Culture Shock, pamphlet à charge aussi hilarant que terrifiant contre la politique anti-migratoire de Trump [Fantasia 2019]

Synopsis : « This thriller follows a young Mexican woman in pursuit of the American Dream, who crosses illegally into the United States, only to find herself in an American nightmare. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…
Film vu dans le cadre du Fantasia Festival International de Film 2019, élément à prendre en compte, car il est le festival avec l’ambiance la plus indescriptible.

Tel qu’on le répète depuis quelques jours/semaines maintenant (15e jour du Fantasia Festival International de Film à l’heure où l’on écrit ces modestes mots et l’on a du contenu en stock), il y a depuis quelques années maintenant une réelle utilisation du cinéma de genre afin de dénoncer. Rien de bien nouveau nous direz-vous. C’était déjà le cas à son commencement, mouvement qui n’a cessé de s’amplifier passé les années 70/80. John Carpenter s’y étant par exemple donné à cœur joie pour ne citer que lui. Néanmoins depuis quelques années et l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, les cinéastes n’y vont plus de main morte et sautent les deux pieds joints dans la marre afin d’éclabousser les premiers responsables. Dénoncer des choix et actes politiques qui vont souvent à l’encontre des droits de l’homme, mais également dénoncer de réels problèmes sociaux qui nuisent à la vie d’autrui. Problèmes d’ordres humains et sociaux dénoncés avec un esprit satirique, ironique et/ou horrifique de diverses manières dans des films comme The Art of Self-Defense, Vivarium, Paradise Hills ou encore 1BR. Mais on était encore bien loin de ce que nous avait préparé la bien connue au Fantasia Festival International de Film : Gigi Saul Guerrero. Déjà croisée l’année passée dans les dédales du festival pour la présentation de sa mini-série La Quinceañera, Gigi Saul Guerrero a fait cette année un retour aussi inattendu que triomphal. Et pour cause, lorsqu’une cinéaste d’origine mexicaine s’attaque par le prisme du genre à un sujet comme le passage de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, sous l’égide de la société Blumhouse Production, ça a de quoi attirer l’attention. Et à raison.

Culture Shock nous conte l’histoire d’une jeune mexicaine enceinte qui, décide de passer la frontière américaine illégalement afin de poursuivre le rêve américain pour elle et son bébé. Quand le phénomène Get Out se transpose et exploite le thème de l’immigration entre le Mexique et les États-Unis. Inédit dans les pays francophones, Culture Shock fait parti d’une anthologie nommée Into the Dark. Douze mois, douze œuvres, douze cinéastes, douze sujets. De la fête nationale à la fête des Pères, en passant par le premier avril, chaque œuvre s’inspire d’une fête ou d’un jour férié afin de le ou la détourner pour en créer une œuvre de genre mêlant horreur et comédie. Le principe est simple, mais extrêmement malin. En cette période politique et sociale néfaste pour les États-Unis d’Amérique, la cinéaste Gigi Saul Guerrero nous a concocté une fête nationale du 4 juillet qui ne vous laissera pas indemne. Penser au film écrit et réalisé par Jordan Peel est tout aussi logique que de penser à la licence The Purge. Avec Culture Shock, Gigi Saul Guerrero se sert de la fête nationale américaine comme prétexte afin de réaliser un pamphlet contre la politique anti-migratoire et déshumanisée de Donald Trump. Un pamphlet qui, par le prisme des possibilités offertes par le sujet et le cinéma de genre, va fondamentalement plus loin que ce qu’il aurait pu être. Traiter de la fuite d’un pays à l’autre, c’est pour la cinéaste l’occasion de jouer sur deux tonalités différentes. D’un côté le sérieux et la dureté du propos sur l’immigration et de l’autre la satire assumée et jusqu’au-boutiste de cette Amérique “Trumpiste” qui vit dans l’illusion permanente.

Gigi Saul Guerrero tape du poing sur la table et c’est grâce à cette volonté de réaliser une charge non dissimulée qu’elle rend son film aussi drôle que terrifiant. Un film qui au-delà du propos, repose sur un scénario plus malin qu’il ne le laisserait paraître au préalable. Un scénario bien écrit qui s’appuie sur des éléments modernes (dont on ne dira rien de plus pour conserver tout effet de surprise) afin d’amplifier son propos tout en conservant une certaine cohérence de l’ensemble, et de faire du film une dystopie que ne renierait pas un certain Charlie Brooker. Le Charlie Brooker de 2006, celui qui ne se répétait pas scénario après scénario et qui développait des œuvres uniques dont le sel était autant dans la dureté du message que dans la complémentarité entre le scénario et la technique. Chose que la cinéaste Gigi Saul Guerrero a su, simplement et parfaitement, exploiter pour son film Culture Shock. Ne pas se répéter dans son processus de montage, ainsi que dans la manière de cadrer. Deux tonalités, deux ambiances radicalement différentes également d’un point de vue technique. Ne pas sombrer dans la redondance et se servir des moyens offerts par le cinéma (rythme, découpage, montage, cadrage et colorimétrie) afin de décupler l’ambiance propre à chaque séquence et la portée du, ou des, propos. Si ce n’est pas du grand cinéma, si chaque plan ne possède pas de quoi éblouir notre rétine, il est un cinéma techniquement réfléchi et qui ne se contente pas de mettre en image des mots. On reprochera néanmoins quelques choix de focales peu pertinents, ainsi que des compositions de cadre pas toujours inspirées et un montage qui aurait par moment mérité de ne pas céder aux appels du didactisme.

Culture Shock est cette nouvelle et énième preuve que le terme film télévisé ou série télé, ne signifie plus rien aujourd’hui. Plus jubilatoire qu’un des épisodes de la licence The Purge, mieux écrit que Get Out grâce à ce jusqu’au-boutiste assumé et à charge où n’allait pas complètement Jordan Peele à mon sens, Culture Shock est un pamphlet contre la politique contre l’immigration de Donald Trump (et confrères) et une satire de la société américaine actuelle aussi féroce, qu’hilarante et terrifiante. Aussi maîtrisé dans le fond que dans la forme malgré quelques défauts qui n’entachent en rien le plaisir du visionnement, Gigi Saul Guerrero surprend plus qu’agréablement ! Il n’aura pas démérité le titre du film que les Américains (et bien plus encore) méritent de voir de force actuellement.


Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *