[Critique] Vincent n'a pas d'écailles réalisé par Thomas Salvador

Vincent n'a pas d'écailles affiche

“Vincent a un pouvoir extraordinaire : sa force et ses réflexes décuplent au contact de l’eau. Pour vivre pleinement ce don, il s’installe dans une région riche en lacs et rivières, et suffisamment isolée pour préserver sa tranquillité. Lors d’une escapade aquatique, il est surpris par Lucie. Ils tombent amoureux mais Vincent hésite avant de lui dévoiler son secret. Une violente altercation pousse Vincent à utiliser sa force pour défendre un ami. La bagarre tourne mal, son don est découvert. Il décide de prendre la fuite… “

“Un film qui assume pleinement son hommage au travers d’un scénario référencé et dont les références sont utiles.”

Depuis près de 10 ans, il y a un genre qui est en pleine expansion. C’est celui du film de super héros. En effet, même si les super héros sont parmi nous depuis leur naissance sous la forme de comic-book, c’est seulement depuis le succès presse comme spectateurs reçus par Spider-Man premier du nom, que le genre à commencer à faire son nid et à se développer par la suite sous la forme d’univers. Marvel, DC Universe et pourquoi pas vous ou moi ? C’est cette question que s’est posée Thomas Salvador, grand amateur des films de super héros et de super héros en règle général. Réalisateur de courts-métrages, Thomas Salvador songeait à faire son propre film de super-héros depuis plusieurs années et il semble que ce soit le moment opportun pour présenter ce film aux yeux de tous. Premier film de super-héros français, Vincent n’a pas d’écailles est un bel hommage au genre qu’il admire, mais également au cinéma et à ceux qui ont permis au cinéma d’être un moyen de divertissement drôle et joyeux.

Entre la fin du 19e siècle et le début du 20e, des personnalités fortes du cinéma ont pris le contrôle de cette forme d’art afin de s’en servir à des fins comiques et humoristiques. Max Linder, Buster Keaton… tous ces grands noms qui se sont fait connaître à cette période, sont restés gravé dans nos mémoires comme étant des personnages et non des acteurs. Leur personnage respectif avait un style qui lui était propre et qui se rapportait souvent au regard satirique qu’ils pouvaient avoir envers une classe de la société de l’époque. Aujourd’hui on ne pourrait plus avoir ce regard satirique envers la société dans un film à des fins comiques, mais un acteur peut toujours créer un personnage unique auquel il arriverait diverses aventures de la même manière que Max (personnage de Max Linder). C’est ce qu’a voulu faire Thomas Salvador avec ce mystérieux personnage qui se prénomme Vincent. Vincent à la plage, Vincent est amoureux… Vincent est un protagoniste que l’on verrait très bien en personnage récurant dans une série de court ou moyen métrages. Attachant afin par la suite de paraître drôle et tendre, il a toutes les caractéristiques du personnage type de bande dessinée et la réalisation de Thomas Salvador va dans ce sens en le mettant en scène dans un cadre où chaque élément et décor est pensé dans le but de mettre en valeur Vincent, ainsi que son super-pouvoir.

Par ailleurs, on retrouve dans ce long-métrage un découpage saccadé qui nous renvoie directement aux films burlesques qui eux-même s’inspiraient ou inspiraient implicitement les bande dessinées dont la structure repose sur des planches et dont chaque planche est composé de pastilles qui pour un long-métrage représente un plan fixe. Une boucle dont ne se défait et à laquelle on revient ici.

Long-métrage à la réalisation et mise en scène contemplative qui cherchent à mettre en avant la nature et le côté réaliste de l’action, ce film joue avec la nature environnante pour caractériser et renforcer la personnalité du protagoniste. À l’aide de plans fixes et d’un montage lent et monotone dans sa première demi-heure, l’histoire se développe au travers de l’objectif de la caméra et non pas par le biais de dialogues insignifiants comme il aurait pu le faire. Élément prédominant dans le film, l’eau est omniprésente dans un premier temps afin de faire comprendre aux spectateurs qu’il s’agit d’un allongement du corps de Vincent, que sans celle-ci, il n’est plus lui-même. L’eau va petit à petit s’éclipser du film, mais cet élément restera toujours accessible aux moments où Vincent en aura le plus besoin. Car oui, Vincent n’a pas d’écailles n’est pas qu’un film contemplatif dans lequel le personnage admire la nature. C’est un film dans lequel se confondent romance et action sous une forme très particulière.

En effet, film amateur au budget dérisoire, Vincent n’a pas d’écailles est le premier film de super héros français tourné intégralement sans effets numériques, mais qui reprend les codes du film de super héros. Personnage dont la force et les réflexes se décuplent au contact de l’eau, Vincent doit vivre avec ce secret et ne doit en faire usage devant quiconque étant en mesure de le juger ou de le dénoncer. Comme à l’accoutumée, c’est à cause de rencontres et de ses émotions d’humains que Vincent va s’attirer des ennuis et va devoir fuir et renoncer à celle et ceux qu’il aime. Thomas Salvador ne s’en cache pas et assume faire une film hommage qui reprend les codes des films qu’il aime et auxquels il souhaite ajouter sa patte de cinéaste. Cette patte va se retrouver dans sa mise en scène contemplative, dans une réalisation posée et qui joue astucieusement sur chaque cadre pour faire de ce film un vrai film de superhéros et dans l’écriture des personnages qui ne sont en rien arrogants, mais au contraire naturels et timides. Ils ne se mettent pas en valeur et leur timidité les empêche de communiquer allègrement. Cette écriture fondamentalement simpliste est très intéressante sur la forme, car c’est ce manque de dialogues qui va permettre à la mise en scène et à la réalisation de Thomas Salvador de prendre le dessus et de démontrer aux spectateurs les émotions ressenties par les personnages. Tout cela uniquement par le biais de l’image et de son sens du cadre.

Vincent est l’archétype même du super héros, sauf que le traitement initié par le réalisateur n’est pas commun et permet au film de se voir naturalisé comme un film unique, un bel hommage à un genre en particulier. Maintenant la question que l’on se pose est : Vincent n’a pas d’écailles a-t-il les épaules pour supporter une sortie salles ? Une réponse positive serait la bienvenue pour prouver que les producteurs ont eu raison d’avoir foi en ce film pour lui offrir une sortie salle, mais en attendant de voir ce que nous réservent les spectateurs français comme surprise, la réponse serait plus aisément négative. Vincent n’a pas d’écailles est un bon film, un film aux cadrages précis et qui assume pleinement son hommage au travers d’un scénario référencé et dont les références sont utiles, jamais simplement présentes pour faire parler d’elles, mais est-ce que le spectateur se déplacera pour voir un film comme celui-ci, un film qui fait très amateuriste, presque film d’étudiant sur les quelques images que l’on peut voir, à cause d’une photographie brute et naturelle ? L’on espère que oui, mais très sincèrement au vu de la concurrence et des films qui sortiront à la même période, cet espoir risque vite de disparaître. Malgré tout, même si le succès n’est pas au rendez-vous, Vincent n’a pas d’écailles permettra à Thomas Salvador de connaître le début de sa carrière en tant que réalisateur de long-métrage et pourquoi pas de ce voir offrir des projets plus importants dans le futur. Une carrière à suivre pour lui et son actrice Vimala Pons.

3/5

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