Ça réalisé par Andy Muschietti [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Plusieurs disparitions d’enfants sont signalées dans la petite ville de Derry, dans le Maine. Au même moment, une bande d’adolescents doit affronter un clown maléfique et tueur, du nom de Pennywise, qui sévit depuis des siècles. Ils vont connaître leur plus grande terreur… “


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Si on exempt Shining réalisé par Stanley Kubrick, on ne peut pas dire que le romancier Stephen King a toujours été gâté par les adaptations de ces œuvres au cinéma. Quelques exemples prouvent qu’il est possible d’en sortir du bon (Christine, Misery, La Ligne Verte), mais qu’il est surtout possible d’en sortir un fourre-tout brouillon et confus (La Tour Sombre…). Baser un long-métrage sur une œuvre de Stephen King, revient à courir un marathon sans y être prêt. Tout est possible… surtout l’échec. 2013, date de sortie du film Carrie, la vengeance réalisé par Kimberly Peirce avec Chloë Grace Moretz dans le rôle titre. Remake inutile sur le papier, dont le résultat nous a finalement bel et bien prouvé qu’il l’était. Qu’attendre dans ces conditions de l’adaptation du roman Ça ? Alors que le cinéma hollywoodien devient un business infernal où les auteurs n’ont plus leur place, comment s’attendre à découvrir une œuvre qui pourrait bien marquer les esprits ? Réponse : en ne s’y attendant tout simplement pas. Réalisé par le jeune Andy Muschietti et écrit à six mains par Chase Palmer, Cary Fukunaga et Gary Dauberman (Annabelle, Annabelle : Création…), le projet Ça n’avait rien pour exciter la toile. Rappelant simplement le film Mama, le nom Andy Muschietti n’était encore pas suffisamment évocateur pour titiller les cinéphiles et mordus d’horreur. Et il en va de même pour le casting, porté par de jeunes inconnus de surcroit. Jusqu’à ce que le studio de production en charge du film, Warner Bros, ne dévoile un premier Teaser Trailer rassurant, ainsi que le nouveau look du clown psychopathe Pennywise. Un maquillage terrifiant, un costume à la fois évocateur de celui porté par Tim Curry dans l’adaptation de 1990 et novateur. Terrifiant, tout en étant fascinant et hypnotique grâce à ce regard perçant et ce sourire glaçant.

Comme à son habitude, le studio Warner Bros n’a pas lésiné sur le marketing. Plus la sortie du film approchait, plus on en voyait, plus Pennywise était présent sur les réseaux sociaux. Un marketing abusif rapidement effacé par un marketing viral dû à des premiers retours dithyrambiques de la presse professionnelle. De quoi se méfier, tout en étant intrigué. De quoi se faire un avis constructif et objectif, qui même si foncièrement subjectif comme tout bon avis qu’on le veuille ou non. Oui, Ça est bel et bien le film d’épouvante de cette année 2017. À l’heure des films d’horreur conventionnels et consensuels, Ça fait frissonné le spectateur assidu et dans l’attente de renouveau. Le film ne révolutionne cependant en rien le genre, mais il lui offre le coup de pied au cul bienvenu et attendu. De la musique omniprésente, au sound design horripilant (des bruitages exagérés afin de chercher à faire peur, afin de faire sursauter le spectateur continuellement), le film Ça possède les tares devenues habituelles du cinéma d’épouvante moderne. Des défauts qui ne lui permettent pas d’être catégorisé comme un Grand Film de cinéma, mais dont le spectateur fait rapidement outre grâce à une direction d’acteurs et une mise en scène somptueuse.

Acclamé en 2013 pour son premier long-métrage en tant que réalisateur, Mama (71 588 220 millions de dollars de recettes aux US pour un budget d’environ 20 millions), Andy Muschietti se révèle véritablement avec le film Ça. Des cadres soignés (même si trop de contre plongées qui donnent un sentiment de redondance assez désagréable), une esthétique globale cohérente et de qualité, des mouvements de caméra fluides et agréables à l’oeil, mais c’est avant tout sa mise en scène qui lui permet de happer le spectateur. Il ne déroge pas à certaines règles inhérentes au cinéma d’épouvante (personnage qui suit quelque chose d’étrange, réactions pas toujours naturelles…), mais réussi à caractériser avec justesse ses personnages sans jamais les décrédibiliser. L’intello à lunettes peureux, le “petit gros” qui n’a aucune répartie… les clichés du genre en somme. Chaque personnage répond à un stéréotype, mais ils ont du caractère et du répondant. Il aurait été facile d’accentuer la facette de “loser” de chaque adolescent, de les décrédibiliser par la mise en scène afin de créer une empathie. Ce que le réalisateur Andy Muschietti ne fait en rien. Au contraire, il va s’appuyer sur les scènes où ils sont tour à tour mis à mal afin de créer une dynamique de groupe, tout en créant un attachement singulier entre le spectateur et le groupe. Il n’y a plus d’individualité face au spectateur (comme à Pennywise), mais bien une seule unité. Tel Pennywise, Andy Muschietti va tenter de les séparer par sa mise en scène afin de disloquer cette unité. Ce qui va renforcer cette notion de groupe construite tout au long de l’histoire et véritable pierre angulaire du “plan” du clown psychopathe.

“Il n’y a pas de film sans un bon méchant”, et que dire de celui que désigne le titre de l’œuvre : Pennywise. Un antagoniste terrifiant grâce à l’interprétation remarquable de l’acteur Bill Skarsgård et la façon de le mettre en scène d’Andy Muschietti. De la mise en scène théâtralisée lors de ses apparitions ramenant le personnage à ses origines (un clown NDLR), aux superbes effets de distorsions cohérents à l’aspect fantasque et fantasmagorique du personnage et de son histoire. Pennywise est un personnage aussi terrifiant que fascinant, terriblement bien mis en scène et dont le background est joliment exploité afin d’en faire un antagoniste unique dont chaque apparition s’avère mémorable. Andy Muschietti s’approprie avec justesse l’œuvre de Stephen King. Tel ce dernier, le cinéaste cherche à créer un attachement immédiat entre le spectateur et les personnages, à l’inverse de Stanley Kubrick qui s’en détache froidement. Un scénario téléphoné et prévisible, mais aux problématiques intéressantes (vaincre ses peurs par le prisme de la parentalité et du passage de l’adolescence à l’age adulte), aussi bien posées que développées et explicitées par la mise en scène, sans jamais sombrer dans la surenchère. Superbement mis en scène et interprété, Ça offre de beaux moments de terreur malgré un sound design agaçant, car totalement inutile. On en vient encore et toujours à se demander : “Quand la mise en scène suffit à instaurer la terreur, pourquoi chercher à en faire plus, mise à part ruiner une œuvre ?”.

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