Cold War réalisé par Pawel Pawlikowski [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse passionnée vivent un amour impossible dans une époque impossible. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Pawel Pawlikowski. Si vous ne connaissez pas ce nom, ce n’est pas une tare, nous même, sa simple épellation ne nous évoquait encore pas grand chose il y a quelques jours de ça. Diplômé en littérature et philosophie dans la prestigieuse université d’Oxford, si vous ne connaissez pas son nom, vous avez surement déjà entendu parler de son œuvre. Réalisateur multi-primé, celui à qui l’on doit le moyen Les Femmes du Vème, nous a gratifié en 2013 d’un superbe Ida, récompensé pour un Oscar du Meilleur Film en Langue Étrangère. Exploit qu’il devrait réitérer en 2019 grâce à une nouvelle œuvre cinématographique déjà récompensée au Festival de Cannes par le Prix de la Mise en Scène. Pawel Pawlikowski est de ces cinéastes qui se sont un beau jour ouvert à une nouvelle vie cinématographique. Ceux qui ont un jour découvert leur voie, découvert leur sensibilité cinématographique. Une même sensibilité que l’on retrouve dans le traitement du noir et blanc, du format carré et d’une histoire qui plonge le spectateur plusieurs années en arrière. Après la Pologne de 1960 avec Ida, on remonte une nouvelle fois le temps afin de nous plonger dans l’après Seconde Guerre Mondiale, en pleine Guerre Froide. Les correspondances entre Ida et Cold War sont importantes. Au-delà des simples réminiscences visuelles et notamment dans le format de l’image et l’utilisation du noir et blanc, c’est dans l’histoire que l’on va retrouver quelques similitudes. Plus précisément dans l’utilisation de la musique comme moyen d’évasion.

Si comme toute autre forme d’art la musique est un art capable de raconter des histoires ainsi que de faire ressentir des émotions, la musique va être ici employée afin de faire basculer le film et son atmosphère générale. Pawel Pawlikowski narre son film grâce aux morceaux musicaux judicieusement choisis et arrangés pour l’occasion. Il raconte l’histoire d’une romance impossible entre deux êtres éperdument amoureux l’un de l’autre, séparés puis réunis par la force des choses plus que par la force de leur amour. Deux êtres forts de caractères, qui semblent ne pas être faits pour vivre ensemble, mais qui seront forcément réunis à un moment donné. Pawel Pawlikowski va à l’essentiel, enchaîne les moments clés de cet amour impossible, éclipsant volontairement tous les moments où les deux personnages vivent loin de l’autre. Les ellipses s’enchaînent, les années s’écoulent en une fraction de seconde, mais la musique continue de plus belle. Si l’histoire est extrêmement simple, pour ne pas dire sommaire, le parti pris d’éclipser tous les moments de silence, de doutes et de remises en questions pour se focaliser sur les moments forts, fait du film Cold War un film à part.

Un film dont le rythme ne faiblit jamais par la force des choses. Un film qui entraîne le spectateur de séquence forte en séquence forte sans qu’il n’ait le temps de s’en remettre. Et ce, sans pour autant le gaver d’émotions et de moments douloureux forçant le pathos grâce à une musicalité, et par déduction logique, une atmosphère qui ne va cesser de se renouveler. De la jovialité des musiques folkloriques du Mazowsze (le chœur et ballet national polonais) aux chants radicaux à la gloire de Staline jusqu’à l’élégance du jazz et des chants de bars parisiens des années 50, c’est par sa bande originale et les musiques et chants joués et entonnés par le casting que les personnages vont transmettre leurs émotions intérieures. De belles et pures émotions qui se transforment en beaux moments de cinéma. C’est la musique qui donne à chacune des séquences sa propre couleur. Une couleur qui sera plus ou moins violente, plus ou moins élégante et plaisante suivant le moment ce que vivront les deux personnages principaux du film. C’est la musique qui les as rassemblées, c’est la société qui les as séparés, c’est à nouveau la musique qui va leur permettre de se retrouver, mais jusqu’à quand et jusqu’où cela ira-t-il ?

Une palette musicale à l’image de la palette d’émotions vécues et subies par les personnages, que le spectateur ressent par le visuel et la force du travail de l’imagerie du cinéaste Pawel Pawlikowski. Si on est en droit de douter des films choisis par les différents jurys qui se succèdent chaque année au Festival de Cannes, l’on ne peut qu’admettre le choix évident du Prix de la Mise en Scène pour le film Cold War. D’une précision, d’une richesse qui fait de chaque plan une œuvre à part entière qui arrive à transmettre une émotion bien particulière. Au delà de la mise en scène qui ne se suffit pas au premier plan, mais qui joue avec les espaces dévoilant de véritables perspectives au travers de cadres plus ou moins serrés. La force des images, la force et la nécessité de choisir la bonne focale au bon moment (courte comme longue) afin d’aplatir les perspectives ou au contraire de donner une ampleur incroyable à un plan dont le décor est extrêmement réduit, et ce, sans parler du format choisi qui n’est autre que le format carré. Créer de véritables plans larges dans un petit appartement sous toits, prouve l’intelligence et la maîtrise du cinéaste Pawel Pawlikowski. Les plans sont parlants, se suffisent à eux même afin de raconter une histoire qui leur est propre. Plusieurs histoires qui vont être liées l’une à l’autre par diverses musiques aux rythmes et tonalités disparates afin de faire un tout, afin de créer une œuvre aussi riche que complète sur le plan émotionnel. D’une maîtrise sans pareil, un plaisir incroyable pour les yeux et les oreilles, un orgasme cinématographique pour tout cinéphile, simple amateur du septième art ou amateur d’art dans sa plus grande généralité.


« Une pure leçon de cinéma »


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