Cézanne et Moi (Critique | 2016) réalisé par Danièle Thompson

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Synopsis : “Ils s’aimaient comme on aime à treize ans : révoltes, curiosité, espoirs, doutes, filles, rêves de gloires, ils partageaient tout. Paul est riche. Emile est pauvre. Ils quittent Aix, « montent » à Paris, pénètrent dans l’intimité de ceux de Montmartre et des Batignolles. Tous hantent les mêmes lieux, dorment avec les mêmes femmes, crachent sur les bourgeois qui le leur rendent bien, se baignent nus, crèvent de faim puis mangent trop, boivent de l’absinthe, dessinent le jour des modèles qu’ils caressent la nuit, font trente heures de train pour un coucher de soleil… Aujourd’hui Paul est peintre. Emile est écrivain. La gloire est passée sans regarder Paul. Emile lui a tout : la renommée, l’argent une femme parfaite que Paul a aimé avant lui. Ils se jugent, s’admirent, s’affrontent. Ils se perdent, se retrouvent, comme un couple qui n’arrive pas à cesser de s’aimer.”

Réalisatrice française depuis 1999, mais avant tout scénariste depuis 1966 et un certain film nommé La Grande Vadrouille, Danièle Thompson est aujourd’hui connue pour mettre en image des comédies, essentiellement des comédies dites chorales. Du film La Bûche jusqu’au film Le Code à Changé, en passant par Fauteuil d’Orchestre, elle avait pour habitude de réunir un large panel de têtes d’affiche françaises dans des films mêlant humour et romance toujours avec un ton très léger. Des films plus ou moins réussis, mais qui n’avaient pas la prétention d’être plus, que ce qu’ils ne pouvaient être, à savoir de simples comédies grand public conventionnelles et divertissantes pour toute la famille. Elle n’est pas la fille du réalisateur français Gérard Oury pour rien, puisqu’ils pratiquent un cinéma populaire fortement similaire. Avec son nouveau long-métrage, la réalisatrice de 74 ans tout de même, s’est sentie poussée des ailes. Cézanne et Moi est clairement le film le plus ambitieux de sa filmographie de réalisatrice. Un biopic non pas dédié au romancier Émile Zola ou au peintre Paul Cézanne, mais à la relation liant les deux personnalités. Un film ambitieux sur le papier, un film qui possède tous les critères afin de répondre présent à de prestigieuses cérémonies telles que Les César ou encore les Oscars. Puisque oui, Cézanne et Moi, fait parti des quatre films présélectionné afin de représenter la France dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère. Mais mérite-t-il vraiment de figurer dans un tel palmarès ou même, ne serait-ce que d’être présélectionné ?

Paul Cézanne, Émile Zola, deux grands noms, deux noms ancrés dans la culture française. L’un pour ses talents de peintre, l’autre pour ses talents d’écrivain. Dédié un film non pas à l’un d’entre eux, mais bien à leur relation est sur le papier une excellente idée. Une idée permettant de ne pas sombrer dans le biopic conventionnel et de ne pas ennuyer le spectateur avec la vie d’une seule personne. Aussi intéressante soit-elle. Cependant, Danièle Thompson réussit le tour de force à rendre son film académique et ultra conventionnel à cause d’un scénario et d’une mise en scène des plus didactiques. Tout est téléphoné, redondant et presque prévisible à l’avance même si le spectateur n’est pas en connaissance de la relation que pouvaient entretenir les deux personnages. Danièle Thompson fait dans la retranscription pure et dure avec un récit qui s’épanche sur plus de 40 années, mais va de ce fait, se contenter de survoler toutes ces années, délaissant totalement des détails pouvant être importants, ainsi que toute idée d’originalité. L’idée de parallèle entre le présent du récit (1886) et le passé va être émise pendant une grande partie du film, mais la corrélation ne fonctionne pas. L’envie de réunir le passé et le présent va simplement embrumer le spectateur, lui faisant perdre pied et découvrant une structure narrative des plus confuses. Un écriteau à chaque début de nouvelle séquence permettra aux spectateurs de comprendre en quelle année se situe dorénavant l’action. Élément qui démontre qu’au moment du montage, il était impossible de ne pas en faire usage afin que le spectateur ne se demande pas sans cesse : “En quelle année sommes-nous ?”.

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Afin de construire son récit et de le raccrocher à un fil conducteur dans le but de rendre l’utilisation de flashbacks et de flashforwards logique, le scénario s’appuie sur le roman L’Oeuvre écrit par Émile Zola. Roman publié en 1886, d’où l’utilisation de cette période du XIXe siècle comme présent du récit. Un roman de fiction dans lequel le romancier va, sous la forme d’une fiction, utiliser et raconter des moments de sa vie et de celle de son grand ami Paul Cézanne. Objet de discordes, de séparations, mais également de rapprochements, cette oeuvre et ce qu’elle représente vont être l’image même de ce que raconte le film. Une amitié fusionnelle faite de discordes et de beaux moments, une amitié qui tourne en rond et ne trouve jamais de fin jusqu’à la disparition des deux amis. Une belle amitié, mais qui aurait pu être contée d’une autre manière, qu’avec l’utilisation d’un récit linéaire survolant les années et les états d’âme de chacun. Volker Schlöndorff (réalisateur/scénariste de Diplomatie) ou encore Aaron Sorkin (scénariste de Steve Jobs) nous ont prouvé par le passé qu’avec des dialogues inspirés il est possible d’entrer dans la tête de personnages ayant existé. Dévoiler leurs personnalités plus ou moins fortes, les relations qu’ils pouvaient entretenir avec leurs proches, leurs manières d’être et de paraître tout en ne faisant pas usage d’une structure narrative s’étalant sur l’intégralité de la vie du ou des personnages. Ici encore une fois, aussi passionnante soit-elle, cette amitié va être dévoilée, mais surtout survolée, malgré de superbes prestations d’acteurs.

S’il y a bien une chose que l’on ne peut critiquer, c’est bien la capacité d’acteurs comme Guillaume Gallienne et Guillaume Canet à incarner leurs personnages respectifs. Ils ne jouent pas Émile Zola et Paul Cézanne, ils sont Émile Zola et Paul Cézanne. Grâce à des interprétations justes, des moments de tension et des moments plus doux, mais aussi à une direction d’acteur soignée même si didactique et sans surprises, ils donnent du corps et du charme à ces personnages. On les suit dans leurs pérégrinations avec plaisir grâce à leurs interprétations. Interprétations tellement fortes qu’ils nous feraient presque oublier les nombreux défauts que possède le film. Ils nous emportent et font vivre avec force cette bromance tumultueuse et aux combien passionnantes même si redondante. On notera aussi l’utilisation d’une direction artistique aux couleurs chaleureuses, appuyées rappelant cette esthétique forte que pouvaient posséder les toiles de Cézanne. Dommage de ne pas laisser davantage de souffle, d’air dans les cadres et de se focaliser essentiellement sur les acteurs, délaissant les magnifiques décors et paysages.


En Conclusion :

Cézanne et Moi est typiquement un film à récompenses. Et il en aura. Incroyablement conventionnel, une mise en scène des plus didactiques et un scénario qui survole plus de quarante années afin de mettre en valeur des acteurs qui vont devoir faire preuve d’un talent certains. Si peu original et inspiré soit-il, ce Cézanne et Moi n’en est pas pour autant un mauvais film. Guillaume Gallienne et Guillaume Canet portent littéralement le film sur leurs épaules. Ils sont toujours au centre de l’attention, au centre du cadre, au détriment des environnements ou des décors qui semblent n’avoir que peu d’importance pour la réalisatrice. Grâce à leurs interprétations, ils rendent le film intéressant, ainsi que la relation liant les deux hommes, même si redondante et sans fin. Un film qui laisse sur sa faim, un sujet qui aurait certainement mérité meilleur traitement, plus original, mais qui ne décevra pas pour autant grâce à deux acteurs exceptionnels, ainsi qu’une direction artistique assez jolie, rappelant des toiles impressionnistes.

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