Bombshell (Scandale), une oeuvre incisive pour délibérément provoquer la parole

Synopsis : « Inspiré de faits réels, SCANDALE nous plonge dans les coulisses d’une chaîne de télévision aussi puissante que controversée. Des premières étincelles à l’explosion médiatique, découvrez comment des femmes journalistes ont réussi à briser la loi du silence pour dénoncer l’inacceptable. » 

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Si les années 2010 ont été marquées par de nombreux évènements aussi bien publics que politiques, c’est avant tout la montée du féminisme qui aura fait forte impression. Plus qu’un simple débat sur qu’est-ce que le féminisme, c’est avant tout cette prise de parole qui a été marquée et marquante. La prise de paroles de femmes usées et abusées par une société patriarcale jusqu’à la moelle. Faire surgir des mots, des maux, une violence que l’on pouvait pensé ne plus être d’actualité dans des pays qui se veulent modernes et développés tels que la France et les États-Unis pour ne citer qu’eux. Essayer d’arrêter les amalgames, faire tomber des préjugés et démontrer que oui, des hommes et des femmes de pouvoir usent de ce même pouvoir de manière abusive tout en étant protégés, car puissants et nécessaires à des hauts placés qui n’aimeraient pas se voir éclaboussées par des affaires aussi sordides. Un monde peu attractif, un monde que l’on aimerait être révolu, mais un monde qui est bel et bien le nôtre. Les Hommes du Président, Spotlight, Grâce à Dieu, The Front Runner, Pentagon Papers, Dark Waters (pour citer les plus évidents et récent pour le dernier)… les films journalistiques ne manquent pas au cinéma. La réalité dépasse la fiction, elle est une fiction bien réelle souvent édulcorée pour ne pas donner l’impression que l’on parle d’un fait ayant réellement existé. Il faut fictionnaliser pour que le récit puisse prendre vie et tenir en un espace de temps moyen de 120 minutes. Créer une histoire sans déformer la réalité, sans arrondir certains contours pour viser juste et marquer l’esprit du spectateur.

Si certains des films cités avaient pour but, d’informer le spectateur tout en lui offrant une œuvre cinématographique techniquement suffisamment pertinente pour ne pas sombrer dans le documentaire qui se dit ne pas en être un, Bombshell va à l’encontre de ces derniers. Il est un film à part, un mélange des genres qui tient tout autant de l’enquête journalistique que du film sportif pour son intensité et son parti pris radical. Bombshell raconte l’histoire du scandale survenu à Fox News en 2016, accusant le président de la chaîne Roger Ailes, de harcèlement et d’agression sexuels à l’encontre de plusieurs journalistes. Si cette histoire aurait pu être contée par le biais d’un point de vue extérieur à la situation et aux locaux de Fox News -tel un film journalistique classique- Bombshell prend le penchant inverse en étant un film qui opte pour le point de vue des victimes. Un film qui ose, qui prend parti et qui va développer le portrait de l’agresseur par le prisme du point de vue de plusieurs journalistes victimes. Plonger le spectateur au cœur d’une société patriarcale et machiste contrôlée de main de fer par un homme pour lequel la femme est un élément aguicheur et sexy que l’on se doit d’utiliser pour s’enrichir et pour son propre plaisir. Prise de position qui donne au film des allures e marche révolutionnaire qui en énervera plus d’un.e pour la non-subtilité avec laquelle il dresse un portrait manichéen de ses personnages. Ce qui fondamentalement n’est pour nous pas un problème puisqu’il se veut être un film à charge. Il opte pour un point de vue, opte pour la radicalité, mais ne va pas pour autant occulter toutes les réalités.

Au-delà du film à charge, Bombshell démontre avec assiduité et intelligence pourquoi il est si difficile de parler et de se dresser contre la hiérarchie. Démontrer qu’il est loin d’être simple de faire une croix sur le travail de ses rêves, sur un futur très certainement radieux et rêver à cause d’une prise de position. Démontrer qu’il est finalement peut-être plus facile de se taire et de prendre sur soi pour (sur)vivre, car se dresser contre une personne de pouvoir c’est certainement se heurter à avoir beaucoup de mal à retrouver du travail. Se heurter à un mur qui peut à tout moment nous tomber dessus. Un point de vue radical qui fondamentalement semble nécessaire pour aborder avec justesse un questionnement aussi délicat et encore aujourd’hui tabou. Un film très bien écrit, juste et cohérent, beaucoup plus proche d’un uppercut lancé à la face de certain.e.s que d’une simple bouteille à la mer. Aller au bout de son propos, ne jamais faire demi-tour et faire preuve de détermination pour convaincre le spectateur et le transporter d’un pan à l’autre de l’histoire. Détermination, maître mot pour décrire la direction d’actrice donnée aux têtes d’affiche Charlize Theron et Nicole Kidman.

Le visage fermé. Pensives, avant de prendre acte et de se lancer dans ce qui pourrait être une mission suicide. Des actrices de charisme qui se donnent physiquement, les épaules redressées afin de tenir tête et d’avoir fière allure là où Margot Robbie incarne la jeunesse. Une jeunesse revendicatrice, mais avant tout énergique, pleine d’espoir et de naïveté qui, fondamentalement, va se heurter de plein fouet au même mur patriarcal que ses aînées plusieurs années auparavant. Des interprétations persuasives pour des personnages intéressants, car cohérents avec la mise en scène énergique et la réalisation incisive de Jay Roach. Réalisateur habitué à la comédie, Jay Roach signe ici une mise en scène extrêmement dynamique. Du mouvement, énormément de mouvement et une réalisation qui se veut à la l’ornière entre un certain classicisme et le faux documentaire. Exploiter le filon de la chaîne d’information afin de de transmettre par l’image l’intensité d’une rédaction comme celle d’une chaîne telle que Fox News. Du punch, du mouvement, une caméra qui n’a pas peur du zoom impromptu pour mettre en exergue un regard ou un geste significatif. Etre finalement au cœur de l’information, l’information étant ici le regard des interprètes. Lire une forme de colère, de détermination, de peur ou de traumatisme pour l’exploiter et la décupler.

Bombshell est une oeuvre cinématographique qui fonctionne et prend aux tripes puisque cohérente dans ses différents choix artistiques. Sa réalisation incisive qui insiste (choix des focales, zooms…) sur le jeu des personnages principales pour faire transparaître la peur et la détermination grandissante dans leurs regards. L’intensité d’un film de boxe au cœur d’une rédaction régit par une haute sphère patriarcale, machiste et où la femme est l’objet de fantasmes. Une radicalité frontale qui fonctionne, car Jay Roach et son équipe vont au bout de cette idée première qui est de dénoncer. Une idée qui va faire parler et qui va en décontenancer plus d’un, tant la subtilité n’est pas le maître mot de l’oeuvre. Un éléphant dans un magasin de porcelaine, conscient qu’il se doit de briser des objets un à un et faire du bruit afin de se faire remarquer, afin d’attirer l’attention sur lui pour au final parler. Ça ne plaira pas à tous, mais en tout cas nous ça nous parle tant on aime les œuvres qui ont une identité et qui tienne leur cohérence artistique.

« Uppercut rageur à la face des porcs qui abusent du pouvoir. Réelle déclaration de guerre envers ceux qui ne sont pas encore condamnés. Puissant, conscient, intelligent. »

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