Brooklyn Village (Critique l 2016) réalisé par Ira Sachs

brooklyn-village-film-deauville-2016

Synopsis : “Une famille de Manhattan hérite d’une maison à Brooklyn, dont le rez-de-chaussée est occupé par la boutique de Leonor, une couturière latino-américaine. Les relations sont d’abord très cordiales, notamment grâce à l’insouciante amitié qui se noue entre Tony et Jake, les enfants des deux foyers. Mais le loyer de la boutique s’avère bien inférieur aux besoins des nouveaux arrivants. Les discussions d’adultes vont bientôt perturber la complicité entre voisins.”

Grand Prix du dernier Festival de Deauville, Ira Sachs ne pourra pas dire qu’il n’aura pas été patient. Lors de ses précédentes visites de la station balnéaire française, il était toujours reparti bredouille. Et pourtant, il a construit une œuvre intéressante sur l’intime : un petit grain de sable dans l’engrenage et tout bascule. L’addiction aux drogues qui pourrait ruiner un couple qui se rencontre dans Keep the lights on et un déménagement qui pousse un vieux couple homosexuel à devoir aller vivre chez des amis, mais séparément dans Love is Strange. À chaque fois, il occulte l’intime pour mieux proposer une tranche de vie où finalement la vie n’est pas si facile même s’il y a beaucoup d’amour.

D’après les critiques, cela n’était pas forcément le choix tant la programmation fut belle et éclectique cette année… tout le monde voyait Sing Street, dont nous parlerons prochainement. Est-ce que le prix est usurpé ? En l’absence de comparaison possible, je ne resterai que sur la critique de Brooklyn Village qui m’a emporté malgré un mauvais point : le titre. Pourquoi en France faut-il toujours que nous traduisions le titre original par un autre titre en anglais ? Ici, ce Brooklyn Village est en fait l’histoire d’une amitié entre deux jeunes adolescents qui vont grandir un peu plus vite face au conflit qui va opposer leur famille respective pour devenir des petits hommes soit les Little Men du titre original. Encore une chronique adolescente me direz-vous ? Oui, mais une chronique où les adolescents sont sans doute plus adultes que leurs parents respectifs, car leur amitié doit être à toute épreuve. Notamment celle de l’affrontement des parents face à une situation financière, un bail à renégocier.

brooklyn-village-1 Copyright Version Originale / Condor


L’histoire est là : quand la famille Jardine (jeu de mots sans doute, on y reviendra) hérite de la maison paternelle à Brooklyn, elle envisage de modifier le bail du magasin qui se trouve juste en dessous de chez eux. Leonor a une boutique de vêtements qui n’est plus dans les beaux jours, mais qui pourtant est dans un quartier huppé au potentiel certain. C’est là que son fils, Tony, passe ses journées entre console et parties de football. Avec l’installation de Brian et de son épouse arrive Jake qui va vite devenir le meilleur ami de Tony. Mais ses parents découvrent très vite tout l’intérêt à reprendre possession de cette boutique pour en retirer un revenu supplémentaire.

Face à l’amitié qui grandit entre les ados, c’est la mésentente entre les parents qui aggravent leur sérénité. Et c’est dans le jardin de la famille Jardine (oui Sachs y a pensé) que Leonor et Brian vont s’affronter pour se dire les choses : un bail à augmenter, car Brian a besoin d’argent pour faire vivre sa famille face à l’amitié que Leonor avait pour le père de celui-ci. Elle lui annonce les raisons des absences de celui-ci aux fêtes de famille et pourquoi il se liait plus à elle qu’à ses propres enfants… de moments de colère sourde et froide en silence de la part des enfants, le film montre que ce sont les plus jeunes qui sont les vrais adultes de ces deux familles : les Little men en question.

Ira Sachs arrive à montrer de façon simple que l’Amérique n’a pas changée : le plus fort écrase toujours le plus faible, au détriment des enfants, au détriment des cultures et de l’intégration. En effet, le réalisateur montre aussi que la communauté latino-américaine est exploitée par la communauté WASP toujours puissante aux USA. Et on en revient même au mythe des premiers occupants : c’est le titre de propriété qui définit qui a le pouvoir. Si Theo Taplitz et Michael Barbieri monopolisent l’écran tant leur amitié est d’une réalité non feinte entre admiration, amour, découverte de soi, affirmation de sa sexualité), il est agréable de redécouvrir Greg Kinnear en petit acteur poussif qui obéit à sa sœur, à sa femme donc sous la coupe de celles qui l’obligent à perdre sa part d’humanité. Et puis Talia Balsa en Leonor est impeccable en femme de caractère qui veut garder sa boutique parce qu’elle est à la fois tout ce qu’elle a, tout ce qu’elle est et tout ce qui prouve qu’elle a réussi, notamment son histoire d’amitié avec le vieux Max, mais était-ce seulement de l’amitié ?


En Conclusion :

Un petit drame intimiste qui est en même temps une tranche de vie. Une histoire qui a le mérite de brasser les thèmes de l’amitié, de l’évolution, du passage vers l’âge adulte et du racisme ordinaire aux USA contre la communauté latino-américaine. Le film a aussi le mérite de révéler deux jeunes acteurs, les Little men de l’histoire, qu’il faudra suivre tant ils sont différents et absolument complémentaires : Theo Taplitz et Michael Barbieri. Sans être un grand film, Ira Sachs trace le sillon d’un cinéma du quotidien.

[usr 3]


Commentaires Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *