[Critique] Du Goudron et Des Plumes

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“L’été arrive à Montauban, avec les vacances, les barbecues… et le “Triathlon de l’été”, compétition populaire télédiffusée. Christian, divorcé et commercial aux petites combines, n’a d’autre joie que sa fille de 12 ans.
Par amour pour elle et pour racheter tous ses petits mensonges, il accepte de participer à ce grand rendez vous sportif. Le jour où il rencontre Christine, mère célibataire et enceinte, tout semble concorder pour que Christian prenne un nouveau départ …”

. Après avoir notamment épluché les côtes bretonnes dans son précédent long-métrage (de Saint Nazaire au Croisic), il retourne dans les terres et plus précisément sur une terre qui l’inspire. Surtout reconnu pour être un excellent “bande-dessinéaste”, Pascal Rabaté c’est improvisé par un beau matin réalisateur, afin de mettre en image ces propres œuvres. Dans un premier temps figées sur le papier, les œuvres de Pascal Rabaté finissent de temps à autre sur grand écran, pour notre plus grand plaisir ou non. Plus qu’un simple réalisateur français, c’est avant tout un réalisateur imprévisible et surprenant. Jouant avec les plans comme il jouerait avec une vignette de bande-dessiné, il aime prendre soin de ses décors, de ses personnages et de la façon dont il les filmes. Toujours très minutieux, on ressent sans difficulté dans ses longs-métrages, une patte artistique qui provient de son art majeur, la bande-dessiné. Avec Ni à Vendre Ni à Louer, on retrouvait un humour burlesque qui passait uniquement par la mise en scène et les mimiques faciales des acteurs, contrairement à un film classique qui utiliserait plus simplement des dialogues ou une mise en situation “humoristique”. Véritable bande-dessiné vivante, son précédent long-métrage était très intéressant grâce à cette symétrie évidente et il en est de même pour ce nouveau film.

Avec le temps, Pascal Rabaté apprends à être un véritable réalisateur. Il se “casualise” dans sa manière de raconter l’histoire ou dans la façon de mettre en abîme un ou plusieurs personnages. Scénario poussé par une morale prévisible, gentillette et sans grand intérêt, Du Goudron et Des Plumes à beau posséder un scénario convenu, il n’en reste pas pour autant un film inintéressant et aseptisé, loin de là. En effet, Du Goudron et Des Plumes conserve l’essence même de la bande-dessiné grâce à une image qui parle d’elle même et qui permet au scénario de ne pas rester cloitré entre deux murs. Coloré ou terne, heureux ou malheureux, son aspect visuel possède une véritable force émotionnelle et arrive à proposer aux spectateurs un film qui n’est pas dénué d’émotions, mais qui au contraire, arrive généralement à faire la part belle au rire, au sourire ou à la sensibilité. Sans aller dans l’exagération, Du Goudron et Des Plumes reste humble face aux épreuves que subissent les personnages principaux comme secondaires. Aucun jugement n’est émis à leur égard, on souhaite seulement offrir à cette fable, une morale universelle dont chaque spectateur à déjà eu à faire. Que ce soit dans votre vie personnelle ou dans quelconque film, est souvent ressassé la même morale. C’est agaçant, parfois même horripilant lorsque le scénario se permet de donner son opinion et force le spectateur à posséder le même. Ici ce n’est pas le cas et heureusement, Pascal Rabaté préfère donné la parole aux spectateurs, leurs laissé avoir le choix. Faut-il pardonner ou non ? Bien évidement, la fin du film émet un jugement vis-à-vis de cette question, mais le déroulement qui y amène, reste le plus intéressant grâce à des personnages aux réactions naturelles et à une mise en scène qui n’évite pas la confrontation.

Malgré un fil conducteur convenu et une narration beaucoup trop lisse, le scénario dispose de quelques belles idées, notamment en ce qui concerne l’écriture des personnages ou dans les quelconques plans qui nous rappellent en toute simplicité les codes du western, genre auquel Pascal Rabaté rend hommage au travers de ce film et de quelques plans ou scènes. Sincères, blessants et parfois moralisateurs envers son prochain, les personnages de ce film sont tout simplement humains. Interprété avec brio par un casting porté par une ravissante Isabelle Carré et un impressionnant Sami Bouajila, les personnages de ce film ne sont pas caricaturaux dans leurs réactions aussi spontanées soient-elles. Ils sont tout simplement une réflexion d’hommes et de femmes vivants dans notre monde. Rarement dans l’exagération ou l’extrapolation, ils sont tout simplement sincères et simples. Ce sont des gens normaux qui vivent dans un petit village, tout ce qu’il y a de plus banal. Ce qui rend ce film, tout sauf banal. Toujours habité par l’âme d’un écrivain de bande-dessiné, Du Goudron et Des Plumes possède quelques fulgurances dans sa mise en scène et réalisation, lors de plans qui tiennent plus de la vignette de bande-dessiné que du plan lambda de cinéma. La scène du baiser, scène du châtiment (référence aux western/aucun spoil je vous rassure), face à face, symétrie, jeu sur la profondeur de champs… Tout n’est pas rose comme vous l’aurez compris, mais conservera malgré tout un très bon souvenir de ce joli petit film qui dispose de points négatifs, mais également de très beaux points positifs qui nous prouvent que malgré une “casualisation” dans sa façon de narrer ou de réaliser, Pascal Rabaté arrive à conserver sa fraicheur et sa patte personnelle qu’on aime…ou non.

3.5

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