Code 8, Robbie et Stephen Amell côte à côte dans un thriller de science fiction qui manque d’ambition

Synopsis : « Dans un monde où 4% de la population est née avec des pouvoirs super-naturels, où les personnes étant dotées de ces capacités sont pauvres et discriminées, un homme se bat pour payer le traitement médical de sa mère. Il est bientôt attiré dans un univers criminel lucratif. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Alors que la période des fêtes et la fin d’année approche à grands pas, tout à chacun se tourne vers le passé proche afin de se souvenir des œuvres qui ont marqué son année. 2019 aura été une année riche, fondamentalement comme chacune à partir du moment où on cherche à comprendre le point de vue de chaque cinéaste, mais côté science-fiction l’on ne peut pas dire qu’elle aura été une grande année. Au-delà du blockbuster Star Wars et du nanar (recommandable) Iron Sky, c’est cette volonté de s’approprier les codes du film de science-fiction dans un film au budget limité qui nous aura marqués. On pense évidemment à Captive State écrit et réalisé par Rupert Wyatt (lire notre article). Captive State, ou comment réussir à faire un film d’invasion extraterrestre crédible, haletant et convaincant avec un budget limité à 25 millions de dollars. Un réel cas d’école absolument fascinant à analyser, tant Rupert Wyatt et son équipe ont réussi à insuffler à ce film une réelle personnalité et une dose de créativité grâce à un scénario bien écrit et surtout une direction artistique fabuleuse afin de donner du cachet à cet univers. Utiliser le budget à bon escient, l’utiliser pour inculquer du corps à l’histoire par le biais des décors, costumes, accessoires… Encore une fois, un réel beau cas d’école. Si 25 millions de dollars de budget ne semblaient rien, on va aller encore plus loin avec ce nouveau film. On parle ici d’un film financé par un financement participatif (Indiegogo avec 28 658 backers) à hauteur de 2 426 518 millions de dollars. Auxquels s’ajoutent quelques centaines de milliers de dollars certainement ajoutés sur la table par Téléfilm Canada, ainsi que quelques-uns des nombreux producteurs exécutifs ici-présents. Un budget dérisoire, un budget qui représente finalement l’équivalent de 4/5 jours de tournages sur un gros blockbuster à plus de 100 millions de dollars de budget. Preuve est, finalement, que l’argent ne fait pas le bonheur.

Il y a plus de trois ans déjà, l’on publiait un court article dédié à un court-métrage intitulé Code 8. Un court-métrage d’anticipation qui posait les bases d’un univers où cohabitent des êtres humains normaux et des êtres humains nés avec des habilités. Des êtres férocement contrôlés par les forces de l’ordre, car utilisés par la société comme des robots afin qu’ils puissent exercer des tâches qu’un être humain normal ne pourrait pas faire. Tout du moins pas aussi bien et vite. Telle est la base de travail du court, aujourd’hui devenu long. Une base extrêmement pertinente qui pallie son réel manque de budget par une histoire originale. Détourner les codes d’un cinéma qui mettent en scène des personnages avec des habilités, c’est s’ancré avec originalité dans une réelle modernité cinématographique qui se veut d’un côté virulent sur le plan social et de l’autre extrêmement spectaculaire avec des êtres surhumains. Ne serait-ce que pour ça, et des autres petites idées qui vont être exploitées afin de dépeindre un monde où finalement naître avec des pouvoirs va rend la vie compliquée et enferme les gens, de gré comme de force, dans une classe réprimée par une société qui en a peur, Code 8 est un film très intéressant. Un réel film indépendant qui cherche à pallier son manque de moyen par son histoire.

Une histoire qui malheureusement déçoit dans la manière dont elle, ne va pas, exploiter les problématiques précédemment citées. Des problématiques qui vont être survolées et peu développées par un scénario qui se concentre sur un protagoniste qui a besoin d’argent pour aider sa famille. Des personnages tiroirs qui, sont ici discriminés à cause de leurs habilités, mais l’auraient été dans d’autres films pour X ou Y raisons. Un protagoniste qui va avoir besoin d’argent et pour cela va utiliser ses pouvoirs à mauvais escient, car il pense ne pas avoir le choix. Si le questionnement moral qui subsiste est intéressant, car le spectateur peut allègrement s’identifier à ce stéréotype de personnage de fiction, il est décevant de voir un scénario qui ne fait que survoler son sujet. Un scénario qui ne développe jamais le quotidien de ces personnes discriminées utilisées par la société comme des robots, pour ne pas dire esclaves. De réels laissés pour compte brimés, blâmés et exploités. Le sujet est là et le sujet est bien plus intéressant que l’arc narratif d’un jeune fils de famille qui va faire de l’argent sale pour le bien de ses proches. Un problème d’ambition, dommageable, qui ne va aucunement permettre au film de se créer une réelle identité. Un fil conducteur narratif finalement prétexte à faire avancer l’histoire avec simplicité afin que le spectateur ne soit pas décontenancé en se retrouvant en terrain conquis face à un thriller d’action lambda.

Il ne faut néanmoins pas oublier un point : à qui s’adresse ce film ? Code 8 a été vendu comme le film qui va réunir à l’écran Robbie Amell et Stephen Amell. S’ils auraient aimé briser cette frontière, ce qui ne sera pas le cas, le film s’adresse avant tout à celles et ceux qui aiment ces deux acteurs. Ils sont de tous les plans, ils passent la moitié du film côte à côte. Le film a été financé avec cette tagline qui veut tout dire : “Help Robbie & Stephen Amell make their first feature film together!” Le public est là, le public est là pour voir un divertissement de bonne facture avec les cousins Robbie Amell et Stephen Amell. Une communauté assez grande. Cette même communauté qui pendant une année passait ses mercredis soir en compagnie des deux Amell devant la CW (avec The Tomorrow People puis Arrow). C’est à eux que s’adresse avant tout ce film et non aux puristes de science-fiction et cinéphiles. Les curieux y jetteront un œil, mais ça n’ira jamais plus loin. Code 8 est malheureusement un projet de niche qui aurait pu exploiter son budget risible à des fins créatives, mais qui fondamentalement s’avère être un divertissement sans saveur pour les fans des acteurs. Acteurs au demeurant assez convaincants, même si peu surprenants, car campés dans des rôles aux caractères semblables à ceux qui ont fait leurs réputations respectives (notamment Stephen Amell et son Oliver Queen).

Sans saveurs, mais pas dénué d’intérêt pour autant. Ce qu’il fait, il le fait bien. Entre trahisons et prises de conscience, le film a de quoi faire et déroule les séquences sans aucun temps mort. C’est efficace. La mise en scène a un certain punch, même si encore une fois elle repose sur des idées reçues et stéréotypes déjà exploités à maintes reprises par le passé, et la réalisation est somme toute assez propre. Propre, car permettant d’apprécier l’action avec limpidité, mais pas pour autant doté d’un style unique. Que ce soit dans le découpage, la direction de la photo, dans les choix colorimétrique, dans la direction artistique… on est sur quelque chose d’extrêmement consensuel. D’efficace et maîtrisé, car qui a déjà fait ses preuves à de multiples reprises, mais sans aucunes prises de risques. Là est le réel problème de ce Code 8 : il fait exactement la même chose que tous les autres. Code 8 n’a absolument aucune identité et s’entiche à faire exactement la même chose que les autres alors qu’ils auraient pu se servir de leur micro budget comme d’une rampe de lancement créative. Démontrer qu’avec très peu on peut être créatif et ambitieux et non pas, démontrer qu’avec très peu on peut faire comme les autres. L’intérêt est risible, l’intérêt réside seulement dans le fait de réaliser un divertissement lambda, efficace certes, mais aussitôt vu, aussitôt oublié. Comme quoi finalement le court-métrage était bien plus intéressant, car en disait presque autant en dix fois moins de temps.

« Un court-métrage qui posait des bases. Des bases intéressantes, mais sous-exploitées par ce qui est un divertissement efficace, mais lambda et sans aucune identité. »


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