« C’est quoi cette mamie ?! », Chantal Ladesous au naturel


Synopsis : « Après deux ans de joyeuse colocation, la tribu des 7 demi-frères et sœurs doit quitter le grand appart’ avant la rentrée. Alors que chacun part en vacances pour l’été avec ses parents respectifs, Gulliver, le petit dernier, est envoyé tout seul chez sa grand-mère au bord de la mer. Mais l’excentrique Mamie Aurore n’est pas une baby-sitter comme les autres et préfère faire la fête plutôt que de garder son petit-fils… Le reste de la troupe décide de venir à sa rescousse. C’est le début d’une nouvelle révolution. Elle voulait se la couler douce… Ils vont lui mener la vie dure ! »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Voilà l’été et les comédies françaises envahissent l’écran ! L’année dernière, Gabriel Julien-Laferrière, le réalisateur, proposait de nous replonger dans les aventures de Sami dans Neuilly, sa mère, sa mère avec un succès inversement proportionnel au premier volet sorti dix ans auparavant. Malgré l’échec de cette suite, il propose de réaliser le second volet de C’est quoi cette famille ?! marquant les retrouvailles avec les sept frères et sœurs qui veillent les uns sur les autres. Retour là où l’histoire s’arrêtait dans l’appartement au moment des grandes vacances. L’appartement où la fratrie vit ensemble pendant que les parents viennent à tour de rôle les retrouver et les gérer. Malheureusement, ils doivent quitter leur toit commun mais coup de chance, cela va se faire en douceur puisqu’ils doivent le laisser au moment où les vacances d’été démarrent.

Forcément, si vous avez aimé cette tribu, vous pouvez vous poser la question de savoir comment maintenir cette unité alors que chacun va partir sur les routes des vacances ? C’est la petite astuce de l’histoire : centrer les péripéties autour du plus jeune, Gulliver, toujours interprété par Sadio Diallo. Mais à la faveur d’une mauvaise gestion d’agenda par sa mère que prend plaisir à jouer de nouveau Julie Gayet, le petit bonhomme est envoyé en vacances chez une mamie qui n’a pas vraiment le temps de s’occuper de son petit fils. Aussi la fratrie va se reformer pour sauver ou plutôt permettre leur mamie de se souvenir de son rôle à assumer.

Gabriel Julien-Lafferière est un réalisateur surprenant : capable du meilleur (il faut bien le reconnaître, Neuilly sa mère apportait un vent frais et irrésistible dans la comédie française) et du pire (on ne va pas peser ces mots : l’adaptation ratée de SMS avec Guillaume de Tonquédec), il réussit dans cette suite à ne garder que le meilleur de son cinéma. De l’humour, beaucoup de tendresse, de l’émotion sans jamais être agressif. Et surtout, il a décidé de centrer cette nouvelle histoire sur la grand-mère Aurore que prend plaisir à interpréter Chantal Ladesous. Une mamie loin d’être une “gâteau” bien au contraire. Au sommaire de son quotidien : boîtes de nuit, joint et bisexualité. Cette mamie-là est rock’n’roll, trasngressive et décalée sans jamais être vulgaire, comme le scénario ce qui fait du bien.

Le premier volet avait réuni 750 000 spectateurs en salles, ce nouvel épisode pourrait bien connaître le même chemin tant l’histoire reste sympathique et légère. S’il y a bien une qualité première au film de Gabriel Julien-Lafferière, c’est cette légèreté permanente, au point que l’on excusera quelques facilités de situation comme notamment l’absence de problème d’argent de la mamie et des familles ou encore le fait que le joint soit quelque part banaliser. On excusera aussi quelques passages qui auraient mérité d’être un peu plus écrit comme celui du personnage de Gulliver. Central au début, le jeune héros perd en intérêt dès que ses frères et sœurs arrivent… les retrouvailles éclipsant même par moment les adultes même si Claudia Tagbo et Lucien Jean-Baptiste se réservent dans ce second volet quelques beaux moments d’humour. Heureusement, le scénario se recentre très vite sur cette mamie. Elle permet aux jeunes de vivre leur vie. Elle intervient toujours telle une carte maîtresse, un atout qu’abat le réalisateur pile au bon moment.

Cette mamie incroyable et drôle monopolise l’écran et le vampiris même à chacune de ses apparitions. Et c’est avec un réel plaisir que Sébastien Mounier, le coscénariste, et Gabriel Julien-Lafferière propose des moments de vie délirants entre les enfants et leur mamie notamment en boîte pour mieux nous divertir car c’est là que Chantal Ladesou révèle son potentiel comique mais aussi familial en comprenant tous les secrets de ses petits-enfants. Mamie Aurore n’est jamais loin, elle enfonce le clou et offre les réponses aux interrogations des plus jeunes. Cette mamie a tout compris à la jeunesse et sous prétexte de détestation de ses deux filles, Chantal Ladesou révèle de véritables trésors d’humour et de gentillesse. Certes, cette mamie est hors norme mais le cadre qu’elle pose finalement lui réussit. Elle leur fera passer un été inoubliable. En quelque sorte, le réalisateur applique la règle de base : les grands-parents ont un rôle unique, permettre à leurs petits-enfants de faire tout ce que les parents ne les autorisent pas à faire dans la joie et la bonne humeur faisant là une porte ouverte aux confidences.

Pourtant cette mamie sait aussi mettre le désordre et la pagaille, Chantal Ladesou fume des joints, boit comme un trou, aime les hommes et les femmes, joue la comédie pour parvenir à ses fins et amène ses petits-enfants sur le chemin du dépassement de soi pour qu’ils soient toutes et tous plus heureux. Elle va distribuer ses “bons” conseils de drague, ouvrir les yeux sur l’amour et souder encore plus les liens entre les enfants et les parents.

Le film brase des thèmes universels sans tomber dans le jeu de la guimauve ou alors sombrer dans la vulgarité. À aucun moment, le film ne décide de jouer du rire bien gras pour amuser le spectateur. Le scénario reste simple et humain sans devoir verser dans le graveleux ou le scatologique. Au contraire, cette mamie, c’est la tolérance, sans doute parce qu’elle veut vivre avec ses sept nains adorés, une jeunesse qu’elle n’a pas eu en élevant ses deux filles (Julie Gayet et Julie Depardieu). La tolérance passe par une ouverture d’esprit et de l’humour bien senti avec quelques répliques qui font mouche et jamais par la vulgarité qui sied tant à bon nombre de comédies françaises ces derniers temps.

Gabriel Julien-Lafferière a un véritable talent pour filmer les enfants. Il réussit à créerune histoire continue et solide malgré quelques facilités. C’est quoi cette mamie ?! est une véritable fantaisie sucrée, légère et profonde. Elle change de certaines comédies françaises actuelles balourdes et mal ficelées. À charge au réalisateur, désormais, de suivre cette petite bande dans l’âge étudiant et leurs amours pour savoir comment ils vont évoluer. Un troisième épisode logique où les parents pourraient bien reprendre leur rôle pour gérer les peines de cœur et les envies d’avenir. Pourquoi pas en vivant quand même encore sous le même toit ? Des jeunes devenus jeunes adultes, juste ce qu’il faut pour mettre un petit peu plus de gravité dans la légèreté.

Gabriel Julien-Lafferière pourrait bien prendre une nouvelle dimension et occuper la place vacante en France d’auteur de comédie sociale pour jeunes adolescents, sur les affres et les joies de l’entrée dans l’âge adulte qu’il commence à esquisser avec l’introduction d’une romance gay. Il y a là un chemin possible : à lui de décider s’il souhaite poursuivre dans cette voie car il en a l’étoffe et l’énergie.


« C’est quoi cette mamie ?! est une véritable fantaisie sucrée, légère et profonde. Elle change de certaines comédies françaises actuelles balourdes et mal ficelées. »


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