Carnivores réalisé par Jérémie et Yannick Renier [Sorties de Cinéma VoD]

Synopsis : «Mona rêve depuis toujours d’être comédienne.
Au sortir du Conservatoire, elle est promise à un avenir brillant mais c’est Sam, sa sœur cadette, qui se fait repérer et devient rapidement une actrice de renom.
À l’aube de la trentaine, à court de ressources, Mona est contrainte d’emménager chez sa sœur qui, fragilisée par un tournage éprouvant, lui propose de devenir son assistante.
Sam néglige peu à peu son rôle d’actrice, d’épouse, de mère et finit par perdre pied. Ces rôles que Sam délaisse, Mona comprend qu’elle doit s’en emparer. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Le passage d’un acteur derrière la caméra a donné son lot de très bons long-métrages (Ben Affleck dont la filmographie en tant que cinéaste est un quasi sans fautes) tout comme de très mauvais films. Le passage du premier long-métrage d’un acteur en tant que cinéaste représente une étape périlleuse, où l’œuvre peut-être ou non à la hauteur des ambitions de son cinéaste. Premier long-métrage des frères Jérémie et Yannick Renier, Carnivores représente la projection des deux frères acteurs à travers deux sœurs, Mona (Leila Bekhti) qui sort du conservatoire mais ne parvient pas à décrocher un grand rôle, et Sam (Zita Hanrot) qui devient une actrice de renom. Un effet miroir de la situation des frères Renier, Jérémie étant plus célèbre que son frère à l’époque où naît l’idée de ce premier long-métrage qui était d’abord destiné à être une comédie. Puis Carnivores devient au fil de l’écriture un thriller psychologique, les frères Renier souhaitant explorer les pulsions sombres et profondes de leur fraternité en y insufflant un aspect mythologique. Les personnages féminins de Carnivores sont donc des doubles de leurs auteurs, le sexe opposé étant probablement une manière de marquer une barrière entre la fiction et la réalité. Les intentions des cinéastes sont louables et ambitieuses, mais l’écriture de ce premier long-métrage possède son lot de failles derrière une réflexion pas si inintéressante.

« On ne retient de Carnivores qu’un thriller psychologique lambda alors qu’il aurait pu être une véritable réflexion œdipienne sur la relation fraternelle. »

On sent la volonté des frères Renier de créer un trouble, une impression de double, de reflet miroir dans le duo d’actrices que composent Leila Bekhti et Zita Hanrot. Certaines fulgurances esthétiques témoignent de cette volonté dans la mise en scène : créer une juxtaposition entre les ressemblances physiques des deux sœurs, notamment sur les plateaux de tournages qui composent les décors du long-métrage. Les frères Renier projettent à l’écran leurs expériences d’acteurs. Dans un plan rapproché, Mona observe sa sœur sur un moniteur aux côtés du réalisateur, admirant son double fantasmé à travers une image cinématographique. Il y a quelques compositions de plans qui laissent espérer une réflexion sur le double cinématographique idéalisé. La jalousie de Mona aurait pu prendre des allures autant cinématographiques que psychanalytiques. Mais malheureusement, l’écriture maladroite des deux auteurs se contente de rester dans les sentiers balisés d’une réflexion digne d’une psychologie de comptoir. On a finalement le droit au cliché de la jalousie « maman t’a toujours préférée à moi » (ne mère interprétée avec subtilité par Hiam Abbass), une jalousie-cliché et prévisible qui en devient grossière par sa facilité d’écriture. Là où le trouble aurait pu être bien plus pervers pour un film de genre, il n’en ait rien. Et le trouble entre les deux sœurs n’apparaît jamais réellement à l’écran.

Leila Bekhti et Zita Hanrot composent un duo d’actrices de qualité qui sauve par moment le long-métrage du naufrage. L’écriture stéréotypée et maladroite du scénario ne leur rend pas justice, encore moins à l’excellent acteur-réalisateur Johan Heldenbergh qui campe une caricature plus que gênante du cinéaste de films d’auteur, tordu et malsain, qui pousse son actrice à bout pour arriver à ses fins artistiques. Il ne manquait plus qu’un final prévisible, versant dans le film de genre gratuit, laissant un message amer sur la psychologie de sa protagoniste féminine pour enterrer définitivement les quelques fulgurances esthétiques du long-métrage.

Carnivores prouve que les ambitions de ses auteurs, aussi louables soient-elles, ne suffisent pas à faire un premier long-métrage réussi. Malgré quelques fulgurances esthétiques qui aurait pu transcender les propos de ses auteurs, le premier long-métrage des frères Renier souffre d’une maladresse d’écriture plus que gênante qui estompe totalement le trouble entre ses personnages féminins malgré des comédiennes de qualité. On ne retient de Carnivores qu’un thriller psychologique lambda alors que ce premier long-métrage aurait pu être une véritable réflexion oedipienne sur la relation fraternelle. Le résultat n’est qu’un vulgaire thriller psychanalytique pour les nuls. Un premier long-métrage qui sonne comme un beau gâchis.

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs. 


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