Cuban Network, l’espionnage selon Olivier Assayas

Synopsis : « Début 1990, un groupe de Cubains installés à Miami met en place un réseau d’espionnage. Leur mission : infiltrer les groupuscules anti-castristes responsables d’attentats sur l’île. » 


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Après s’être égaré dans les errements de bourgeois parisiens avec son Doubles Vies en 2019, le cinéaste Olivier Assayas revient au thriller politique, dix ans après sa fresque Carlos (2010), avec Cuban Network, adaptation du livre du journaliste et homme politique brésilien Fernando MoraisThe Last Soldiers of the Cold War (2011). Cuban Network relate l’histoire de plusieurs espions cubains installés à Miami dans les années 90, ayant infiltrés les groupuscules anticastristes, responsables de plusieurs attentats. Cinéaste aux multiples registres, Olivier Assayas s’essaye au cinéma d’espionnage politique, retrouvant un de ses acteurs fétiches, Edgar Ramirez, dix ans après lui avoir offert le rôle-titre du biopic Carlos

Le cinéaste s’entoure d’un superbe casting espagnol et brésilien, composé d’acteurs tels que Pénélope Cruz ou encore Gaël Garcia Bernal. Tourné en anglais et en espagnol, Cuban Network est un vrai essai dans la filmographie du cinéaste, pour un résultat plutôt contrasté. Le cinéaste fait le choix d’une narration chorale, suivant plusieurs personnages sur plusieurs périodes différentes, durant une première heure qui souffre de cette narration artificielle. Il faut compter un certain temps avant que ce dispositif ne trouve son sens dans une deuxième partie où tous les personnages de ce thriller sont installés et que le spectateur connaisse leurs backgrounds et leurs rôles dans le réseau d’espionnage auquel s’intéresse le cinéaste. 

Cuban Network met donc beaucoup de temps à mettre en place ses enjeux, d’où des problèmes de rythme conséquents dans une première partie dédiée à une trop longue mise en place des enjeux politiques de son thriller d’espionnage. Ce qui intéresse vraiment le cinéaste, c’est la dimension politique et humaine de cette histoire du réseau d’espionnage cubain. Raconter le destin de ces hommes qui ont servi, protégé leur pays dans le plus grand secret. Raconter l’histoire de ce réseau d’espionnage à hauteur d’hommes et de femmes. C’est dans le drame intime entre Pénélope Cruz et Edgar Ramirez que l’on retrouve un Olivier Assayas plus qu’inspiré quand il sonde les âmes de ses personnages, à l’image de son actrice Juliette Binoche dans Sils Maria (2014).

Si le cinéaste est inspiré par les drames intimes féminins, il l’est beaucoup moins lorsqu’il s’agit d’embrasser le genre du cinéma d’espionnage et ses codes. Si la charge politique est bien présente et qu’il y a un regard précis sur ses personnages, le cinéaste cabotine lorsqu’il est question d’insuffler du rythme et de la tension dans ses scènes nerveuses. Cuban Network ennuie dans ses phases d’infiltrations, peinant à faire exister l’ensemble de son casting, beaucoup trop nombreux, dans des situations d’urgence. Olivier Assayas n’est pas le cinéaste du rythme mais celui de la lenteur, plus doué et inspiré pour filmer les errements contemplatifs de ses personnages. Le cinéaste s’empare d’un genre pour dépeindre des personnages complexes dans leur intimité, sans pour autant embrasser pleinement le genre et ses codes, ce qui était déjà la limite de son Personal Shopper (2016)une Ghost Story où les tourments intimes de son actrice Kristen Stewart brillent à l’écran. 

Avec Cuban NetworkOlivier Assayas a le mérite de s’essayer à un genre codifié pour livrer une fresque politique intime et engagé. Un exercice de style au résultat contrasté mais qui vaut le coup d’œil pour le regard que porte le cinéaste sur ses personnages. 


« Olivier Assayas s’essaye au cinéma d’espionnage dans un exercice de style peu inspiré. Mais Cuban Network a le mérite d’exister pour le regard intime et politique du cinéaste sur ses personnages. »


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