[Critique] The Visit réalisé par M. Night Shyamalan

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Synopsis : “Deux enfants sont envoyés passer une semaine en Pennsylvanie, dans la ferme de leurs grands-parents. Mais lorsque l’un d’eux découvre qu’ils sont impliqués dans quelque chose de profondément dérangeant, leurs chances de retour s’amenuisent de jour en jour.”


Pas moins de dix réalisations en 21 ans. Deux films inconnus que sont Praying with Anger et Wide Awake, puis arriva sans crier gare la claque Sixième Sens. Avec Sixième Sens, le réalisateur américain M. Night Shyamalan surprenait tout le monde grâce à un film humain, aux personnages attachants, mais également terrifiants. C’était le début de l’ère Shyamalan. Une ère qui s’est éteinte en 2008 avec la sortie de Phénomènes. Films aux intentions louables, mais dont la morale écologique en aura décontenancé plus d’un, à l’image de son scénario simpliste aux personnages communs. Depuis, M. Night Shyalaman peine à redevenir celui qu’il était auprès des spectateurs. Sa dernière carte se nomme The Visit. Un film qui dès son officialisation partait avec une balle dans le pied en étant produit par la société Blumhouse Production. Société créée par Jason Blum, à qui l’on doit notamment les Paranormal Activity, Insidious et on en passe des meilleurs. The Visit est-il finalement le soubresaut inespéré par les admirateurs des quelques chefs d’œuvres mis en scène par M. Night Shyalaman ?

Producteur dont la simple et principale lubie est d’amasser de l’argent sans avoir en en miser énormément, Jason Blum fait son travail et le fait même plutôt bien. Plus de tops que de flops à son actif, malgré des films aux qualités plus que discutables. Spécialisé dans la production de films d’horreur à petit budget, son véritable problème est de parier majoritairement sur un type de film en particulier : le found footage. Un genre dans lequel, les plans sont réalisés par un réalisateur amateur qui ne fait pas attention au cadre et aux mouvements effectués par sa caméra. Le found footage est un genre utilisé beaucoup trop fréquemment au cinéma et rarement justifié. Étant dans le prolongement des mouvements d’une personne, une caméra qui bouge dans tous les sens doit permettre une meilleure immersion, ainsi que de transmettre davantage de sensations aux spectateurs. Y’a de l’idée, mais c’est complètement faux. M. Night Shyamalan, réalisateur passé maître dans l’art du thriller horrifique et dramatique, l’a bien compris et a tout bonnement décidé d’embrasser totalement le principe du found footage, tout en y incrémentant les qualités d’un documentaire. Plus concrètement ce qu’on appellerais un mockumentaire aujourd’hui, à savoir un faux documentaire. Offrant au film une véritable qualité formelle en plus d’un fond plus intéressant et travaillé que ce à quoi nous avaient habitués les films de ce genre.

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Deux enfants sont envoyés chez leurs grands-parents qu’ils ne connaissent pas. Ils vont y aller avec un objectif en tête : faire un documentaire sur leur famille pour la reconstruire. Cette base scénaristique sur laquelle s’appuie M. Night Shyamalan, lui permet de mettre en scène un film qui va franchir les frontières du found footage en lui implémentant une narration au découpage particulier, ainsi qu’un véritable travail de mise en scène et de réalisation. Tout en conservant l’aspect visuel de la caméra portée, réside en The Visit une véritable prouesse artistique. Jonglant entre des plans fixes et les plans caméras au poing, les cadres sont soignés et les mouvements effectués sont travaillés, afin d’aboutir par un cadre à l’objectif concret. Le but peut être horrifique pour amplifier une tension ou dramatique pour faire ressortir la peur et l’incompréhension d’un personnage. Les plans sont soignés, bonifiés par une belle gestion de la lumière, et les cadres choisis ne sont pas qu’un simple fruit du hasard. Le documentaire peut-être traduit comme une retranscription du réel. Mais une retranscription du réel auquel on a joué sur la mise en scène et le soin apporté au cadre, à l’imagerie dans sa généralité, pour amplifier des personnages ou évènements du réel. The Visit est un film de fiction. Un film de fiction et non un documentaire, mais une fiction qui utilise les codes du documentaire dans son scénario et sa mise en scène. Ça passe notamment par un système d’interviews gérées par un personnage qui sera hors champ.

The Visit retrace l’épopée des enfants qui va s’étaler sur une semaine. Grâce à cette temporalité, le film repose sur une montée en puissance et fait de chaque nouvelle journée, une avancée vers l’épilogue et la résolution de la question : que ce passe-t-il dans cette maison ? Ou plutôt dans cette famille. Puisque oui, The Visit est un bel et bien une réalisation de M. Night Shyamalan et ça se ressent dans les thématiques abordées par l’histoire. Avant d’être un film de genre dans lequel sont dispatchés plusieurs jump-scare plus ou moins efficaces grâce à une mise en scène suffisamment bien élaborée pour que le spectateur reste sur ses aguets, The Visit est un drame familial. Un long-métrage au travers duquel le réalisateur de Signes va se servir de l’aspect documentaire du scénario, pour amorcer et développer l’aspect humain de ses personnages et aborder les thèmes du pardon et de la reconstitution familiale. Comme à son habitude, le metteur en scène met un point d’horreur à respecter ses personnages et à les humaniser de façon à ce que les spectateurs s’attachent rapidement à eux. Ils paraissent naturels et grâce à une habile utilisation de l’humour lors de quelques courtes séquences, un lien se crée entre le personnage et le spectateur. Renforçant l’immersion et l’atmosphère oppressante et stressante qui va s’amplifier au fur et à mesure de l’avancée du film.


En Conclusion :

The Visit était le film de la dernière chance pour M. Night Shyamalan. Sans avoir mis en scène le film qui bouleversera le septième art, le réalisateur revient non pas à ses origines, mais avec un nouvel objet cinématographique. Un film dans l’air du temps qui ne se contente pas d’utiliser les recettes qui ont fait le bonheur du box-office, mais qui les réinvente. Plus proche du mockumentaire que du found footage, The Visit prend les qualités de chacun pour créer quelque chose d’unique et d’efficace. L’aspect caméra portée du found footage amplifie l’immersion du spectateur et son aspect documentaire renforce l’humanité des protagonistes. Drôle, touchant, stressant et surtout formellement très intéressant, The Visit surprend plus que n’effraie. La peur y prend plusieurs formes et l’absence totale de musique renforce l’atmosphère qui plane dans ce film. Pari audacieux et risqué, mais pari totalement réussi.


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