Vin Diesel’s Bloodshot, un super-héros né pour mourir

Synopsis : « Ray Garrison est un soldat tué en mission, et ramené à la vie par RST Corporations, l’entreprise qui l’a transformé en super-humain. Des nanotechnologies coulent désormais dans ses veines, ce qui le rend invincible. Il est plus fort que jamais et capable de guérir instantanément de ses blessures. Mais RST Corporation ne contrôle pas que son corps… Ils ont également la main sur son esprit et ses souvenirs. Ray ne peut distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas – mais sa mission est désormais de le découvrir. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Longtemps réalisateur pour le compte de la société Blur Studio, spécialisé dans les effets spéciaux et bandes annonces en images de synthèse, Dave Wilson passe un cap et se lance dans la réalisation de long-métrage. Et pour son premier essai, il passe directement le cap de la cinquantaine (estimations) de million de dollars de budget avec Bloodshot, adaptation du comic book éponyme avec dans le rôle-titre Vin Diesel. Si le projet sentait le soufre alors qu’on en avait simplement vu la première bande annonce, difficile de prévoir ce dans quoi nous allions plonger tête la première avec le visionnage de ce nouveau film de super-héros. Quoique ce Ray Garrison alias Bloodshot, est-ce un super-héros ou super-vilain ?

Alors que les super-vilains, réincarnés en super-héros, (car humanisés par des scénarios axés sur l’humain et l’empathie provoquée par leurs actions et caractérisations) ont le vent en poupe après le milliard de recette obtenu par les films Joker et Venom, pas étonnant de voir Sony Pictures Entertainment réitérer avec le méconnu du grand public Bloodshot. Son histoire ? Après avoir été abattu au combat, Ray Garrison revient à la vie armée d’un corps composé à 99.9% de nanotechnologie. Ce qui lui confère la possibilité de se régénérer, ainsi qu’une force surhumaine. Vendu comme un film d’action intense et violent (personnage qui attaque de sang froid comme le titre l’indique avec subtilité), contrairement à ce que dévoile la concurrence directe (d’après les dires de la production et ce que sous-entendait le marketing), Bloodshot est en réalité un film malin qui n’est évidemment en rien ce qu’il voulait bien nous faire croire. Derrière son postulat éculé depuis le début des années 2000, se cache un film de super-héros qui cache la violence de ces rares morceaux de bravoure derrière une direction artistique cache misère. Utiliser comme voiture bélier un camion chargé avec de la farine afin de disperser cette même farine dans un tronçon de tunnel insipide qui va servir comme décor à la séquence d’action maîtresse du film. Exemple type de cache misère qui va être utilisé afin d’insister sur les diverses particules qui volent (farine, nanites, balles et douilles…) lors des money shot d’action au ralenti. Ce qui inculque un style visuel à la séquence en question, c’est indéniable, mais permet surtout à la production de s’installer confortablement en studio pour tourner, sans que ce ne soit trop compliqué ou trop cher.

Au-delà de déshumaniser la séquence en question, il en ressort essentiellement une facilité d’écriture comme de production, qui annihile l’immersion d’un spectateur dans l’impossibilité de situer l’action. Et il en va de même pour l’intégralité du film qui alterne entre séquences dans un laboratoire coupé du monde extérieur et scènes dans des lieux intérieurs comme extérieurs complètements aléatoires. Aucun repère spatiaux temporels, aucun moyen de s’immerger correctement ne serait-ce que pour apprécier le spectacle qui lui est proposé. Sans omettre l’absence de sang pour éviter la classification R aux États-Unis, ajoutant son lot d’incohérences. Dave Wilson n’est pas un mauvais réalisateur. Avec son background en tant que réalisateur chez Blur Studio, il a prouvé à maintes reprises être un faiseur de talent capable de créer des courts-métrages de qualité. Impactant et suffisamment bien pensés en terme de chorégraphies (caméra et mise en scène) afin d’inculquer au spectateur cette notion de spectaculaire et de grandiose qu’il recherche. Ce que Dave Wilson prouve tant bien que mal avec Bloodshot. Il sait styliser une entrée de personnage, il sait user du numérique à des fins spectaculaires quitte à être didactique et peu original. Ce qu’on demande pas foncièrement d’être à un cinéate sur chaque production. Bloodshot est un film techniquement maîtrisé porté par des scènes d’action qui fonctionnent. Néanmoins, pour que le réalisateur puisse être créatif (et pas qu’un simple faiseur produisant un blockbuster lambda et conventionnel) il lui faut pouvoir mettre en scène, il lui faut pouvoir se reposer sur un scénario qui ne soit pas qu’une accumulation de stéréotypes éculés incarnés par des marionnettes déshumanisées et pas intéressants. Le technicien qu’il est a besoin de se nourrir et de s’imprégner d’une volonté artistique, d’une histoire et de personnages originaux afin de transcrire cela à l’image. Ce qu’il a superbement réalisé par le passé au travers de bandes annonces pour des licences vidéoludiques comme Mass Effect, Bioshock ou encore The Elder Scrolls Online.

Bloodshot, un super soldat en quête de vengeance. Un scénario feignant dont l’arc narratif principal repose sur la quête de vengeance du personnage principal. Quelques rebondissements scénaristiques plus tard, le spectateur est lassé par une histoire qui lui a déjà été raconté à des dizaines de reprises. Celui que l’on devrait titré Vin Diesel’s Bloodshot est l’oeuvre d’un acteur/producteur qui ne veut pas ternir son image de bon samaritain loyal et protecteur auprès de son public. Un pur film de commande de la part de la vedette de la saga Fast & Furious dont chaque apparition à l’image semble avoir été dictée afin qu’il paraisse invincible, inatteignable. La posture du soldat américain, le dos bien droit et le regard sur la cible en toutes vraisemblances est la représentation du mal incarné qui en veut à sa patrie et/ou à sa famille. Indigent, redondant, agaçant. Ce qui aurait pu être un personnage à la l’ornière entre le super-héros et le super-vilain à cause de son hyper violence est finalement un personnage fade et insipide à la caractérisation resucée de Dominic Toretto. On ne parlera pas du panel de personnages secondaires constitués majoritairement d’insupportables sides-kicks du machiavélique scientifique milliardaire, ainsi que du petit génie de l’informatique qui exauce tous les souhaits d’un scénariste parti en confinement un an avant le début de la pandémie.

Bloodshot, Vin Diesel un super-héros né pour mourir. Ce qui est le point de départ de l’histoire du film est également notre point de départ de l’écriture de cet article. Un acteur principal aussi producteur, qui se voyait en haut d’une montagne d’or (en réponse au succès d’un certain Dwayne Johnson dans la même catégorie ?), mais qui se retrouve rapidement rattrapé et pris à la cheville. Une histoire stéréotypée jusque dans les moindres ressorts narratifs, des personnages peu empathiques desservie par une mise en scène déshumanisée et désuète qui se rattrape tant bien que mal à des séquences d’action techniquement abouties et maîtrisées grâce à la présence derrière la caméra d’un technicien qui a déjà fait ses gammes. Encore là, difficile de ne pas voir l’égo d’un acteur/producteur qui incarne un super soldat qui ne courbe pas l’échine devant le déferlement des chargeurs adverses. Toujours debout, prêt à combattre, jamais une égratignure. S’ils auraient pu, ou du, travailler la problématique « Comment humaniser un personnage fondamentalement invincible », ils ne font que creuser les méandres de la facilité du revenge movie désuet et inintéressant. Finalement, que l’on aime ou non, difficile face à un tel spectacle de ne pas regretter les personnages du Marvel Cinematic Universe, qui avaient un minimum de personnalité et un background propre à chacun. De vrais personnages, pas que de simples stéréotypes insipides.

« Bloodshot, un super soldat loyal qui ferait tout pour venger sa famille, et qui, à la différence d’un Dominic Toretto peut justifier son invincibilité. »


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