Creed 2 réalisé par Steven Caple Jr. [Sortie de Séance Cinéma]

 

Synopsis : « La vie est devenue un numéro d’équilibriste pour Adonis Creed. Entre ses obligations personnelles et son entraînement pour son prochain grand match, il est à la croisée des chemins. Et l’enjeu du combat est d’autant plus élevé que son rival est lié au passé de sa famille. Mais il peut compter sur la présence de Rocky Balboa à ses côtés : avec lui, il comprendra ce qui vaut la peine de se battre et découvrira qu’il n’y a rien de plus important que les valeurs familiales. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

25 Novembre 2015. Il y a trois ans presque jour pour jour, la licence cinématographique Rocky prenait un tournant inattendu. Reboot, spin-off, remake et autres prequel étaient devenus un phénomène de mode tellement courant que voir le développement d’un film titré Creed ne pouvait qu’attiser craintes et interrogations. Laissons mourir le personnage de Rocky Balboa et ne nous infligeons pas ça. Celui qui aurait pu être le film de trop fut en réalité une véritable renaissance, et ce, tout en étant avant tout une naissance. La renaissance d’une mythologie qui a dépassé le simple stade du cinéma pour s’intégrer dans la conscience collective et la culture populaire. La naissance d’un cinéaste émergeant, ainsi que d’une équipe de technicien.ne.s dont on ne connaissait pas encore trop bien les noms. Ryan Coogler à la réalisation, Ludwig Göransson à la composition, Maryse Alberti à la photographie, le duo Claudia Castello/Michael P. Shawver au montage, ainsi que Danny Brown et Jesse Rosenthal à la direction artistique. Ils ne sont pas tous et toutes de la même génération. Certain.e.s accusent un peu plus de l’âge, mais c’est bel et bien grâce à cette licence phare de la culture populaire qu’ils ont vu leurs noms gagner en résonance. Notamment un certain Ryan Coogler. Avec “seulement” trois courts-métrages et un long-métrage derrière lui, le cinéaste émergeant peaufina une équipe talentueuse afin de réaliser l’invraisemblable. Permettre à une licence de renaître en contentant à la fois les puristes, mais également un public soit plus jeune, soit moins passionné par la licence. Côté technique, les noms cités ont eu leur importance dans le développement qualitatif du film Creed. De la photographie qui adoptait la chorégraphie des combats par la fluidité et la réactivité de la steady-cam à la direction artistique proposant une (re)plongée dans la banlieue délabrée et historique de Philadelphie, chaque technicien a permis à la création d’une œuvre qui soit à la fois dans l’hommage et le renouveau. Comme un retour aux sources pour mieux innover par la suite.

Père protecteur et fer de lance de la licence, Sylvester Stallone a aujourd’hui pour mot d’ordre : “il faut laisser la place aux jeunes”. Une jeunesse qui permit à la licence de gagner un second souffle et de ne pas mettre en image l’histoire telle que ça aurait été fait il y a dix ans. Ryan Coogler et son équipe ont eu avec Creed premier du nom une façon bien à eux de mettre en image la boxe, ainsi que les personnages aux noms iconiques. Creed c’est avant tout cette steady-cam omniprésente. Ces longs plans-séquences où la caméra se meut au milieu d’acteur.rice.s qui appliquent leurs chorégraphies. Que ce soit en combat ou hors combat. La caméra se fait ressentir, le spectateur est le troisième combattant, agissant et ressentant tout ce que vont ressentir les personnages. Un véritable parti-pris permettant de faire ressentir l’impact des coups par la mise en scène et la réactivité de la steady-cam. Les caméras sont les mêmes, le format d’image est le même (2.39 : 1 donc le format cinéma le plus courant) et la colorimétrie est la même, mais la manière de filmer ne l’est pas. Trop occupé au Wakanda, Ryan Coogler laisse sa place de réalisateur au jeune américain Steven Caple Jr. Avec un long-métrage et 4 courts-métrages comme bagage (presque comme Ryan Coogler en son temps), il se retrouve aux commandes de l’aventure d’une vie et d’un projet qui pourrait lui coûter gros. Mais pour le coup, c’est un projet qui devrait avant tout et surtout, lancer sa carrière.

Suite à son combat face au World Heavyweight Champion Ricky Conlan, Adonis Creed, fils du légendaire Apollo Creed, est devenu une célébrité acclamée par les médias et le public. Business, famille, entraînement, la vie d’Adonis Creed c’est transformée du jour au lendemain, mais l’annonce d’un combat face à Viktor Drago va forcer le jeune prodige à remettre les pieds sur terre. Après L’Héritage de Rocky Balboa (sous-titre exploité lors de la sortie française de Creed), place à L’Héritage d’Apollo Creed. Trente-trois ans après la sortie du film Rocky IV, Creed 2 boucle l’arc narratif autour de l’héritage avec le retour sur le ring de la famille Drago. Si avant même de voir le film beaucoup critiquent le parti-pris nostalgique d’un scénario dont l’un des Money Time sera le face à face (hors du ring) entre Rocky Balboa et Ivan Drago, Creed 2 s’avère être un épisode bien plus fin et intelligent qu’on ne pourrait le penser. Dans la continuité logique du scénario du premier film, Creed 2 oriente à son tour son récit sur les personnages. D’un côté le futur (Adonis et Viktor) et de l’autre le passé (Rocky et Ivan). Deux confrontations permises par le présent et le retour dans les médias des patronymes Creed et Balboa. Rocky Balboa et Ivan Drago sont rongés par le passé. L’un ressent encore la chaleur du corps de son ami mort dans ses bras alors que l’autre a été rejeté de tous suite à sa défaite. La place prédominante occupée par Rocky Balboa dans le premier film revient ici à Ivan Drago. Humilié, rejeté et tourmenté, Ivan Drago est ici plus humain que jamais. Loin de l’inexpressivité qui faisait de lui une arme de destruction, il devient un homme à part entière qui ne demande qu’à laver son nom pour permettre à son fils d’avoir la vie qu’il mérite.

S’il reprend la structure narrative adoptée par Rocky IV, Creed 2 n’a finalement que ça en rapport avec lui. Derrière la revanche se cache un drame intimiste qui saura bouleverser les fans de la saga et émouvoir les autres. L’héritage du passé pèse lourd sur les épaules de chacun des personnages. Adonis, Rocky et Ivan ont pour lien fondamental Apollo. Telle une ombre menaçante ou galvanisante qui plane sur l’intégralité du film, c’est ce rapport au passé, mais également le questionnement vis-à-vis du futur et des prochaines générations, qui vont pousser les personnages à se surpasser pour la raison qui est la leur. Une suite directe et logique qui prend le temps d’humaniser et de développer l’arc narratif propre à chacun des personnages. Si vous aviez été bouleversé par l’histoire de Rocky Balboa dans Creed premier du nom, vous serez heureux d’être bouleversé par l’histoire d’Ivan Drago dans Creed 2. Deux histoires qui traitent de l’héritage du passé par le prisme de la jeunesse et d’une nouvelle génération qui doit apprendre de ces derniers pour ne pas reproduire les mêmes erreurs. Un scénario qui met en lumière les émotions et traumatismes qui rongent les personnages, tout en étant conscients du besoin de renouvellement de la franchise et non de jouer uniquement sur ce qui a déjà été fait. Le manichéisme n’est pas de mise et l’humanisation du clan Drago donne une saveur toute particulière à un combat final dont on n’a finalement aucunement l’envie de voir l’un ou l’autre des combattants au sol. Ils se battent pour raisons valables, logiques et humaines. Un scénario bien écrit et joliment mis en valeur par une réalisation qui s’efface volontairement afin de laisser la lumière aux personnages.

Si la technologie employée est la même, la façon de l’employer ne l’est pas. La brutalité des coups portés et le sport en lui-même ne sont plus au centre de l’histoire. Un film plus intimiste, plus émotionnel porté par une réalisation qui prône la sobriété. Une sobriété suffisante, mais qui n’est pas pour autant synonyme de réalisation simple ou simpliste. Le directeur de la photographie Kramer Morgenthau soigne ses cadres et use avec élégance du format 2.39 : 1. Une stylisation de l’image qui passe ici par la disposition des sources de lumière et par un cadrage qui peut se permettre d’être davantage soigné dans ses détails (symétries, teintes de couleurs, placement des acteur.rice.s…). Et ce, car plus souvent fixes (sur pied, épaule ou steady-cam). Moins immersif, moins impactant à cause d’un parti-pris esthétique plus conventionnel, mais il n’en est pas pour autant plus lent ou ennuyant. Les personnages sont magnifiés par le cadre et il en va de même pour des combats toujours aussi beaux et lisibles. Porté par belle une richesse scénaristique, une mise en scène dynamique, un casting investi et charismatique, Creed 2 se révèle être LA suite aussi inespérée qu’attendue par les fans de la licence. On notera une nouvelle fois l’excellence d’une bande originale qui réarrange et modernise des thèmes musicaux emblématiques (Rocky IV et Creed en tête). Une bande originale néanmoins plus orchestrale, plus douce et aux accentuations dramatiques plus accentuées que ce à quoi le compositeur Ludwig Göransson nous avait habitué avec le premier film. Ce renouveler afin de jongler entre nostalgie et modernité tout en servant au mieux le récit. Un traitement visuel et sonore au service de l’histoire.

Si Rocky Balboa se fait ici plus discret, tout en restant fondamentalement nécessaire à Adonis Creed, il laisse sa place aux autres, car son créateur se rend compte petit à petit qu’il n’a plus rien à apporter d’élémentaire. On approche de la fin et de l’inévitable troisième opus qui pourrait conclure avec habilité et fermeté tout un pan de l’histoire du cinéma populaire. Ça va arriver et on compte sur Sylvester Stallone ((co)scénariste et superviseur sur chacun des films) pour offrir à ses personnages un acte final aussi beau que ce dont il nous gratifie depuis plus de quarante ans maintenant.





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