Chez moi, vous n’êtes pas les bienvenu•e•s


Synopsis : « Quand un publicitaire au chômage décide d’espionner les nouveaux occupants de son ancien domicile, la situation tourne vite au cauchemar. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

En mode confinement, les plateformes font remonter leur catalogue de films avec des surprises et des succès inattendus. Après le mélodrame turc, place au thriller psychologique espagnol. En version originale, Chez moi se dit Hogar, ce qui signifie foyer… la traduction française est pour une fois plus forte car elle exprime bien la volonté de Javier, l’anti-héros de conserver son foyer.

Histoire du déclassement d’un homme : il a tout perdu et avec l’âge, il ne peut, malgré toute son expérience, retrouver un travail, Chez moi est symptomatique de l’époque actuelle où la jeunesse l’emporte sur l’expérience avec l’évocation de la dureté du monde du travail actuel. Javier n’a qu’une solution : faire un apprentissage et reprendre des cours, le tout non rémunéré… avec ce déclassement, s’ensuit une obligation de quitter le luxueux appartement dans lequel il vit avec sa femme et son fils. Cet évènement entraîne le déclenchement de la spirale machiavélique dans laquelle s’enferme l’infâme personnage.

Le scénario des frères Pastor est habile car il pousse à une véritable empathie pour Javier face à ce déclassement et son éloignement d’un univers de richesse qui était le sien. La réussite passe ici non par le travail mais par les signes distinctifs prouvant la réussite sociale. Le lieu de vie est magnifié par les réalisateurs grâce à des plans de cadrage superbes où les étendues et la grandeur sont décuplées par rapport au nouvel appartement plus sombre, resserré dans lequel vivent désormais Javier et sa famille. Mais l’astuce de l’histoire est surtout d’avoir laissé à Javier un double des clés de son ancien appartement. Dès lors, en l’absence de travail, il retourne en journée pour reprendre pied dans son espace intime… et ainsi pénétrer la vie de la nouvelle famille installée dans “son” foyer. En fouillant, il trouve la faille de Tomás : l’alcoolisme, contre lequel le père de cette famille modèle lutte. De cette faille, Javier en fait une force pour entrer désormais dans la vie de Tomás et de son épouse…

À ce stade, Javier met en place tout le système nécessaire pour parvenir à ses fins : récupérer son foyer quel qu’en soit le prix à payer. Scénario machiavélique au possible, Àlex et David Pastor réussissent à installer une tension permanente, sourde, lancinante. Dès qu’un obstacle se dresse sur la route de Javier, le spectateur ne peut que se demander comment il va réussir à s’en sortir pour arriver à la reconquête de son signe distinctif de richesse : sa maison en récupérant la vie d’un autre.

Comparé à tort au film Parasite de Bong Joon-ho pour son côté affrontement puissant contre déclassé, il faut raison garder… car l’intrigue révèle surtout l’énergie que met en place un individu pour récupérer le symbole de sa réussite sociale : son foyer. Il n’y a pas de twist surprenant, pas de “fantôme” caché, juste une amoralité que le spectateur se prend de plein fouet en se demandant ce qu’il doit réellement penser de l’attitude du personnage principal.

Un peu comme dans Infectés, leur premier long découvert en France qui parlait de pandémie où les réalisateurs enfermaient le spectateur avec les quatre héros principaux, David et Àlex Pastor créent une sensation de proximité intime pour délivrer un thriller psychologique où le cerveau bouillonne sans cesse entre compréhension et malaise. Et de cette intimité, naît le drame dans lequel le spectateur est le témoin impassible qui ne peut que contempler la mécanique machiavélique mise en place par le sinistre personnage principal.

Interprété par Javier Gutiérrez, que l’on a pu découvrir en France dans Champions en entraîneur de basket obligé de coacher une équipe de déficient mentaux, le film bénéficie de son talent à changer de registre avec une facilité déconcertante. Après la sympathie de Champions, il montre qu’il est un être angoissant et stressant jusqu’au dénouement final. Face à lui, la force brute et animale de l’acteur Mario Casas s’effondre. Malgré toute sa densité physique, il est manipulé comme un pantin reprenant la fable de La Fontaine : le Lion et le rat où le plus petit est plus puissant malgré tout. Oppressant, déstabilisant, malaisant, le film des frères Pastor entre dans ce nouveau cinéma où les petits prennent le pouvoir et leur revanche sur l’adversité… Mais à l’inverse des Invisibles du Français Louis-Julien Petit, le scénario n’a aucune morale, ce qui devient totalement dérangeant pour le spectateur !


« David et Àlex Pastor créent une sensation de proximité intime pour délivrer un thriller psychologique où le cerveau bouillonne sans cesse entre compréhension et malaise. »


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