Cloverfield (Critique | 2008) réalisé par Matt Reeves

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Synopsis : “New York – Une quarantaine de ses amis et relations ont organisé chez Rob une fête en l’honneur de son départ pour le Japon. Parmi eux, Hub, vidéaste d’un soir, chargé d’immortaliser l’événement. La “party” bat son plein lorsqu’une violente secousse ébranle soudain l’immeuble. Les invités se précipitent dans la rue où une foule inquiète s’est rassemblée en quelques instants. Une ombre immense se profile dans le ciel, un grondement sourd se fait entendre… et la tête de la Statue de la Liberté s’effondre brutalement sur la chaussée. L’attaque du siècle vient de commencer. Au petit matin, Manhattan ne sera plus qu’un champ de ruines…”

Février 2008, sortait au cinéma un film événement, un film réalisé par Matt Reeves, qui n’était pour le grand public qu’un simple inconnu. Le film était scénarisé par Drew Goddard et produit par J.J. Abrams, deux faiseurs, connus uniquement pour leur travail respectif sur des séries comme Felicity, Alias ou encore Lost : Les Disparus. Des faiseurs qui ont depuis, fait leurs bouts de chemin. Drew Goddard a eu davantage de mal que son compère que l’on ne présente même plus, mais il a tout de même réussi à émergé il y a quelques mois de cela grâce au film Seul sur Mars, ainsi qu’à la série d’ores et déjà culte : Daredevil. Un film qui est véritablement sorti de nulle part, mais qui avait su attiser la curiosité des internautes. Un marketing viral extrêmement bien mené a permis au film d’être finalement plus qu’un simple objet cinématographique. Marketing viral qui cherchait à faire croire au spectateur que ce qu’il voyait sur le premier teaser pourrait être une véritable vidéo amateur. L’envie de mêler le réel à la fiction, de faire croire à quelque chose afin d’attirer l’attention.

En septembre 2007, sortait sur internet le premier teaser du film. Un film encore complètement mystérieux. Ni titre, ni histoire, simplement le nom d’un producteur, J.J. Abrams, ainsi qu’une scène de foule. Une fête entre amis qui tourne mal à cause d’une vaste double explosion survenue non loin de l’appartement dans lequel se déroulait la fête. Petit à petit sont apparues sur internet (et grâce à des indices bien disséminés par les équipes de Bad Robot) diverses théories. Des théories de plus en plus folles, qui n’ont cessées de grossir, et ce, même après la parution de l’unique bande-annonce. Cependant, en seulement quelques semaines, échelle de temps qui s’est écoulé entre la parution du teaser et de la bande-annonce finale, les équipes de Bad Robot avaient déjà réussi leur pari. Faire de Cloverfield un véritable phénomène viral. Marketing viral qu’ils ont relancé par la suite afin de promouvoir la sortie DVD du film. Sous le nom de code Projet 08/08/08 vous trouverez sur internet huit vidéos amateurs qui reprennent le principe du premier teaser du film, partagé sur internet durant l’été 2007. Cloverfield, un long-métrage aux multiples messages cachés, et où, le moindre indice ou détail pouvant ressembler à un indice sur l’origine de la créature par exemple sera pris en compte et décortiqué sur internet par les internautes. Ce qu’ils n’ont pas manqué de faire (et de refaire en 2016 dès la parution de la bande-annonce d’un certain 10 Cloverfield Lane). À la fois passionnant et déroutant. Mais avant tout extrêmement malin, car avec tout ça on en oublierait presque qu’il se cache derrière cette promotion un long-métrage.

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Parce que Cloverfield c’est également un film, mais un film qui ne peut se séparer de son marketing viral tant ce dernier possède un véritable intérêt. Ils partagent tous deux la volonté de mélanger le réel à la fiction. De faire croire à la vidéo amateur alors qu’il ne s’agit que d’une scène de film dans le cas du teaser et de faire croire au spectateur qu’il devient durant 1h15, un personnage à part entière du film. Film catastrophe, Cloverfield utilise un concept encore rare à l’époque : le found-footage. Comme son nom l’indique, le found-footage consiste à reproduire l’effet produit par une vidéo amateur afin de jouer sur d’amplifier l’aspect réaliste et immersif. Aujourd’hui, le concept de found-footage a complètement perdu de sa valeur à cause de multiples projets hollywoodiens foireux qui l’ont dénaturalisé. Rendant ce concept presque abject, alors qu’en 2008 il était très intéressant. Intéressant, pas d’un point de vue technique. Reproduisant les effets produits par les différents mouvements qu’un corps exécute lors qu’il se déplace, le found-footage ne va pas offrir aux spectateurs une multitude de plans aux cadrages soignés. Ces derniers se compteront sur les doigts d’une main… et encore.

L’intérêt même du found-footage dans le cas précis de Cloverfield, réside dans la volonté de faire de la caméra la vision du spectateur. Montrer en vue subjective ce que le spectateur chercherait à voir ou à ne pas voir s’il faisait face aux événements. Procédé qui permet de légitimiser le montage présent dans le film. Si le concept du found-footage est respecté à la lettre, il ne doit pas y avoir de coupe, ni de montage. Or Cloverfield dispose bel et bien d’un montage visuel. Mais d’un montage qui reflète la volonté d’immerger totalement le spectateur dans l’action. Un montage qui va montrer les éléments et actions impressionnantes, que le spectateur retiendrait s’il faisait face aux événements. D’où la présence d’ellipses temporelles, pouvant être de quelques secondes, comme de plusieurs dizaines de minutes. L’ellipse temporelle, reflétant l’évanouissement du cameraman, sa perte de contrôle face au surréalisme des événements. Dès lors qu’un personnage n’est plus présent derrière la caméra afin de filmer, c’est l’enregistrement précédent, toujours présent sur la bande qui sera diffusé. Détail qui permet de faire la disparité entre la vision caméra et la vision du spectateur; l’enregistrement et le direct; la fiction et la réalité. Bon moyen par ailleurs d’inculquer au film, un rythme dynamique, et ce, de son premier à son dernier plan.

Dans la lignée des films catastrophes, Cloverfield ne passionne pas grâce à son histoire. Extrêmement convenue, mais pas prévisible pour autant. Imprégné par le cinéma dans son aspect technique par le biais du montage, de la mise en scène, ainsi que du mixage sonore très important afin de créer une ambiance et de pallier à la non-présence de musiques extérieures à la diégèse (found-footage oblige), Cloverfield est également imprégné par la culture vidéoludique. On retrouve au sein de ce film deux aspects généralement liés au monde vidéoludique et non cinématographique. Ces derniers sont la vue subjective, ici créée via le found-footage (et tout ce que cela implique comme il a déjà été expliqué plus haut), ainsi que l’histoire. Objectif : fuir cet appartement situé au cœur de Manhattan, ville sur laquelle les enfers sont en train de s’ouvrir et retrouver Beth, compagne du protagoniste, avant de pouvoir s’échapper en rejoignant un checkpoint militaire. Un aspect vidéoludique qui se retrouve également dans les défauts scénaristiques et de mise en scène du film. Personnages qui manquent de charisme, de corps par exemple. Ils ne font qu’articuler l’histoire afin de permettre au spectateur/joueur d’aller jusqu’à son objectif final.

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En Conclusion :

À l’heure d’aujourd’hui Cloverfield est devenu pour le cinéma un film à part. Un film catastrophe qui aura réussi à se séparer de la masse, tout en laissant son emprunte et pas qu’à Manhattan. Inséparable de son marketing viral extrêmement bien préparé afin d’offrir une aura au film avant même la sortie de sa seule et unique bande-annonce, celui-ci s’est finalement avéré être le prolongement de son marketing. Un long-métrage qui cherche à immerger au plus possible le spectateur dans l’action. Se servir d’aspects appartenant au registre cinématographique et vidéoludique pour réussir au mieux cette expérience à part. Expérience qui possède ses quelques défauts, son nombre de réfractaires comme toute bonne expérience, mais qui a surtout ses qualités indéniables.

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