Café Society (Critique | 2016) réalisé par Woody Allen

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Synopsis : “New York, dans les années 30. Coincé entre des parents conflictuels, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d’étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l’engager comme coursier. À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux. Malheureusement, la belle n’est pas libre et il doit se contenter de son amitié.
Jusqu’au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l’horizon s’éclaire pour Bobby et l’amour semble à portée de main…”

Il a 80 ans, approche des 50 réalisations pour le cinéma, mais semble ne pas vouloir s’arrêter. Woody Allen est un électron libre dans le monde du cinéma. Un électron lbre qui a imposé sa propre marque de fabrique, une façon de faire qui fait dire au spectateur : “tiens c’est du Woody Allen”. On peut critiquer cet enfermement volontaire de sa part, mais on peut également dire que malgré quelques fausses notes, la sortie d’une nouvelle réalisation de sa part est un événement. Un événement annuel depuis 2003 et la sortie de la comédie romantique “Anything else, la vie et tout le reste“. Un film de fiction par an, avec des films mineurs et des films majeurs, mais qui restent tous et toutes des films de Woody Allen. Des comédies romantiques majoritairement, mais avec des nuances. La satire, le burlesque, la comédie noire… il s’est essayé aux différents types de comédies romantiques que l’on peut imaginer. Chacun à ses préférences et c’est finalement ce qui fait le charme d’un film de Woody Allen. Ils divisent, mais on en parle avec plaisir, car ce ne sont pas des films binaires. Ils ont tous et toutes des qualités, mais également des défauts. Ce qui est le cas de sa nouvelle réalisation, Café Society.

Présenté lors de la 69e édition du Festival de Cannes, Café Society a en effet, tout d’un film d’ouverture pour ce festival. Cannes est un événement indéniable pour le cinéma français et international que l’on aime ce festival ou non. Une fête pour le cinéma et une fête à part entière pour ceux qui sont sur place. Chic, glamour et élégance sont les mots d’ordre du festival. Mots d’ordre qui conviennent parfaitement au film qui en fait l’ouverture cette année (2016). Café Society est un film glamour, une plongée au cœur d’un milieu chic où se rencontrent célébrités exubérantes, charmantes, mais également narcissiques. Tous les stéréotypes de l’image de l’acteur hollywoodien sont réunis dans des cadres idylliques et aux décors chatoyants afin de faire sourire le spectateur. Pour cette nouvelle réalisation, Woody Allen délaisse une nouvelle fois les rues du New York post 1990 pour offrir aux spectateurs une plongée dans les années 30. Choix intéressant puisqu’à l’encontre de ceux opérés par des réalisateurs et réalisatrices comme Noah Baumbach et Rebecca Miller qui au travers de leurs derniers films respectifs utilisaient New York, tel que Woody Allen pouvait le faire dans nombreuses de ses réalisations. Cependant, même si l’action se déroule en partie à New York, cette dernière est littéralement invisible. Ce qui intéresse le cinéaste américain dans ce film, ce sont les personnages, ce que ces derniers représentent au sein de la société à laquelle il appartienne et vis-à-vis des autres. La ville n’est qu’un prétexte et n’est jamais réellement présente à l’image. Les intérieurs luxuriants, ou à l’inverse, modestes, voire insalubres, sont privilégiés afin de mettre en évidence puis en parallèle les deux modes de vie dépeints au travers du film.

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La subtilité n’est ici, pas le fort de Woody Allen. Que ce soit dans les choix de décors, dans la direction d’acteur ou dans l’écriture même de son histoire, il reproduit à l’exactitude ce que faisaient à l’âge d’or hollywoodien certains cinéastes tels que George Cukor ou encore Leo McCarey. Un mal pour un bien direz-vous. Au travers de Café Society, Woody Allen réalise plus qu’un hommage au cinéma des années 30 à 60, il le reproduit. Une reproduction qui passe par des gimmicks de mise en scène, de montage (les fameuses transitions qui aujourd’hui, utilisés hors contextes sont affreuses) ou encore de narration avec l’utilisation d’une voix off extérieure à la diégèse. Woody Allen se plonge lui-même dans cette époque à laquelle il semble vouloir appartenir. Il tente de la faire revivre le temps de son film et il le fait de belle manière. Cependant, cette volonté de faire de nouveau ce que certains faisaient admirablement à l’époque place le cinéaste américain uniquement dans leur sillage sans pouvoir les dépasser et tenter de faire autre chose. Woody Allen ne fait que reproduire quelque chose qui a déjà été fait. Il le fait bien, mais n’en fait ni plus ni moins.

Visuellement irréprochable grâce à une gestation incroyable de la lumière signée Vittorio Storaro, c’est ce travail sur la lumière qui va donner au film son charme véritable. Là où la direction d’acteur peine à convaincre (trop théâtrale, dans la démonstration plus que dans l’expectation) et à donner un résultat naturel, ce rendu visuel permet de faire de chaque nouvelle scène, un nouveau tableau. Un tableau qui a ses aspérités ou un rendu totalement lisse afin de retranscrire la société qu’il dévoile, sa colorimétrie propre et la mise en lumière (comme si celle-ci venait du soleil, venait éblouir les personnages) de ses protagonistes. Le travail sur la lumière à un sens, un sens plus profond et élaboré que ne possède le récit en lui-même. Un récit cliché, prévisible et aux personnages stéréotypés, mais néanmoins sauvés par un dynamisme irréprochable dans le phrasé. Une touche de modernité que Woody Allen réussit à inculquer à un film aux rouages anciens et révolus. Il en va de même pour la réalisation, très soignée et qui par de simples mouvements et choix de cadres ou de focales, réussit à donner du sens à la scène.


En Conclusion :

Café Society, un cru 2016 en demi-teinte. Par le biais de ce film, Woody Allen s’offre une plongée à l’âge d’or hollywoodien, qui n’est qu’un simple contexte afin de mettre en lumière un trio amoureux comme à l’époque. Indiscrétions, Elle et lui… Woody Allen cite Cary Grant dans son film – à l’image de nombreux acteurs, scénaristes, producteurs… – et reproduis le schéma du film avec Cary Grant. Un trio amoureux classique dans son déroulé, dans ses rouages et dans la caractérisation de ses personnages. Un retour dans un passé révolu, mais qui finalement pas déplaisant grâce à un dynamisme fou dans le dialogue et à un travail enchanteur sur la lumière. Tout passe par la lumière, par le travail réalisé par le fabuleux Vittorio Storaro. Sans ce dernier, le film n’aurait été qu’une simple comédie romantique au casting charmant, mais lisse et désuet. La musique jazzy omniprésente dans le film, démontre que le cinéaste américain avait besoin de quelque chose afin de combler et de donner du cachet à son film. Il n’est pas mineur, n’est pas majeur pour autant, mais a le glamour et le charme suffisant pour une ouverture du Festival de Cannes.

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