[Critique] Lolo réalisé par et avec Julie Delpy

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Synopsis : “En thalasso à Biarritz avec sa meilleure amie, Violette, quadra parisienne travaillant dans la mode, rencontre Jean-René, un modeste informaticien fraîchement divorcé. Après des années de solitude, elle se laisse séduire. Il la rejoint à Paris, tentant de s’adapter au microcosme parisien dans lequel elle évolue. Mais c’est sans compter sur la présence de Lolo, le fils chéri de Violette, prêt à tout pour détruire le couple naissant et conserver sa place de favori.”

Julie Delpy est une actrice reconnue notamment pour avoir tourné sous la direction de Richard Linklater dans la sublime trilogie des “Before…”. Mais c’est avant tout une réalisatrice pas comme les autres. Avec le diptyque “2 Days in” ou encore la comédie Le Skylab, Julie Delpy s’adonnait au film de famille. Des films dans lesquels les spectateurs pouvaient se retrouver par des situations ou états émotionnels par lesquels passaient les personnages. Des films familiaux pour la réalisatrice, car elle y faisait entre autres tourner son propre père Albert Delpy, qui, avec son franc-parler et sa générosité, ajoutait aux films un humour naturel et sans concession. Ce qui donnait lieu à des séquences hilarantes qui auraient pu nous faire croire à un facteur d’improvisation, mais non. Tout est soigneusement et méticuleusement écrit par Julie Delpy et Eugénie Grandval, sa co-scénariste. Pour sa sixième réalisation, Julie Delpy s’adonne une nouvelle fois au genre qu’elle affectionne le plus : la comédie. Mais pour quel résultat final ?

45 ans, mais une femme moderne, qui ose dire dans ses films et sans censure ce que disent les hommes et les femmes dans des conversations de tous les jours. Avant d’être un film estampillé comédie française, Lolo est une comédie moderne, une comédie qui ose le franc-parler. De nos jours, il est rare de voir une comédie grand public et qui vise un public de 7 à 107 ans et qui parle ouvertement dès ses premières lignes de dialogues de sexualité en utilisant des termes familiaux. Chatte, clitoris… on ne vous fait pas un listing complet, mais tous les termes familiaux y passent. Pour autant, Lolo n’est pas une comédie vulgaire. Grâce à des dialogues méticuleux et pensés à la virgule prêt, Julie Delpy et Eugénie Grandval réussissent à faire de Lolo une comédie moderne qui peut tout oser. C’est le symbole qu’aujourd’hui on peut au cinéma parler ouvertement et sans tabou de sexualité. Avec élégance et dans l’espoir de faire rire. Les termes familiaux utilisés ne choquent plus au jour d’aujourd’hui et même s’ils ne sont pas entrés dans toutes les mœurs, ils provoqueront indubitablement le rire chez le spectateur qui se dira que c’est une comédie osée, mais pas choquante et dans l’ère du temps. Néanmoins, Julie Delpy s’est légèrement bridée dans cette nouvelle comédie.

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Avec le diptyque “2 Days in…”, elle faisait entrer le spectateur au cœur d’une famille déjanté. Aucun tabou et des personnages secondaires libertaires qui agissent selon leur bien pensé. Avec Lolo, les personnages n’ont aucun tabou encore une fois, mais ils agissent avec raisons. Lolo est une comédie française aux dialogues savoureux et au sens du timing remarquable, n’enchaînant pas les punhclines à chaque fraction de seconde. Malheureusement, c’est un film plus convenu, dans la lignée des comédies françaises à succès. Une histoire tout ce qu’il y a de plus banale dans son déroulement et aux rebondissements prévisibles.

Après deux réalisations plus disparates dans les thèmes abordés (Le Skylab et La Comtesse), Julie Delpy a renouée avec une histoire d’amour comme elle les aime dans 2 Days in New York et continu sur la même lignée avec Lolo. Somme toute assez simple, mais une histoire d’amour autour de laquelle vont gravité des personnages hauts en couleur, de véritables pervers narcissiques. Au travers d’une histoire douce et drôle, Julie Delpy fait ressortir les démons et travers de ces personnages qui en apparence semblent normaux, mais s’avèrent être plus déjantés qu’on ne pourrait le croire. Le scénario tourne avec dérision et humour les problèmes de ces personnages autodestructeurs, sans sombrer dans le ridicule ou le pathos. Toujours drôle et rarement dramatique, le scénario survole les thèmes les plus dramatiques qu’il aborde comme par exemple le complexe d’Oedipe et se concentre sur les relations qu’entretiennent les personnages, de la rencontre, jusqu’à l’explosion. Une trame scénaristique simpliste, mais menée par des personnages savoureux et incarnés à merveille par des acteurs qui ne surjouent pas de manière théâtrale. Les acteurs sont bons, drôles et nous font rire. Pour une comédie c’est le plus important et avec Lolo ça fonctionne du tonnerre. Dany Boon qui fais rire, pour moi c’était une première. De leurs côtés, on retrouve une Julie Delpy pas toujours juste, mais rayonnante et touchante, ainsi qu’un Vincent Lacoste délicieusement méchant et exécrable. Un humour noir et pervers se dégage de lui et c’est très très drôle.

Lolo est une comédie française à l’histoire simpliste donc, qui arrive tout de même à sortir de ses gonds grâce aux dialogues et à la mise en scène de Julie Delpy qui s’évite toute fioriture. Une mise en scène qui a pour but de donner vie aux dialogues et au script, mais qui se permet quelques fulgurances. Des fulgurances de mise en scène qui vont aller chercher le rire du spectateur en créant des confrontations, en rapprochant des personnages ou bien au contraire en les mettant seuls face à eux-mêmes. On a véritablement une recherche de l’humour de situation, un style d’humour qui va venir s’entremêler avec les dialogues qui ont ce moment aura tendance à jouer la carte de la tendresse ou du drame. Il y a une cohérence entre les dialogues et la mise en scène qui fait que même lorsque les dialogues deviennent moins drôles et moins incisifs, le long-métrage continu de faire rire grâce à sa mise en scène et le travail des acteurs. Chacun des acteurs va tour à tour avoir son moment de gloire, aucun ne sera délaissé au profit d’un autre. Le montage et la mise en scène de Julie Delpy aident énormément à faire en sorte que l’on change de point de vue afin que le spectateur reste omniscient à l’action.


En Conclusion :

Avec Lolo, la française Julie Delpy signe sa première comédie grand public, accessible à tous, mais pas pour autant trop classique et ennuyeuse. Malgré une histoire conventionnelle dans ses grandes lignes et rebondissements, ainsi qu’une créativité en dent de scie dans la mise en scène, le long-métrage possède un script en béton armé. Comme à son habitude, Julie Delpy maîtrise l’art du dialogue. Des dialogues qui forgent une personnalité à chacun des personnages, qui font rire grâce à un sens du rythme qui n’en fait ni trop peu ni pas assez, mais surtout des dialogues crus qui osent tout, mais ne choquent pas. Lolo est un film moderne, qui va oser les blagues sur le sexe et parler avec familiarité de sexe, mais qui ne paraît à aucun moment vulgaire. Le sexe est un thème entré dans les mœurs et avec ce film, Julie Delpy reproduit à l’identique et avec une once de dérision afin que l’humour s’en dégage de véritables dialogues et conversations que pourraient avoir monsieur et madame tout le monde. Remarquablement incarné, Lolo est une comédie grand public qui fait rire et qui est remarquablement écrite. On est loin de la perfection, mais on est dans la continuité du cinéma de famille qu’affectionne la réalisatrice avec cette fameuse critique du monde de la mode qui revient encore et toujours dans ce film. Une bonne comédie qui réjouira toute la famille.


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