[Critique] Chappie réalisé par Neill Blomkamp

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Synopsis : “Dans un futur proche, la population, opprimée par une police entièrement robotisée, commence à se rebeller. Chappie, l’un de ces droïdes policiers, est kidnappé. Reprogrammé, il devient le premier robot capable de penser et ressentir par lui-même. Mais des forces puissantes, destructrices, considèrent Chappie comme un danger pour l’humanité et l’ordre établi. Elles vont tout faire pour maintenir le statu quo et s’assurer qu’il soit le premier, et le dernier, de son espèce.”


“Fable humaniste au travers d’un récit sombre et violent.”

De spécialiste des effets visuels sur des séries télévisées à succès comme Stargate SG-1 à réalisateur de talent, il n’y a pas qu’un simple pas, mais un véritable fossé qu’il faut franchir. Depuis son premier court-métrage Alive in Joburg, court-métrage pouvant être interprété comme une introduction au film acclamé District 9, Neill Blomkamp a fait son bout de chemin et a franchi ce fossé qui le sépare maintenant de son ancien poste de technicien déjà talentueux. Proposant un cinéma qui n’a rien d’épuré et qui recherche la conjonction parfaite entre la science-fiction et le docu-fiction, le cinéaste sud-américain ne peut laisser insensible par les thématiques qu’il emploie et une réalisation qui se cherche de film en film. Après un éblouissant premier film, Neill Blomkamp avait extrêmement déçu avec un Elysium fortement prometteur sur le papier, mais au scénario fainéant, et ce, malgré des idées graphiques et une projection impeccable dans un futur impartiale. Pour son troisième film en date, il a décidé d’utiliser à la lettre la fameuse expression “on prend les mêmes et on recommence”, mais c’est avec surprise qu’en plus de se reposer sur des bases scénaristiques qu’il aime tant, le cinéaste a appris de ses erreurs passées et les rectifie avec ce Chappie.

Chappie, film de science-fiction qui se déroule dans un futur proche, où la nouvelle fable humaniste au travers d’un récit sombre et violent. Pouvant se déroulé dans dix comme cent dix ans, l’histoire ne cherche pas à s’implanter dans notre timeline, mais simplement à mettre en garde l’être humain sur ce qui pourrait lui arrivé d’ici plusieurs dizaines, voire centaines d’années. Toujours intéressé par la critique de l’être humain et le mettre face aux hypothétiques répercussions de leurs actes passés dans un futur plus ou moins éloigné, Neill Blomkamp instaure une nouvelle lute des classes, et ce, sur plusieurs niveaux. En plus d’être physique par le biais de l’investissement des forces de l’ordre à l’intérieur même des favelas délabrées et insalubres, cette lute des classes réside au cœur même du film et plus particulièrement dans l’intelligence artificielle du protagoniste : Chappie. Créée par un jeune et brillant scientifique, qui n’a sensiblement pas dû voir Terminator ou n’importe quel film de science-fiction pour oser encore aujourd’hui faire une telle connerie, l’intelligence artificielle de Chappie, est tiraillée entre la classe sociale représentée par son créateur et la classe sociale de ceux auprès desquels il a évolué. Auprès desquels il a grandi, l’on pourrait même dire. Puisque oui, Chappie est un film de science-fiction sentimentaliste au sein duquel se confrontent des robots et des humains dans une lutte des classes sans merci, mais c’est également un drame sentimental où l’humanité est représentée par une intelligence artificielle et sa force de persuasion et d’acceptation.

Entre deux grands moments d’action, le long-métrage possède ce qu’on pourrait appeler comme étant un ventre mou, un moment où l’action est inexistante et que le réalisateur décide d’investir afin de combler le spectateur en émotions, en émotions maternelles. Chappie, petit robot destiné à devenir grand par la conscience, devient au fur et à mesure de son évolution, un être à part entière. Un être doué d’intelligence et tout aussi naïve et prétentieuse que peut l’être l’humain. C’est en passant par une caractérisation des personnages simpliste et regorgeant de stéréotypes que Neill Blomkamp réussit à incrémenter à Chappie une once d’humanité et à offrir au spectateur l’émotion qu’il recherche, la connexion avec ce nouvel être, cet être d’une ère nouvelle. Dès ces premières mimiques, dès ses premières paroles ou premiers gestes, on est en empathie avec ce protagoniste. Une véritable connexion se met en place et en émerge un flot d’émotions tout à fait humaines et normalisées. Point d’orgue du récit, Chappie ne possède en soi rien d’exceptionnel dans sa caractérisation et il en va de même pour tous les personnages secondaires, mais là où la caractérisation est faible, l’entrecroisement présent entre Chappie et chacun des personnages secondaires, permet à ces derniers d’évoluer. Un seul et simple arc narratif pour tout un film, mais un arc narratif qui est constitué de plusieurs points de connexions qui s’entrelacent un à un afin de former une véritable histoire où chaque personnage à sa place et son rôle à tenir.

Il ne faut pas se mentir, si Chappie réussi tant bien que mal à tenir le spectateur en haleine, au-delà de son personnage principal, c’est bien évidemment grâce à sa technique, qu’elle soit visuelle ou sonore. Toujours aussi habile dans sa mise en scène, le réalisateur sud-américain dépeint une classe sociale terrifiante qui n’est pas s’en rappeler celle d’un certain Robocop et amplifie cette différence par sa direction artistique soignée, ainsi que des costumes et décors qui, quant à eux ramènent directement aux chefs-d’œuvre de Georges Miller que sont Mad Max et The Road Warrior avec cette grosse influence punk et rebelle. Geek jusqu’au bout, Neill Blomkamp s’assume, assume ses goûts cinématographiques comme vidéoludiques et les partage au travers d’une œuvre référencée, dont les références ont un sens et une symbolique particulière. Moins exhaustif dans sa réalisation et son utilisation abusive de ralentis, Neill Blomkamp a appris de son précédent long-métrage et même si le film est parsemé de quelques ralentis inintéressants, la réalisation est plus simple et épuré. Toujours omniprésente, la steady-cam est bien contrôlée et les différents mouvements effectués par le cadreur sont suffisamment souples et légers pour conserver un cadre net et précis. On est encore loin du résultat d’un James Cameron ou d’un Ridley Scott pour ne citer qu’eux tout en connaissant le prochain objectif de Neill Blomkamp, mais on s’en approche, tout en conservant cette touche de dynamisme underground qui caractérise le cinéaste. Magnifié par un travail sonore exemplaire, dans les bruitages comme dans les diverses compositions signées Hans Zimmer qui dynamitent certaines scènes et donnent littéralement des frissons, ce Chappie réussit à offrir de belles sensations tout en proposant un spectacle visuel de tous les instants.

En Conclusion :

Ne possédant en soi rien d’original, que ce soit dans sa structure narrative ou dans la construction de ses personnages, Chappie réussit tout de même à happer le spectateur et à l’emporter dans cette dystopie qui se transforme petit à petit en véritable fable humaniste et sentimentale. Les différentes Ardoisequestions soulevées par le scénario sont suffisamment fortes pour mériter un questionnement et toute notre attention. Néanmoins, on regrettera une réalisation toujours légèrement bancale et des personnages secondaires aussi stéréotypés qu’inutiles. Hugh JackmanDev Patel et Sigourney Weaver ne sont présents qu’en simples faire valoir afin de vendre le film à l’international. Fort heureusement, les psychopathes sud-américains du groupe Die Antwoord apportent la folie punk et rebelle nécessaire au film et véritable moteur de cette lutte des classes. Neill Blomkamp se rattrape après la faute Elysium et revient à ses fondamentaux, mais à encore du chemin à parcourir avant de parvenir à la perfection, à savoir l’Alien 5 de nos rêves.


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