[Critique] Marguerite réalisé par Xavier Giannoli

Marguerite

Synopsis : “Le Paris des années 20. Marguerite Dumont est une femme fortunée passionnée de musique et d’opéra. Depuis des années elle chante régulièrement devant son cercle d’habitués. Mais Marguerite chante tragiquement faux et personne ne le lui a jamais dit. Son mari et ses proches l’ont toujours entretenue dans ses illusions. Tout se complique le jour où elle se met en tête de se produire devant un vrai public à l’Opéra.”

Réalisateur à la filmographie éclectique, Xavier Giannoli a par le passé réussi à nous épater comme à nous laisser de marbre. Du film Les Corps Impatients à Superstar en passant par A L’Origine, en peu de réalisation, le cinéaste français aura réussi à nous offrir du bon comme du très mauvais. Pour son sixième long-métrage, Xavier Giannoli s’est attaqué à ce qui se rapproche plus ou moins d’un biopic. Il vrai que les biopics ne sont pas monnaie courante de nos jours. Ce n’est pas comme si en un seul jour en était paru pas moins de trois sur nos écrans y compris ce Marguerite. Acclamé lors de sa présentation à la Mostra de Venise, puis par la critique, ainsi que par des réalisateurs de prestige, mais Marguerite est également présélectionné en concurrence La Loi du Marché et Dheepan pour représenter la France à la cérémonie des Oscars 2016. Au vu de tout ce qui a pu être dit sur ce film, il nous fallait le voir pour pouvoir nous faire notre propre avis. Qu’en est-il finalement et est-ce LE film français du moment, voire de l’année comme on peut l’entendre ici et là ?

Inspiré de l’histoire vraie de la baronne Marguerite Dumont, le film qui porte son prénom revient sur une parcelle de sa vie. Une histoire à la fois triste, dans le sens pathétique du terme, et touchante. Histoire face à laquelle le spectateur se trouve être rapidement désarçonné. Fortunée et passionnée de musique et d’opéra, Marguerite aime le chant et chante régulièrement devant ses amis, croyant savoir chanter. Ce qui n’est pas le cas. Pourquoi ce cercle d’amis et ses proches ne lui disent pas qu’elle se ridiculise lorsqu’elle exerce le chant ? La grande question que soulève ce film n’est autre que la question de la liberté d’expression et de faire ce que l’on souhaite dans le respect des lois. Liberté d’exercer le chant même si l’on ne sait pas chanter, mais également la liberté de dire à ceux que l’on aime la vérité. La vérité n’est jamais facile à accepter lorsqu’elle est vraie et justifiée, mais est-elle nécessaire ? L’arc narratif principal sur lequel vont venir se greffer plusieurs arcs secondaires, développe donc un questionnement sur la liberté, et ce, sous différentes formes. Un questionnement intéressant et qui ici, prend une tout autre ampleur à partir du moment où la protagoniste se met à chanter. Le spectateur se glisse parmi les auditeurs et se pose directement des questions sur la psychologie de ce personnage, ainsi que sur les réflexions que sont en mesure de ce faire les auditeurs.

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Marguerite repose sur une histoire limpide, aux rebondissements limités et aux personnages secondaires sous-développés. Tout est centralisé sur la protagoniste, et les personnages qui l’entourent vont être exploités par le scénario pour apporter quelques touches d’humour ou de fraîcheurs aux différentes séquences. Les acteurs s’avèrent convaincants, mais la caractérisation de leurs personnages respectifs ne leur permet pas de nous faire entrevoir plus de choses sur leur jeu d’acteur. La force primaire de cette histoire repose dans le développement de la personnalité de Marguerite. Un personnage qui croit être une diva de l’opéra, mais qui chante atrocement faux. Un personnage dont on se moque lors de la première représentation, à l’image de ses convives, mais qui nous touche par la suite et dont on a plus envie de se moquer. Le tour de force du scénario est de réussir à transformer l’histoire de cette femme passionnée de chant, en un opéra, qui en cinq actes va exploiter avec parcimonie l’humour et l’émotion pour développer sa personnalité et amener le spectateur vers au final rocambolesque. Un scénario qui dès la séquence d’introduction pose les bases d’un long-métrage qui s’annonce envoûtant et gracieux. C’est beau et triste à la fois, mais ça se laisse regarder et écouter avec plaisir. Néanmoins, le problème d’une structure scénaristique chapitré est de mettre des barrières à chaque chapitre. En annonçant par le biais d’un titre de quoi va être fait chaque chapitre, ces derniers ne laissent pas la surprise aux spectateurs. Ils savent à quoi s’attendre et de quoi va être fait les minutes à suivre. Ça ne nuit pas à la bonne qualité du film, mais nuit à l’immersion du spectateur et rend le long-métrage plus ennuyant qu’il n’aurait dû l’être. Cela, en plus de l’ancré dans une forme de classicisme.

Pour son sixième long-métrage Xavier Giannoli a mis les petits plats dans les grands, en faisant de Marguerite un film d’époque qui a une grâce et une élégance inouïe. Une image trop obscure à certains moments ou à contrario des sources lumineuses trop fortes à de rares instants, mais des mouvements de caméra amples et gracieux. Des cadres qui permettent d’admirer les magnifiques décors, sans perdre une seconde de vue un ou plusieurs personnages. Un mixage sonore qui offre la part belle aux moments de chants, sans laisser pour compte les dialogues et bruitages, accompagnés d’un montage assez lent, mais en harmonie avec le film dans sa globalité. Marguerite est une œuvre surprenante, autant par l’interprétation de son actrice principale Catherine Frot qui tient là le rôle de sa carrière, que par sa technique. À la fois moderne et qui retranscrit et joue parfaitement avec l’image qu’il se fait de l’époque dans laquelle se déroule l’action. On notera notamment quelques moments de burlesque et cette alternance entre le tragique et le comique, à l’image de ce qui se faisait dans le cinéma des années 20.

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En Conclusion :

Marguerite n’est pas du tout un film qui me parle. Je ne pense pas le revoir une seconde fois, mais c’est un film qu’il faut voir si on a un minimum d’ouverture d’esprit et si on est prêt à voir un tel film, un drame français très lent et long de plus de deux heures. En étant objectif, l’on ne peut qu’applaudir le travail accompli par Xavier Giannoli, son équipe technique et le casting de ce Marguerite emporté par une Catherine Frot impériale. Touchante sans forcer le trait, elle déploie ses ailes et donne au récit une force émotionnelle qui le transporte et nous transporte. Techniquement superbe et à la réalisation et mise en scène gracieuse et élégante, Marguerite n’est pas un film qui plaira à tous, mais c’est un film qui raflera tout aux Césars 2016. Et ça, on en est certains.


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