Conversations entre Adultes, Costa-Gavras vulgarise avec panache et énergie

Synopsis : « Après 7 années de crise le pays est au bord du gouffre. Des élections, un souffle nouveau et deux hommes qui vont incarner l’espoir de sauver leur pays de l’emprise qu’il subit. Nommé par Alexis, Yanis va mener un combat sans merci dans les coulisses occultes et entre les portes closes du pouvoir européen. Là où l’arbitraire de l’austérité imposée prime sur l’humanité et la compassion. Là où vont se mettre en place des moyens de pression pour diviser les deux hommes. Là où se joue la destinée de leur peuple. Une tragédie grecque des temps modernes. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Du haut de ses 87 ans, Costa-Gavras est un de ces cinéastes qui nous semble, pour nous petits cinéphiles, cinéphages et artistes de moins de 50 ans, avoir toujours été là. Tel Scorsese et Douglas pour ne citer que ces exemples bien précis, Gavras est un nom qui éveille quelque chose de singulier en chacun de nous. Un nom qui nous parle, nous ramène à des souvenirs et nous évoque le cinéma dans ses plus grandes largeurs. Nous évoque des films, le cinéma tant il tend à en protéger et à en chérir la moindre particularité (du nouveau cinéma à l’histoire du cinéma). Un homme bien plus que passionné, que vous avez peut-être déjà croisé à maintes et maintes reprises lors de présentations, de festivals… le fantôme de la cinémathèque française comme j’aime l’appeler. Il est partout, on le croise lorsque l’on se déplace pour assister à un événement qui célèbre le cinéma. S’il aime et célèbre le cinéma, il l’a également marqué à plusieurs reprises. Z, Missing, Amen, mais également les récents Le Capital et Le Couperet loin d’être inintéressant dans leurs manières de détourner l’image d’une personnalité française habituée à la comédie, afin de le plonger dans un récit aux thématiques et problématiques loin de leur monde habituel.

Sept ans après Le Capital, Costa-Gavras repasse derrière la caméra et s’attaque à un monstre. Conversations entre adultes : dans les coulisses secrètes de l’Europe, un livre écrit par Yanis Varoufakis. Mémoire politique qui revient sur les six mois qui ont suivi sa nomination au ministère des finances de la Grèce. Un mémoire qui s’attaque et relate l’affrontement entre le nouveau gouvernement de la Grèce (qui tente à ce moment de se relever d’une crise de la dette publique toujours pas résolue) et l’Union Européenne. Quelles seraient les conséquences pour les deux partis si la Grèce quittait l’Union Européenne ? Comment rembourser la dette, tout en acceptant des prêts de l’Union Européenne qu’il faudra rembourser sur le long terme ? Les membres du gouvernement grecque vont-ilx réellement pouvoir aider le peuple et le faire passer en premier dans les négociations (pas d’augmentations de taxes, d’impôts…) tel qu’ils l’avaient promis ? Si tout cela peut paraître complexe, et par déduction logique pousser au rejet du film à cause de son sujet politico-économique, Costa-Gavras fait preuve d’ingéniosité en rendant son adaptation ludique et captivante. Réussir à captiver le grand public, ne jamais le perdre grâce à une mise en scène qui ne stagne jamais.

Porté par les épaules larges et solides d’un Yanis Varoufakis remonté et prêt au combat, Costa-Gavras dégaine une oeuvre ou son protagoniste emporte tous les autres par son mouvement. Il va de l’avant, ne regarde jamais vers l’arrière et ne s’arrête jamais, car s’arrêter ce serait faiblir, franchir et possiblement perdre le combat. Un combat littérale, politique, mais rendu intense par un mouvement constant vers l’avant. Dès lors que Yanis Varoufakis se retrouve piégé, ne pouvant se mouvoir et aller de l’avant afin de convaincre et faire preuve d’assurance et de prestance, c’est par des mouvements de caméras que le cinéaste va chercher des réactions afin de conserver ce souffle, cette intensité qui ne faiblit qu’à de rares moments. Les quelques moments ou son protagoniste n’est plus dans le décor. De rares moments qui nous font comprendre que le sujet c’est lui. Que sans l’acteur Christos Loulis, sans l’audace de son personnage, cette intensité dont il déborde et la conviction qu’il met dans chacun des mots qu’il prononce, il n’y a pas de combat. Il n’y a qu’un gouvernement grecque qui s’essoufflerait face à la pression des membres de l’Union Européenne. Une mise en scène tenue et tendue, qui demande à avoir un script qui redouble de rigueur afin de pouvoir réussir à convaincre le spectateur que ce qu’il voit est crédible.

Mais est-ce que Costa-Gavras ne se serait pas volontairement émancipé de la réalité afin de rendre son oeuvre de fiction plus percutante ? Une oeuvre qui ne joue pas la carte du sous-entendu, mais décrypte le pouvoir sans détours. Démontrer comment et pourquoi les politiciens mentent délibérément. Autant à leurs confrères qu’à leur peuple. Comment et pourquoi une majorité font davantage passer le paraître à l’être. Se faire valoir, plaire à l’autre afin que les ententes entre pays soient à l’amiable, quitte à aller à l’encontre des annonces, déclarations et promesses faites aux peuples. Tel que son titre l’annonce, Conversations entre Adultes met en image ces hommes et femmes qui se rassemblent pour débattre tels des adultes responsables de sujets sensibles et aux répercussions énormes sur les différents peuples, mais ne font qu’avoir des raisonnements et attitudes d’enfants. Est-ce la vérité ? Est-ce une pure fiction qui exploite un moment précis de notre histoire afin de réaliser une satire qui tend tout autant à réfléchir qu’à divertir ? Chacun y verra ce qu’il voit, tel est finalement la beauté du cinéma lorsqu’on y propose une oeuvre telle que Conversations entre Adultes. Perfectible à certains endroits (notamment un récit qui s’étire afin de faire vivre des personnages secondaires qui n’apportent rien à part quelques temps morts et une durée finalement excessive), mais menée avec brio par un cinéaste, ici metteur en scène et scénariste qui semble n’avoir jamais été aussi jeune, énergique et inventif dans sa manière de rendre aussi passionnant, captivant et accessible, un sujet aussi délicat que les coulisses de l’Europe et les intimidations de ces différents membres à l’égard de ceux qui oseraient ne pas aller dans leur sens.


Disponible pour le Québec en vidéo à la demande en primeur sur le site du Cinéma du Parc, puis dès le 2 juin sur Illico (STA et STF), Cablevision (STF), Cogeco (STA et STF), Bell (STA et STF), Telus FR et SASKTEL (STA).

« Une mise en scène énergique, un script sans langue de bois et un acteur principal charismatique. Recette d’une oeuvre qui rend accessible, haletant et captivant, un sujet qui aurait tout pour être effrayant. »


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