[Critique] Le Temps des Aveux réalisé par Régis Wargnier

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“Cambodge, 1971. Alors qu’il travaille à la restauration des temples d’Angkor, François Bizot, ethnologue français, est capturé par les Khmers rouges. Détenu dans un camp perdu dans la jungle, Bizot est accusé d’être un espion de la CIA. Sa seule chance de salut, convaincre Douch, le jeune chef du camp, de son innocence. Tandis que le français découvre la réalité de l’embrigadement des Khmers rouges, se construit entre le prisonnier et son geôlier un lien indéfinissable…”

“Une technique académique, mais un récit humain, imprévisible et porté par un Raphaël Personnaz au sommet.”

Réalisateur difficile à cerner au travers de la dizaine de films que compte sa filmographie, Régis Wargnier repasse derrière la caméra le temps de nous faire des aveux. Adaptation du roman Le Portail écrit par François Bizot et publié en 2010, Le Temps des Aveux est un nouveau long métrage que l’on peut ajouter à la longue liste des adaptations de faits réels qui nous ont été dévoilées au cinéma au cours de cette année 2014. Librement adaptés de faits réels ou tout simplement adaptés de faits ayant réellement eux lieux, les films qui souhaitent retranscrire une vérité vraie tout en lui incrémentant des éléments de fiction ont la difficulté de devoir trouver le juste milieu entre la fiction et le documentaire. Il faut suivre l’histoire telle qu’elle a réellement eu lieux, ne pas trop s’en éloigner, mais ne pas oublier à réussir à captiver le spectateur par des éléments qui peuvent être des ajouts fictionnels. Ce n’est pas simple et c’est même plus difficile que de partir sur une histoire originale pour laquelle on peut jouer avec son imaginaire.

Six années après son arrivé au Cambodge, terre qu’il choisit dans le but d’étudier leurs cultures afin de la faire pérenniser dans le temps et ne pas la faire sombrer dans l’oubli, François Bizot se fait arrêter à un barrage installé par des soldats appartenant aux Khmers Rouges, mouvement politique et militaire communiste ayant pour fondation le maoïsme. Comment faire comprendre à ces Khmers Rouges dont la volonté primaire est de faire régner au Cambodge leur politique d’enfermement, que François Bizot n’est pas un espion politique, mais un simple citoyen français venu pour son travail dans la province de Siem Reap ? Loin du simple huit-clos dans lequel le protagoniste sera central au récit et devra par tous les moyens possibles et imaginaux faire comprendre qu’il n’est pas celui qu’ils croient, Le Temps des Aveux trouve son intérêt dans le traitement de ses protagonistes. Puisque oui, François Bizot ne va pas être seul et par le simple lien qui se nomme humanité, un des Khmers Rouges, va trouver en cet homme d’origine française une source de confiance, un homme qui a des convictions et dont la rage n’est pas animée par la colère ou toute autre émotion pouvant déclencher la violence.

Pièce maitresse de ce récit, qui comporte plusieurs arcs narratifs, tous liés un à un par le biais du protagoniste français, cette relation énigmatique et ambigüe, mais forgée sur le respect et le respect des lois auquel chacun croit est très intéressante de par son traitement et son contenu. En effet, contrairement aux scénarios habituels qui forgeraient cette relation sur la naïveté de l’un des personnages ou l’abandon de leurs croyances respectives, la relation qu’entretiennent François Bizot et Douch est difficile à cerner dans un premier temps. Ils n’hésitent pas à se faire mal l’un l’autre, toujours dans le but de suivre les lois auxquelles ils croient. De ce fait, le spectateur est toujours en questionnement et dans l’impossibilité de savoir comment ils vont réagir et s’ils seraient capable de s’entretuer pour le bien fait de leurs croyances. Jusqu’à la dernière minute, on ne sait comme tout cela va s’achever et qu’elle sera la réaction de celui qui devra faire face à une action de l’autre. Arriveront-ils à se comprendre ou le contexte politique prendra le dessus sur cette non-confrontation ?

Riche sur le papier, Le Temps des Aveux est un film intéressant à suivre grâce à une écriture dont les concessions ont été faites afin d’avoir une meilleure mise en valeur de la relation entre le prisonnier et son geôlier, tout en n’oubliant pas de développer les éléments qui interviennent de prêt ou de loin sur cette relation. Le contexte politique, les proches… chaque élément apporté, trouve son utilité au sein du récit. Sans oublier le décor et plus précisément les villages du Cambodge qui sont très importants afin que le dépaysement soit total et que la dystopie puisse fonctionner et permette aux spectateurs de s’immerger au cœur de cette fiction basé sur une histoire vraie. Malheureusement, là où l’écriture est juste, la technique flanche et ne permet au film de prétendre au rang qu’il aurait pu se voir offrir. Académique et monotone, le montage de Yann Malcor (dont le travail sur le film Libre et Assoupi excellait) ne trouve pas son rythme de croisière et se contente d’enchaîner les séquences sans leur incrémenter de véritable rythme. C’est un bémol anecdotique, mais accouplé à une réalisation dont les plans sont long, car prennent le temps de mettre en valeur le jeu des acteurs, ainsi que les décors dans lesquels ils évoluent, ce léger bémol se transforme en véritable problème. Néanmoins, celui-ci n’effectue pas de faux pas dans sa construction et permet au spectateur de suivre cette histoire palpitante, portée par un casting remarquable, au cœur duquel on retrouve pour la première fois un Raphael Personnaz habité et tendu. Au fil des ans, cet acteur se bonifie et trouve des rôles au travers desquels il peut s’ouvrir et nous prouver l’étendue de son talent. Le Temps des Aveux, un film auquel il manque du rythme et de l’intensité dans le montage comme la bande sonore trop inexistante, mais dont la force passe par la conviction des personnages et le talent des acteurs.

3.5/5

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