BMS – The Rise of Thadland (Critique | 2016) réalisé par Lev L. Spiro

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Synopsis : “Pour sa troisième année sur le campus, Alex Moran est proclamé Roi de Blue Mountain State par ses pairs, en plus d’être promu pour la deuxième année consécutive quarter-back titulaire de l’équipe de l’université. Cependant, le destin de l’équipe va être chamboulé le jour où le nouveau doyen de l’école met aux enchères leur maison. Déterminés à conserver leur réputation de fêtards et par la même occasion leur propriété, Alex, ses coéquipiers et la mascotte Sammy  n’ont plus qu’une seule solution: forcer Thad Castle, ancien capitaine de BMS fraîchement drafté en NFL et nouveau millionnaire, à racheter la maison…”

Cinq ans. Cinq ans que les créateurs de Blue Mountain State, Éric Falconer et Chris Romano (alias “Romanski”, aucun lien avec Ray), promettaient à leur public un retour en trombe après annulation de la série par la chaîne Spike. Une campagne Kickstarter par-ci, une recherche de distributeurs par là, une équipe reformée pour l’occasion entre-temps; et le vœu de toute une galaxie de fans fut enfin réalisé lorsque ces mêmes personnes, accompagnés de Alan Ritchson et Darin Brooks, annoncèrent la sortie du film BMS – The Rise of Thadland, suite directe au show télévisuel, pour le 2 février sur de nombreuses plates-formes de téléchargement légal. Mais avant de parler plus en détail de l’adaptation cinématographique de la vie du campus le plus idiot des États-Unis, un petit retour en arrière sur la série s’impose.

Blue Mountain State (ou BMS) est une série comique de 39 épisodes répartis en trois saisons, créée en 2010. Elle raconte l’histoire de Alex Moran (interprété par Davin Brooks), quarter-back je-m’en-foutiste, qui intègre l’université et l’équipe de football américain de Blue Mountain State afin de boire, prendre un maximum de drogues et coucher avec beaucoup de filles. Il est principalement accompagné par Sammy (joué par Romanski lui-même), son meilleur ami et mascotte de l’école; et Thad Castle (Alan Ritchson), capitaine de l’équipe de BMS et indéboulonnable idiot, qui deviendra progressivement l’égérie du show.

L’intelligence de cette série, c’était justement de l’être le moins possible. Paradoxalement empli d’amour et de haine pour les œuvres ayant pour thème le foot US (on pense notamment à L’Enfer du Dimanche d’Oliver Stone, notamment dans le traitement du coach Marty Daniels, ou la série Friday Night Lights par Peter Berg), elle a aussi comme originalité de ne jamais montrer un seul match de foot américain, à l’exception du final du show. Série anti-système du début à la fin, elle a su constamment provoquer l’hilarité en creusant très profondément dans le politiquement incorrect. Mais attention, ne mettez pas si vite BMS en relation avec South Park ou Les Simpson, ici le sous-texte n’existe pas: ça boit, ça fume, ça baise, mais ça ne réfléchit jamais. Ce mois-ci est donc sortie la conclusion aux aventures de ces dégénérés, et elle était très attendue au tournant…

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Mais malheureusement, le mot “échec” pointe son nez sur les coins de chaque plan. Romanski et Falconer ont remis sur le tapis les (pourtant peu nombreux) pires poncifs scénaristiques de la série, sans jamais apporter un quelconque relief à leurs personnages. La transposition d’une fiction sérielle sous forme de long-métrage a toujours eu besoin d’un approfondissement accru d’un univers, cela va de soi. Et les deux showrunners ont dû y réfléchir bien avant la production du film puisqu’une ébauche de l’enfance de Alex Moran et de Thad Castle se faisait sentir à de nombreuses reprises dans la dernière saison. Malgré cela, tout semble ici être revenu au stade zéro: ne reste désormais qu’un recyclage facile, voire abusif, des trois saisons. Toute la profondeur de caractérisation que laissaient entrevoir les treize deniers épisodes s’évaporent en deux temps trois mouvements. Ce qui amène à la triste conclusion qu’on ne s’attache à personne durant les quatre-vingt-dix minutes. Désormais, on suit froidement de simples idiots qui se mènent progressivement à leur propre perte, avec un recul tellement ahurissant qu’on ne ressent rien pour eux. Autant, un recul aurait pu être intéressant si les personnages avaient grandi mentalement et constataient progressivement les dégâts qu’ils ont causés, un peu à la manière de American Pie 4 de Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg; autant, ici, ce n’est absolument pas le cas. L’idée du point de vue est donc ici complètement bancale.

L’humour, lui, subit à peu près le même traitement, tout sonne comme du déjà-vu. À l’exception de deux-trois situations qui font leur effet, les vannes sur le sexe, la drogue, et la bêtise hallucinante de chacun des protagonistes ne sont qu’une pâle copie du matériau original. Ajoutez à cela la tentative des scénaristes d’inclure une parodie complètement bâclée de L’Enfer du Dimanche – l’une des références de la saga comme dit plus haut – et la paresse d’un Lev L. Spiro qui semble n’en avoir rien à faire de son propre film, et le tour est joué. Les acteurs sont tous en roue libre, cabotinent à chaque scène et empilent les saynètes nonsensiques qui deviennent progressivement programmatiques, arrivant à peine à nous extirper un sourire. Les caméos, censés être drôles, s’enfilent les uns après les autres, les situations manquent complètement de liant tant dans le scénario que dans le montage, certaines pistes scénaristiques démarrées sont complètement jetées à la trappe en trente secondes montre en main, et l’ennui pointe le bout de son nez très rapidement. Cependant, quelques blagues ou dialogues ont le mérite de fonctionner: en effet, il y a tellement de tentatives d’humour à la seconde qu’il y en a bien trois ou quatre qui fonctionnent; mais les scénaristes appuient tellement lourdement sur chacune des répliques qu’elles en deviennent toutes assommantes et gênantes.


En Conclusion :

Blue Mountain State – The Rise of Thadland était l’occasion rêvée pour Romanski et Éric Falconer de fumer l’énorme pétard préparé dans le Series Finale, mais jamais consommé. Malheureusement, en le traînant sous la pluie, le pétard se mouille. Leur film se tire en permanence des balles dans le pied, la faute à une direction d’acteurs inexistante et par conséquent des personnages en roue libre tendant tous, plus ou moins rapidement, vers l’antipathie. On tient malheureusement ici le premier vrai navet de l’année 2016. Tournez-vous plutôt vers la série.

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