[Critique] Mémoire de Jeunesse réalisé par James Kent

Memoire-de-Jeunesse-Banner

Synopsis : “Printemps 1914. Jeune femme féministe à l’esprit frondeur, Vera Brittain est résolue à passer les examens d’admission à Oxford, malgré l’hostilité de ses parents particulièrement conservateurs. Décidée à devenir écrivain, elle est encouragée et soutenue par son frère et sa bande d’amis – et notamment par le brillant Roland Leighton dont elle s’éprend. Mais les rêves de Vera se brisent au moment où l’Angleterre entre en guerre et où tous les jeunes hommes s’engagent dans l’armée. Elle renonce alors à écrire pour devenir infirmière. Tandis que la jeune femme se rapproche de plus en plus du front, elle assiste avec désespoir à l’effondrement de son monde.”


Les histoires d’amour n’ont pas fini d’envahir les écrans de cinéma. Recettes dramaturgiques les plus sures (et parfois même les plus faciles), elles n’ont pas terminé de surprendre. Touchant à tous les registres (comédie, drame…) elles s’affichent de plus en plus comme la clé de voute de la majorité des scénarios “post-modernes”.  Dans cette perspective, et à une époque où le monde anglo-saxon sombre dans le pessimisme en multipliant les films présageant une fin du monde imminente, James Kent, jeune réalisateur britannique, se lance dans l’adaptation de Testament of Youth, les mémoires de l’écrivaine britannique Verra Britain. Teinté sans surprise du pessimisme anglo-saxon actuel, le film relate le parcours émouvant d’une jeune étudiante d’Oxford qui à travers les désarrois cruels que lui imposeront la guerre et son histoire d’amour brisée, se forgera un profil de femme combattante. Un profil qui marquera son œuvre d’écrivaine en herbe.

Qui dit histoire d’amour anglaise, dit démarche soignée et distinguée. Testament of Youth s’affiche comme un film sincère assumant son classicisme et sa sobriété (sans non plus verser dans le minimalisme). Kent déroule ici une histoire simple, aux tenants et enjeux clairs et ordonnés. Le métrage débute de la façon la plus simple possible. Une ouverture en fondu sur le visage inquiet d’Alcia Vikander, interprète du personnage principal, à la recherche de quelqu’un, se frayant désespérément un chemin dans une gare étouffante. L’esthétique classe de cette séquence, révélant à travers des jeux de lumière une foule difforme qui apparait encombrante sert l’idée directrice du film : atteindre ce que l’on convoite nécessite de passer par l’enfer. Le drame de Verra Brittain débute donc ici par un flash-forward nous exposant une situation dont Kent va nous expliquer les causes. Le reste du récit sera constitué d’un long flashback des souvenirs de Verra, exposés à travers une mise en scène acérée, rudement classe.

Memoire-de-Jeunesse-Image-2Memoire-de-Jeunesse-Image-3

Car oui, le film ne manque pas de classe. Un incroyable déploiement de cadres somptueux d’intérieur et d’extérieur, qui servent une mise en scène propice à de la composition d’image assurée. Toute en surfaces et lignes droites, Kent travaille la géométrie soignée de ses images. Cet ensemble épuré se couple à ce qui semble être la principale obsession visuelle de James Kent : la lumière. Présentant son personnage principal en contre-jour et de dos dans la majorité de ses premières apparitions, le réalisateur livre son principal signifiant visuel : Verra se sent dès le début étouffée, à la recherche d’une lumière salvatrice. Elle la trouvera symboliquement dans ses études, mais surtout à travers son amour sincère, Roland Leighton, interprété par Kit Harington. Un amour éphémère, brisé par la suite par la guerre. Voyant tous ses proches partir au front et mourir un par un, Verra s’enfermera progressivement dans les ténèbres.

Cette épreuve servira de substrat émotionnel à l’héroïne du film. Sa sensibilité de jeune fille devenant une femme est ici complètement mise à nue. Le script s’articule complètement autour des émotions de Verra Brittain, chaque séquence révélant son cheminement émotionnel. De la mémoire tactile à des images heureuses fantasmés par la jeune fille, tous les états d’esprit de Verra sont ici mis en abyme, en vase communiquant avec la sensibilité d’écrivaine qu’elle se forge. Testament of Youth est un film de l’empathie qui met en avant une Alicia Vikander débordante de sensibilité. Attachante et touchante, elle multiplie les palettes d’émotions, livrant un jeu d’une justesse incroyable.

En Conclusion :

Très bien exécuté, sans aucun vrai défaut formel, Testament of Youth émeut au plus haut point, même si on pourrait potentiellement regretter un long-métrage assez sage. Évitant au maximum les clichés du genre, le film assume son classicisme, y compris dans les séquences du premier acte du scénario dans tout ce qu’elles ont de plus académique. Kent enchaine toutes les scènes “à faire” dans une romance dramatique en ne redoutant pas le pathos. Versé parfois tout en mesure, accompagné d’interprétations crédibles et d’une belle photographie, il témoigne d’une envie de grand cinéma qui ne pourra que combler.


Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *