ÇA : Chapitre 2, la déconstruction de la peur par le prisme du spectacle

Synopsis : « 27 ans après la victoire du Club des Ratés sur Grippe-Sou, le sinistre Clown est de retour pour semer la terreur dans les rues de Derry. Désormais adultes, les membres du Club ont tous quitté la petite ville pour faire leur vie. Cependant, lorsqu’on signale de nouvelles disparitions d’enfants, Mike, le seul du groupe à être demeuré sur place, demande aux autres de le rejoindre. Traumatisés par leur expérience du passé, ils doivent maîtriser leurs peurs les plus enfouies pour anéantir Grippe-Sou une bonne fois pour toutes. Mais il leur faudra d’abord affronter le Clown, devenu plus dangereux que jamais… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…
Prendre en considération que notre avis est fondé uniquement sur l’oeuvre cinématographique dont il est question et sans avoir lu le livre dont elle est l’adaptation.

D’abord repoussé et contesté, avant d’être adulé et moulé malicieusement afin de rentrer dans des cases et atteindre un plus large public. Il aura suffit d’un film, Paranormal Activity en l’occurrence, pour démocratiser le genre et faire de l’épouvante un phénomène. Cultiver la peur, attiser un public extrêmement large dans les salles obscures avec un large panel de films d’épouvantes calqués sur un seul et même moule. Tel que peut l’être le genre de la comédie en France, l’épouvante est rapidement devenue un genre dont on parle malheureusement uniquement par le prisme de ces films qui ne nous intéressent fondamentalement pas. Ceux que l’on nomme entre nous “films de producteurs”, car fabriqués à partir de ces films qui ont su se débarquer, créer la surprise et attirer les foules dans les salles. Néanmoins, on va les voir, car à chaque fois on a envie d’y croire, on a envie de croire en ce nouveau réalisateur qui peut-être aura su se démarquer à son tour grâce à une liberté créative inopinée, une simple chance ou qui sait… du talent ! Tel est l’effet qu’avait pu nous faire ressentir en 2017 le cinéaste Andy Muschietti avec son second long-métrage intitulé ÇA.

S’il reposait sur des codes de mise en scène déjà employés par le passé, le cinéaste démontrait néanmoins l’envie de vouloir dépasser le stade du simple film grand huit. Un film à la mise en scène suffisamment bien pensé pour faire de sa créature un croquemitaine terrifiant. Toujours dans l’ombre, invisible à l’œil nu, mais omniprésente, pénétrant votre subconscient pour vous faire comprendre que vous ne lui échapperez pas. De bien belles idées de mise en scène, joliment développées par une bande originale au thème principal lancinant et à la direction de la photographie impeccable. Un film sale, éprouvant, terrifiant et qui osait -tel que Stephen King le faisait dans son livre de manière exponentiel- traiter de thématiques extrêmement difficiles avec comme seul et unique point de vue, celui des enfants. Même si non dénué de défauts, il était une sorte d’exception dans le carcan du blockbuster d’épouvante. 700 millions de dollars de recettes et deux années après, Pennywise est de retour avec ÇA : Chapitre 2. On prend les mêmes et on recommence. Ne pas tarder, se servir des souvenirs encore frais dans la tête des spectateurs pour tenter de réitérer un tel succès au box-office. Facile à dire, mais clairement pas facile à faire.

Adapté du roman à succès éponyme écrit par Stephen King et publié en 1986, ÇA : Chapitre 2 situe son action 27 ans après les événements survenus durant le premier film. De nouveaux enlèvements d’enfants ont été signalés dans la ville de Derry et tel qu’ils se l’étaient juré, les membres du club des Losers doivent revenir dans leur ville natale et faire face à leur passé respectif afin de tuer une bonne fois pour toutes Pennywise. À peine besoin de lire entre les lignes afin de comprendre que l’histoire de cette suite marche sur les plates bandes du premier opus. Beverly Marsh, Bill Denbrough, Richie Tozier, Mike Hanlon, Ben Hanscom, Eddie Kaspbrak et Stanley Uris vont tour à tour devoir une nouvelle fois affronter leurs démons intérieurs afin de combattre Pennywise. Se contenter de la redite et caractériser ces personnages comme des adultes qui face à la peur redeviennent des enfants. Au-delà de la redite consternante et éprouvante, car pour rappel le film dure 2h50, ÇA : Chapitre 2 déçoit en occultant -par fainéantise ?- le fait que les membres du club des Losers sont devenus des adultes. Attaqués chacun à leur tour par Pennywise -une structure narrative calquée sur celle du premier film-, les personnages vont apparaître comme désemparés et irresponsables, ne trouvant aucune solution à leur problème mis à part hurler et fuir. Il faudra, évidemment, attendre le climax pour que la remise en question survienne et qu’ils comprennent qu’il leur faut s’unir pour faire face à leurs peurs les plus profondes. Au-delà de la risibilité de la chose, c’est surtout une redite exemplaire de l’histoire et des différents sous-textes que développait le scénario du film ÇA : Chapitre 1. Une histoire, et un scénario dans les plus grandes lignes, pas aidés par une mise en scène bien moins inspirée.

Qui dit redite scénaristique, dit fondamentalement redite dans la manière de faire les choses. Difficile, pour ne pas dire impossible, de se renouveler en à peine quelques mois avec l’exacte même équipe derrière la caméra. Le cinéaste tente néanmoins de pallier à ce problème en allant dans le sens de ce qui marche, ce qui fait rage au sein de la production moderne à Hollywood, à savoir : faire le show. À l’instar du premier film qui tentait par la création musicale, ainsi que par la mise en scène, à instaurer des ambiances et un suspense haletant alors qu’il ne se passait fondamentalement rien à l’image, ÇA : Chapitre 2 mis tout sur le spectaculaire. À chacun sa créature, à chacun sa transformation et un Pennywise qui fait le show le gueule grand ouverte toutes les trois minutes et demie. Du rêve éveillé terrifiant grâce à sa gestion du hors champ au grand huit consternant, car affublé de créatures et d’effets surréalistes. Le numérique n’est en soi pas un problème, le film est en ce sens une nouvelle démonstration technologique bluffante de la part des équipes canadiennes de Rodéo FX. Il le devient néanmoins, à partir du moment où il est l’élément principal et fondamental de chacune des séquences. ÇA : Chapitre 2 repose sur une structure narrative qui se veut être une accumulation de séquences dont la finalité de chacune d’entre elles va être une apparition. Apparitions qui, majoritairement, ne sont même pas des représentations de la peur de chacun des personnages. Ce ne sont que de simples créatures qui sont là pour créer de l’action et faire sursauter le spectateur lors de leurs apparitions respectives avec de simples jump-scare créés par un jeu de champ/contre-champ et un mixage sonore grandiloquent qui fait constamment croître ou décroître une tension. Ce qui par déduction logique, élimine toute forme de tension, car on sait quand quelque chose va apparaître à l’image.

Redite du premier épisode auquel l’on aurait développer l’aspect grandiloquent et spectaculaire au détriment de toute forme de stresse, d’angoisse ou de peur, ÇA : Chapitre 2 est l’exemple type du film de commande qui fait ce que le département marketing et les algorithmes lui imposent de faire. Du spectacle en veux-tu en voilà, quitte à enchaîner les incohérences et créer des artifices visuels -surplus d’effets numériques qui détruit toutes formes de peur- afin d’y palier. À l’instar des grandes lignes de son prédécesseur, ÇA : Chapitre 2 n’est qu’un vulgaire grand huit qui n’a d’horrifique que l’écriture de son scénario. Néanmoins, et malgré son nombre bien trop important de défauts, il n’en demeure pas moins un grand huit efficace. Si laborieuse et interminable, sa structure narrative permet d’enchaîner frénétiquement les séquences d’action sans perdre une seule seconde. Si l’on se doit d’être sincère, en terme de divertissement pur et dur, ÇA : Chapitre 2 fait la job et le grand public qui cherchera à se divertir sans avoir à frissonner de terreur, aura largement de quoi être conquis. De la réalisation au montage, en passant par le découpage ÇA : Chapitre 2 est un produit qui tire son efficacité de son moule de provenance. Conventionnel, didactique au possible, mais encore une fois, dynamique et spectaculaire. Porté par un casting convaincant, ainsi que des effets spéciaux de très belle facture, on se laisse prendre au jeu sans grande difficulté. Dommage que le tout soit au service du néant.

Aussi bons soient-ils, Jessica Chastain, James McAvoy, Bill Hader et autres Jay Ryan n’ont malheureusement pas grand-chose à jouer et sont tirés par le bas par une mise en scène d’une banalité folle et un scénario encore une fois, exaspérant. Pris au piège par le scénario, Andy Muschietti n’a d’autre choix que de devoir sans cesse casser l’alchimie entre les membres du groupe. Devoir les séparer encore et toujours, cassant toute dynamique et par déduction, toute possibilité de créer de l’émotion et caractériser ses personnages. On en retiendra néanmoins quelques courtes et rares séquences. Quelques moments de calme et d’émotion dédiés au développement du traumatisme qui refait surface en chacun des personnages. Ce PTSD ancré en chacun d’entre eux, ce traumatisme refoulé qui refait surface et qu’ils vont devoir affronter. Élément scénaristique utilisé généreusement par le scénariste dès lors qu’il ne savait plus comment justifier l’action ou la réaction d’un personnage, mais élément néanmoins intéressant vis-à-vis de l’histoire globale que partagent les deux films.


« Le spectacle au détriment de la construction de l’angoisse et d’une tension palpable. ÇA : Chapitre 2, ce grand huit hollywoodien qui revoit Pennywise à sa fonction première : celle d’un simple clown de spectacle. »


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