Countdown, la Killer App qui va vous faire regretter d’être aller au cinéma

Synopsis : « Voulez-vous savoir combien de temps il vous reste à vivre ? Téléchargez l’appli Countdown ! Lorsque Quinn, une jeune infirmière, télécharge cette application à la mode, elle découvre qu’il ne lui reste que 3 jours à vivre. Elle doit trouver un moyen d’échapper à son sinistre destin avant la fin du compte à rebours. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Écrit et réalisé par Justin Dec, qui signe ici son premier long-métrage, Countdown fait partie de cette flopée de longs-métrages qui, depuis le début des années 2000, surfent sur la vague d’un certain The Blair Witch Project. Si ce dernier reposait tout du moins sur un concept fort (fort en son temps), les différents longs-métrages qui lui ont emboîté le pas n’avaient pour la majorité, pas le quart conceptuel que pouvait avoir le film réalisé par Daniel Myrick et Eduardo Sachez. Pour ne pas dire : aucun concept. Le but premier de ces « Jump-Scares Movies » est de permettre aux spectateurs en manque de frissons de se rendre dans une salle obscure afin de se faire peur. Des films qui reposent sur la mise sous tension par le montage et la musique afin de susciter la peur à un moment précis. Et ce, à plusieurs reprises durant le film. Des grands huit horrifiques, vendus tels quels, car c’est ce qu’aime une certaine partie du grand public. Si certains cinéastes et/ou scénaristes réussissent à dissimuler cette facette derrière une imagerie ou un concept narratif permettant au film de tirer son épingle du jeu (Don’t Breath, A Quiet Place…), ce n’est pas le cas de tous. Certains embrassent littéralement cette volonté de créer une œuvre divertissante pour celles et ceux qui cherchent à se faire peur. Finalement, et si c’était la meilleure chose à faire afin de ne pas donner l’impression au spectateur que l’on se moque littéralement de lui, en lui vendant une œuvre unique et originale, alors que non ?

Countdown est de ces divertissements dont on imagine le scénario écrit à partir d’un algorithme reprenant étape par étape, ce qui faisait battre le palpitant des spectateurs lors de leur découverte d’une production horrifique populaire entre 2006 et 2018. Si son concept scénaristique pouvait laisser supposer un film intéressant sur le papier, embrassant l’idée de la création d’un parallèle entre mort prémédité et mort naturelle (l’une pouvant être précipitée à cause de l’autre), le scénario nous fait oublier toute supposition créative au bout de quinze minutes de film. D’une connerie abyssale et dont chaque mort est précipitée par une action tout sauf naturelle de la part du personnage en question (qui finalement précipite sa propre mort, c’est tout un concept illogique après tout), Countdown est un enchaînement de séquences à jump-scare, entrecoupées de moments narratifs afin de faire avancer l’histoire avec un soupçon de crédibilité. Problème, à trop vouloir créer une logique que ce soit dans l’avancée de l’histoire ou dans les actions et réactions des personnages, le scénario se prend les pieds dans sa propre cape et sombre dans l’illogisme le plus total. À trop vouloir faire comme les autres, trop concentré à la création de situations horrifiques surprenantes et terrifiantes (amateurs de sarcasme, vous voilà servis), le scénario en oublie complètement son concept initial : l’application qui donne au film son titre.

Une application qui touche des milliers de personnes dans le monde, qui par déduction tue des milliers de personnes dans le monde. Une épidémie virale dont on ne se rend pas compte de la puissance à cause du parti pris de mise en scène et scénaristique, qui ne se détache jamais du point de vue initial. Un seul point de vue, quelques personnes touchées. Quelques personnes qui vont devoir trouver comment affronter cette application, occultant complètement tous les autres utilisateurs. Un scénario qui n’a aucun sens, qui à aucun moment ne se sert habilement de son concept initial ou qui ne va chercher à justifier ce même concept. Tout n’est que prétexte à divertir. Créer des situations horrifiques ou comiques pour faire battre le palpitant des spectateurs venus pour ça. Countdown, se permet quelques fulgurances comiques, notamment par le biais d’un personnage secondaire. Ridicule serait le terme adéquat, même si l’on ne renie aucunement le sourire niais que l’on a pu avoir à un ou deux moments durant notre visionnement. Une fois n’est pas coutume, on utilise bel et bien le terme de scénario et non juste histoire. Si l’histoire est mal écrite, les dialogues ne sont pas en meilleure forme, tout comme la caractérisation des personnages ou la direction d’acteur.rice.s.

Un film risible sur de multiples points, mais… qui sur le plan technique s’octroie le plaisir de dévoiler à son auditorat quelques belles choses. Si le cadrage est aussi fonctionnel qu’efficace (ce qui n’est pas un défaut, grâce à un découpage qui ne surdécoupe pas), c’est dans la gestion des éclairages que le film flatte la rétine. Sans éblouir, le film enchaîne sans discontinuité des plans qui éclairent joliment décors et personnages. Souvent subtile, jamais trop sombre ou lumineux, les sources de lumière sont suffisamment bien placées et choisies afin d’embellir les décors et inculquer aux situations une réelle et belle ambiance. On se prend au jeu grâce à cette gestion des éclairages, en dépit d’une mise en scène téléphonée et d’un script aux oubliettes. Dommage que ça ne suive, qualitativement pas, derrière. Grand huit horrifique au scénario écrit par un algorithme, Countdown réussira autant à faire frissonner le public venu se faire peur, qu’à faire souffler celles et ceux qui auraient aimé un peu d’originalité. S’il s’avère efficace dans ces moments de tension pour le public venu pour ça, car reposant sur des bases déjà acquises et éculées avec le temps, Countdown demeure un naufrage cinématographique si on y regarde chaque détail de plus près. Dommage, car avec un traitement plus approfondi et moins financier, il aurait pu être un thriller contemporain très intéressant. Mais pour arriver à ça, y’a du travail.


Au cinéma dès le 13 novembre 2019 en France

« Slasher Movie écrit par un algorithme dont l’objectif est de faire exploser le palpitant des spectateurs, le seul compte à rebours redoutable est celui du film en lui-même. »


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