[Critique] Le Tournoi réalisé par Élodie Namer

Le-Tournoi

Synopsis : “7 jours de tournoi dans un grand hôtel à Budapest.
Un favori : Cal Fournier, 22 ans, champion de France d’échecs, génie immature, programmé pour la victoire, combat ses adversaires avec une puissance impressionnante. Déconnecté du monde, Cal se noie dans les jeux et paris permanents avec sa petite amie Lou et ses acolytes Aurélien, Anthony et Mathieu.
Mais un adversaire pas comme les autres va enrayer cette routine bien huilée…”


Après avoir scénarisé des saisons et épisodes de séries françaises telles que Foudre ou encore Doc Martin, Élodie Namer passe dernière la caméra. Pour une première réalisation et avec une filmographie telle que celle-ci, qui aurait pu parier sur cette jeune réalisatrice ? Peu de monde. Et pourtant, malgré un public qui ne s’est pas déplacé en masse dans les salles pour le voir, Le Tournoi est une petite pépite du cinéma français. Un film sur lequel on n’aurait pas misé un euro, mais qui en moins d’une heure trente nous prouve qu’avec des idées de mise en scène et une réalisation plus que soignée, on peut faire un film qui traite des échecs comme il pourrait traiter de la boxe.

Utiliser les échecs comme élément principal de son film est un choix osé et très audacieux de la réalisatrice. Qui pour l’occasion signe également le scénario du long-métrage. Les échecs n’est pas un sport qui parle à chacun et peut en rebuter plus d’un. Sauf, que Le Tournoi n’est pas un film sur les échecs. Élodie Namer dévoile un film qui utilise ce sport de la même manière qu’un Rocky utilise la boxe. Le sport n’est qu’un outil permettant aux personnages de s’assouvir et de s’exprimer face à la caméra. Néanmoins, grâce à des mouvements de caméra légers et des cadres méticuleux jouant avec les éléments qui le composent, les moments de jeu sont d’une beauté remarquable. Stressantes et dynamisées par une bande sonore entraînante, les séquences dédiées aux échecs sont de véritables moments de tensions qui vont déterminer la psychologie des personnages. Des plans qui vont parler d’eux même grâce à la mise en scène et à la réalisation. Pas besoin de fioritures ou de dialogues inutiles tant que l’imagerie est aussi soignée qu’elle l’est dans ce film.

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Rondement bien écrit, Le Tournoi pourrait être qualifié comme étant en grande partie un huis clos dans lequel les personnages vont se dévoiler par le prisme du jeu. Des personnages qui ne répondent pas à des archétypes. Des personnages indépendants, aux histoires touchantes et humaines, et pour lesquels le spectateur va rapidement développer un attachement. Le scénario possède une véritable musique et réussit à nous offrir en partant du jeu, une vue d’ensemble sur diverses thématiques, dont la recherche de soi même et l’apprentissage de la vie. Des thématiques qui vont permettre aux personnages d’évoluer et au film de jongler entre les moments de joie, de stress et d’émotions. Riche, tendre, touchant et toujours empli de bienveillance à l’égard de son protagoniste, ainsi que des personnages secondaires, tout aussi importants et mis en avant. Cinq à six personnages masculins aux personnalités qui leur sont propres, accompagnés d’un personnage féminin qui apporte une réflexion sur la relégation au second plan de la femme dans le monde du sport. Une réflexion juste et légère. Un personnage féminin qui n’est pas non plus qu’un simple archétype, mais qui au contraire se donne les moyens pour ne plus être qu’une femme au sein d’un monde d’homme.

Film à la mise en scène inventive et audacieuse permettant à la réalisation d’effectuer de belles fulgurances en s’accaparant l’hôtel, lieu central au film, Le Tournoi c’est avant tout une véritable identité visuelle. Sorte de huis clos notamment dans sa première heure, le film immerge le spectateur au sein d’un hôtel aux couleurs chaudes et chatoyantes. Une direction artistique soignée et une gestion de la lumière qui embellissent les cadres déjà bien conçus. En cohérence parfaite avec la tension, palpable grâce au mixage sonore et à la bande sonore qui sait se faire entendre ou oubliée, cette direction artistique est la cerise sur le gâteau. Le détail qui permet au film de nous emballer et de prouver qu’avec de l’envie et du travail l’on peut réaliser un film magnifique… même en France.

En Conclusion

Inventif, créatif et audacieux, Le Tournoi est un petit film. Un film qui n’a pas un budget conséquent, mais qui grâce à une mise en scène soignée, à une réalisation aux mouvements légers et travaillés, mais également à une direction artistique en cohérence avec le scénario, arrive à nous bluffer. C’est beau et même le spectateur pas amateur d’échecs peut se prendre au jeu et être gagné par la tension que dégage ce film. En cette année 2015, nous aurons eu plusieurs excellentes surprises françaises et Le Tournoi en fait indéniablement parti.


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