[MAJ | Sortie Vidéo] Kill Your Friends (Critique | 2015) réalisé par Owen Harris

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Synopsis : “Londres, 1997. Les groupes pop comme Blur, Oasis et Radiohead règnent en maîtres sur les ondes. Steven Stelfox, 27 ans, producteur de musique et chasseur de talents, écrase tout sur son chemin. Poussé par sa cupidité, son ambition et une quantité inhumaine de drogues, il recherche le prochain tube. C’est l’époque d’un business où les carrières se font et se défont. A mesure que les tubes se font plus rares, il tente de désespérément de sauver sa carrière. “

Décembre, la fin de l’année approche. Nombreux ont été les films qui nous ont convaincus, mais plus nombreux encore ont été les mauvais. En ce dernier mois de l’année, le paysage cinématographique va encore accueillir plusieurs dizaines de longs-métrages. Parmi eux : Kill Your Friends réalisé par le jeune cinéaste Owen Harris avec dans le rôle-titre Nicolas Hoult. C’est un premier long-métrage pour Owen Harris qui a travaillé sur d’excellentes séries anglaises comme Misfits ou encore Black Mirror. Une filmographie qui en est qu’a ses débuts, mais qui en impose déjà par les qualités des séries en question. Pour son premier passage sur le grand écran, on en attendait pas un grand film, mais quand est-il finalement ? Pari réussi pour ou déception ?

Kill Your Friends raconte le parcours de Steven Stelfox directeur artistique dans le milieu de la musique à Londres en 1997. Dans ce milieu où la drogue, la manipulation et les coups bas se côtoient, Steven est un jeune homme prometteur, prêt à tout pour atteindre la tête de son label. C’est avec ce postulat de base qu’Owen Harris pose son récit. Un récit adapté d’un roman signé John Niven, qui lui-même fût producteur de musique. Un film qui n’est donc pas tirée d’une histoire vraie, mais qui se permet d’utiliser les éléments véridiques, ainsi que fictionnels qu’a pu exploiter et développer John Niven dans son roman. C’est sur une musique du groupe Blur, que le long-métrage nous propulse dans une première séquence délirante, dans laquelle se mélangent mouvements de caméras balbutiants, musique hypnotisante, drogue et tentative de meurtre. C’est véritablement la musique qui est le centre du récit, qui articule le film et ses mécaniques scénaristiques. Le travail fait sur le mixage du son est impressionnant, incroyablement propre et précis, dans une totale adéquation avec l’image et l’action.

Pour ce qui est de l’image, Owen Harris c’est bien entouré en choisissant un chef opérateur qui a su retranscrire par la lumière le monde torturé de la nuit et de la musique dans lequel vivent le protagoniste. Un univers aux couleurs chatoyantes et oniriques, en total opposition avec le business de la musique qui forge des personnages cyniques et violents prêts à tout pour amasser de l’argent. Une lumière magnifique, qui met en valeur l’acteur Nicolas Hoult sur chacun des plans, afin de renforcer notre sympathie à son égard. Ce qui fonctionne puisque malgré ses frasques et sa personnalité forgée à l’image du monde dans lequel il évolue, on s’attache à son personnage sans jamais s’en détacher. L’utilisation du fameux quatrième mur, est un élément prépondérant du film. Un élément qui va permettre au spectateur d’avoir un point de vue omniscient et de se lier au personnage sans que le moindre obstacle ne l’en empêche. Permettant par de même, d’offrir au film un aspect théâtral, tout en jouant sur l’aspect schizophrénique du personnage. L’objectif de la caméra pouvant être représenté comme un miroir à qui il se confie lors de prises d’initiatives.

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Steven,  est l’un des plus grands « vilains psychotiques » vus ces cinq dernières années. Sans remords, impitoyable et prêt à tout pour arriver à ses fins. Nicholas Hoult est parfait et apporte au film une réelle performance d’acteur. Une performance qui ne laisse pas de marbre, portant littéralement le film sur ses épaules. Le restant des personnages sont eux aussi hauts en couleur. Entre le dj allemand sadomaso, le collègue bêta, l’inspecteur chanteur du dimanche et on en passe des meilleurs, il y a matière. Des personnages burlesques qui permettent au film de jouer sur deux plans simultanément. D’un côté le divertissement à l’état pur avec des personnages extravagants et délirants. De l’autre, une critique virulente et sans concession du monde de la musique. Une critique juste et méticuleuse, qui vaut pour le monde de la culture en règle générale. Un savant mélange qui donne un pur divertissement drôle et violent, qui n’en oublie pas de traiter le fond en apportant un regard cynique sur un aspect de notre réalité

La mise en scène quant à elle est impressionnante. On retrouve au travers de ce film, l’audace d’un premier long-métrage. Owen Harris a su imposer son style, avec des plans originaux et novateurs, pas uniquement présents pour créer un effet de style, mais clairement pour appuyer la narration. Pour n’en citer qu’un, l’on peut parler de la première scène de meurtre où la caméra alterne entre plans fixes académiques et des plans où elle fait partie intégrante du décor (une table en verre par exemple). Ce qui rend l’action plus véridique et intense grâce à une immersion immédiate dans le décor. La réalisation est encore une fois au profit du récit, mais cette fois elle amène une part de légèreté et d’humour. Elle va aller jusqu’à appuyer, le délire du protagoniste, nous plongeant dans son imaginaire et ses pensées les plus loufoques.

C’est grâce à tous ces petits points, a cette audace dont pourrait presque seul faire preuve un jeune cinéaste, que le film reste passionnant et excitant de bout en bout, sans laisser place à de réelles longueurs (si ce n’est quelques scènes avec l’intervention de l’enquête policière, syndrome que l’on retrouvait déjà dans des films comme Le Loup de Wall Street réalisé par Martin Scorsese). C’est une histoire passionnante que nous raconte Nicolas Hoult. Car oui c’est le personnage principal qui intervient sans cesse pour nous donner des indications sur l’action. Soit par le biais d’une voix off judicieusement dosée, soit en brisant le quatrième mur. L’interaction avec le spectateur donne lieux à des scènes très drôles. Le film étant écrit sur une escalade de l’action, de la violence et de la démesure, on a le droit à un climax délirant, nous laissant sur un large sourire et une envie de recommencer l’aventure.


En Conclusion :

Kill Your Friends est le film de la fin d’année 2015, frais, audacieux et complètement délirant, un film qui risque de passer inaperçu à côté du mastodonte Star Wars VII : Le Réveil de la Force mais qui vaut absolument sa place de cinéma. Après Mad Max : Fury Road, Nicholas Hoult est excellent encore une fois et prouve qu’il sait choisir ses rôles. Owen Harris livre un très bon premier film qui laisse espérer une belle carrière au cinéma. Son second film The Gamechanger, dont le tournage est déjà achevé, raconte l’histoire des créateurs du studio de développement et de production de jeux vidéos Rockstar Games (GTA, Read Dead Redemption). On a hâte !

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Un Mot sur son Edition DVD :

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Disponible à compter du 08 avril 2016 en DVD et Blu-Ray, Kill Your Friends déçoit à cause d’éditions rachitiques. Aucun bonus à déplorer, un menu simpliste au possible avec une barre horizontale de sélection, ainsi qu’au centre de l’écran un extrait du film qui passe en boucle. Pas de montage vidéo, de choix musical en fond… C’est extrêmement simple, beaucoup trop simple, et ce, même pour un film vendu en magasin et en ligne à partir de 12.99€. Le prix est peu élevé et le faible nombre d’entrées a fait en sorte que l’éditeur n’ait pas suffisamment confiance envers ce produit, mais c’est mettre en péril sa seconde vie.

Grâce à une édition vidéo un minimum soignée (rien qu’en termes de menu principal), Kill Your Friends aurait pu espérer avoir une seconde vie en vidéo. Cequi ne risque pas d’être le cas pour le moment, malgré un film d’excellente qualité comme vous avez pu le lire dans la critique et une édition DVD comme Blu-Ray de qualité, techniquement parlant. Sur le plan visuel comme sonore. Un achat qu’on ne conseille pas à plus de 12.99€, mais qui à partir de ce prix mérite réflexion grâce à un beau travail sur le rendu visuel comme sonore (piste anglaise et française en DTS-HD 5.1) qui rend parfaitement hommage au film. Un film à ne pas rater, mais une édition vidéo malheureusement beaucoup trop simpliste.


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