[Critique] Sicario réalisé par Denis Villeneuve

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Synopsis : “La zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par un consultant énigmatique, l’équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre.”


Ah, Denis Villeneuve. Le réalisateur occidental le plus prolifique de ces dernières années avec un film par an au compteur depuis 2013. Après Prisoners, et Enemy (dans l’ordre de leurs sorties en salles, pas de leurs tournages), et Jake Gyllenhaal, Hugh Jackman ou encore Mélanie Laurent, le canadien s’est encore bien entouré en engageant Emily Blunt, Josh Brolin et Benicio Del Toro pour son cru 2015, le sec, sauvage et brillant Sicario.

Petit récap des deux derniers Villeneuve (les seuls que j’ai vu, malgré la réputation d’Incendies, qu’il va falloir que je vois un de ces jours) avant de parler de Sicario. Tout d’abord, je pense que ces 3 derniers films offrent un crescendo qualitatif. Certes, je préfère à titre personnel Enemy, son ambiance pesante et son labyrinthe mental scénaristique, mais il me paraît être un film fait entre deux grosses productions, avant d’obtenir le budget nécessaire pour faire Prisoners. Prisoners est un film que je n’apprécie pas beaucoup, il est, à mon sens, un peu mou, souvent surjoué et avance avec la subtilité d’un bulldozer. Mais, dans sa construction comme dans sa réalisation, il est bien plus abouti (Enemy pouvant apparaître comme un exercice de style vain se perdant dans ses énigmes pour éviter d’y répondre).

C’est donc avec une impatience non dissimulée que j’attendais son Sicario. Retours Cannois dithyrambiques, un air de Katherine Bigelow dans les images, casting trois étoiles et un sujet m’intéressant fortement, à savoir la guerre de la police américaine contre les cartels de drogues mexicains. Une sorte de Breaking Bad du côté de la police, ou la maxime guerrière de Furiosa dans Mad Max : Fury Road seraît maîtresse : “Out there everything hurts”. Par ici, tout blesse. C’est cette phrase qui nous trottine en tête tout au long du film, et spécialement de ses séquences puissantes d’action policière au Mexique, et dans la ville de Juarez. Juarez, ville directement frontalière des États-Unis. Immense mur qui s’étend à perte de vue, paysage aride, criminalité qui a depuis longtemps crevé le plafond, et bruit de tirs qui recouvrent ceux de la vie d’une métropole. Juarez est un enfer sur Terre, et les trafiquants de drogues s’y plaisent. Et c’est de cette ville en perdition que Denis Villeneuve va tirer sa meilleure séquence, explosive et haletante. Nous sommes dans la première partie du film, et rien n’est encore vraiment logique.

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Nous sommes perdus, comme le personnage d’Emily Blunt, agent du FBI rattachée à un département mystérieux dont le but est de faire tomber un parrain de la drogue local. Le personnage incarné par Benicio Del Toro le dit d’ailleurs métatextuellement, on ne va pas tout comprendre et on ne va pas tout apprécier pendant le film, mais à la fin, on verra la logique, et tout fera sens. Et donc, au milieu de toute cette incompréhension, on est envoyé dans l’enfer de Juarez, pour une mission aux tenants et aboutissants pas clairs, et c’est d’ailleurs l’un des points qui renforce la tension de la séquence. Toute la séquence est un immense crescendo qui fait monter un stress palpable chez le spectateur, à travers son montage au scalpel, sa réalisation d’une efficacité redoutable, doublée par une photo à tomber et un score dont les percussions métalliques ne font que renforcer l’envie de manger son siège.Ce n’est qu’après une conclusion asphyxiante que l’on reprend son souffle et que l’on commence à comprendre la grandeur intrinsèque à ce Sicario.

Évidemment, tout n’est pas parfait dans le film. Le score mentionné plus haut n’est pas toujours aussi prenant [la séquence du tunnel aurait mérité une montée en puissance “Reznorienne” (en référence à la façon de faire très atypique et magnifique du compositeur Trent Reznor) sans laquelle l’impact de la séquence est légèrement amoindri] et le scénario a ses problèmes. En effet, l’histoire est d’une linéarité confondante et presque gênante. Taylor Sheridan, le scénariste, est également proche de perdre son spectateur à force de le laisser dans l’ombre durant une bonne partie du film. Et s’il réussit un tour de force dans la manière de dévoiler toutes les facettes de ses personnages, ceux-ci restent tout de même assez plats, ce qui limite l’impact des révélations à propos de chacun. Au fond, les personnages sont proches de ce que l’on avait conjecturé, et c’est assez dommageable.


En Conclusion :

La perfection n’est donc pas là, mais ce ne serait que trop demander de l’atteindre. Sicario est un excellent thriller, certes (trop) classique dans son fond, mais mené d’une main de maître à coup de séquences toutes efficaces. Denis Villeneuve est à son meilleur, et si son cinéma est encore perfectible, il délivre, en l’état, l’un des meilleurs films qui soient sortis jusque-là cette année.


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2 commentaires sur “[Critique] Sicario réalisé par Denis Villeneuve

  1. Bonjour,
    Pouvez-vous régler que votre popup Facebook, ne s’affiche qu’une seule fois, dès qu’on change de page, elle d’affiche, cela donne envie de quitter votre site, merci

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