[Critique] The Humbling réalisé par Barry Levinson

The-Humbling

Synopsis : “Célèbre comédien de théâtre, Simon Axler sombre dans la dépression au point de devenir suicidaire lorsqu’il perd soudainement et inexplicablement son don. Pour tenter de retrouver le feu sacré, il entame une liaison avec une lesbienne deux fois plus jeune que lui. Mais très vite, leur relation sème le chaos tandis que d’anciennes connaissances du couple réapparaissent dans leur vie…”


“Il y a une fine ligne entre le génie et la folie.”

Alors qu’il a dépassé les 30 ans de carrière il y a trois ans de cela, Barry Levinson est un cinéaste à la filmographie complète, mais parsemée de bons comme de mauvais films. Reconnu pour des longs-métrages comme Good Morning VietnamRain Man ou encore Sleepers, il est également celui à qui l’on doit HarcèlementBandits ou encore The Bay. Ce dernier illustre parfaitement ce propos. Film d’horreur succombant à la mode du found-footage, celui-ci s’était avéré intrigant au commencement, mais très rapidement insignifiant. À 73 ans, le réalisateur américain se cherche encore et toujours. Il se remet en question et a trouvé au cœur du roman écrit par Philip RothThe Humbling, le questionnement idéal pour tout homme ayant consacré sa vie au cinéma, mais n’arrivant plus à captiver le spectateur. Quelques mois après Alejandro González Iñárritu et son fameux Birdman, c’est donc Barry Levinson qui s’intéresse aux problèmes des acteurs au travers de son nouveau film : The Humbling.

Difficile de relever la pente lorsque l’on vous attribue l’Oscar du Meilleur Réalisateur, avant de sombrer dans les limbes du cinéma. Encore aujourd’hui, aux yeux du monde Barry Levinson est un nom que l’on attache à quelques films, mais qui semble être du passé. Il vit toujours, réalise des films, arrive même à surprendre par moment, mais le spectateur ne lui prête aucune attention. Ce mal-être réside au cœur de ce dernier long-métrage. Sénile, arrogant et à la limite de la schizophrénie, Simon Axler n’arrive plus à comprendre la société dans laquelle il évolue. Il n’arrive plus à captiver les spectateurs et va par la force des choses se remettre en question, remettre son talent en question. Drame intimiste dans lequel Al Pacino nous prouve qu’il est toujours l’acteur talentueux et impressionnant qu’il était au début de sa carrière, The Humbling est l’exact opposé du film d’Alejandro González Iñárritu. Un fond intéressant, même si fortement limité par son propos et une forme conventionnelle. Barry Levinson suit son protagoniste sur plusieurs semaines et ne cherche pas à émerveiller via l’image. Ce qui l’intéresse réside dans le cœur des personnages et la transmission des émotions au travers de l’image. Le ton est monotone et le montage linéaire, mais l’émotion est présente et intense.

Telle une pièce de théâtre, The Humbling pourrait se résumer à deux personnages au centre de la scène avec plusieurs personnages secondaires gravitant autour d’eux pour les faire avancer dans leur remise en question. Simon Axler, protagoniste de cette histoire, va trouver en chacun des personnages secondaires une contrainte qui va le permettre d’avancer dans sa reconstruction. Un arc narratif principal sur lequel vont s’incrémenter de simples informations. Car oui, là où Birdman disposait d’une véritable troupe de personnages, The Humbling n’en possède que deux. Les personnages secondaires n’ont pas d’histoire et leur intérêt ne réside que dans la nécessité de faire avancer le protagoniste. Seul un personnage va réussir à apporter une touche émotionnelle et un grand intérêt au film. Celui-ci se nomme Pegeen, personnage interprété par Greta Gerwig. Par sa joie de vivre et son naturel omniprésent dans son jeu d’actrice, Greta Gerwig apporte la fraîcheur et la spontanéité nécessaire au film. Son personnage est à l’image de chacun des films dans lesquels elle a joué. C’est par elle que tout va commencer et c’est grâce avec elle qu’il va trouver réponse à ses questions. Par le développement du thème de la remise en question de l’acteur et de la dépression, le scénario se permet d’user de certains thèmes, qu’ils soient sociétaux ou humains. Des thèmes qui pour certains sont traités par la mise en scène (utilisation de la technologie et de skype comme sessions chez le psychologue), d’autres seront vite expédiés et n’auront que peu de répercussion sur l’avancement du scénario. Un scénario dont appréciable, mais qui laisse sur une note amère, une frustration.

En Conclusion :

Par un certain aspect naturaliste dans l’image, The Humbling réussit à jouer sur les genres et à passer du drame à la comédie. C’est naturel et ça ne cherche pas à en faire plus que ce qui nous est présenté. Se permettant d’être drôle par moments grâce à quelques lignes de dialogues permettant à Al ArdoisePacino de jouer sur l’ironie ou le mépris face à certaines situations, le film ne s’enlise pas dans une déchéance cherchant le pathos au détriment des autres émotions. Afin de paraître moins conventionnel et d’embellir cette histoire linéaire et sans grands rebondissements, le film dispose d’un montage qui va alterner entre moments de réalité et moments de rêves. Un élément intéressant, qui paradoxalement peut altérer l’attention que porte le spectateur au film, mais permet un développement plus approfondi par le dialogue et le sous-texte, du subconscient du protagoniste. The Humbling, un moment de cinéma appréciable qui possède ses fulgurances qui lui permet d’être émotionnel, poétique, touchant et drôle, mais qui doit surtout aux talentueux Al Pacino et Greta Gerwig qui permettent au film de conserver un cap même si le final n’arrangera en rien ce récit Shakespearien frustrant.


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