comme ses deux précédents films, Carnage (2011) se déroulant intégralement dans un appartement où ses personnages se déchirent. Et il faut l’admettre, Roman Polanski n’a pas perdue de sa superbe pour filmer ses personnages dans un huis clos. La caméra est fluide, avec des mouvements amples et fantomatiques. Elle traverse les couloirs, suit les personnages, allant d’une porte à l’autre. Certains plans-séquences exposent plusieurs actions dans un même cadre avec une fluidité propre au cinéaste lorsqu’il s’agit de filmer l’espace de manière théâtrale. Les scènes de dialogues, entre les deux actrices, dans l’appartement font du film D’après une histoire vraie un film moins déshonorable que ce que pourraient laisser imaginer ses défauts apparents.

Parmi les défauts apparents, celui qui ressort le plus est la direction d’actrices et d’acteurs. Dans la Vénus à la fourrure et dans Carnage, la théâtralité avec laquelle Polanski dirige ses acteurs était plus que justifiée, les deux films étant des adaptations de pièces de théâtre. L’aspect huis clos s’y prêtait parfaitement. Mais lorsque les acteurs ne sont pas dans un appartement, mais dans un café parisien, le jeu théâtral se transforme en un surjeu constant, particulièrement chez Eva Green qui, comme à son habitude, force le trait lorsqu’il s’agit de jouer la folie ou la manipulation narcissique. Sans oublier Vincent Perez dont le jeu sonne faux, même derrière un écran d’IPhone en Facetime. Chaque réplique de l’acteur semble prendre l’intonation d’une tirade de tragédie grecque. Seule Emmanuelle Seigner est, de nouveau, éblouissante de simplicité et de sincérité, la collaboration avec son mari Roman Polanski lui offrant des rôles de compositions à l’image de sa performance dans La Vénus à la Fourrure.

On pouvait s’attendre à un thriller psychologique maitrisé, à l’image de l’excellent The Ghost Writer dont la tension narrative était un véritable exemple de la maitrise du genre chez le cinéaste. Mais la narration de D’après une histoire vraie s’avère poussive, peu prenante dans ses enjeux et son suspense, à défaut d’un twist final prévisible qui se trahit dès les premières minutes du film. Une psychologie de personnage grossière, là où Carnage réussissait à être le théâtre des pulsions d’adultes en société, et La Vénus à la fourrure celui des fantasmes inavouables et pervers de son personnage masculin, campé par l’excellent Mathieu Amalric.

À défaut d’une direction d’acteurs peu inspirée et d’un scénario assez poussif, D’après une histoire vraie est une déception par rapport à la maîtrise des trois précédents films du cinéaste (The Ghost WriterCarnage et La Vénus à la Fourrure), sans être pour autant un film totalement déshonorable, à l’exception de quelques bonnes idées de mise en scène. Une œuvre qui s’impose comme un film mineur dans la filmographie du réalisateur. Autant dire que Roman Polanski nous a habitués à bien mieux auparavant.

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