Blood Quantum, le film vengeance historique parsemé de zombies

Synopsis : « Les morts reviennent à la vie aux abords de la réserve micmaque de Red Crow, à l’exception des habitants autochtones qui semblent immunisés contre cette épidémie. Devant la menace grandissante, Traylor, le shérif de la communauté, doit protéger la petite-amie enceinte de son fils et les habitants de la réserve, mais aussi gérer la vague de réfugiés blancs qui viennent se mettre à l’abri… »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Attendu initialement pour le 27 mars 2020 dans les salles nord-américaine, après avoir été présenté en première mondiale lors du TIFF 2019, le film de genre Blood Quantum a subitement changé d’écran de diffusion afin de trouver son public. Face à un cinéma d’horreur malheureusement mainstream et formaté qui pousse certains cinéastes à s’en émanciper, faisant preuve d’audace et de créativité, le cinéma de genre a du mal à rester la tête hors de l’eau. Et lorsque l’on dit cinéma de genre, l’horreur étant du genre, l’on parle d’un cinéma d’horreur peu conventionnel. Souvent viscéral, gore et bien plus violent que ce les œuvres produites et distribuées nous laissent entrapercevoir. Montréal est néanmoins une ville qui, à l’image de Gerardmer en France, permet par le prisme de son festival Fantasia, d’avoir un global et beau tour d’horizon de la culture du genre. Si ce film n’aura pas été présenté à Fantasia, il y aurait eu une place d’honneur, tel qu’il a pu en avoir une au Toronto International Film Festival en 2019. Produit par Les Films Prospector et distribué par Elevation Pictures, Blood Quantum est un de ces rares films de genre qui a trouvé un distributeur et qui aurait dû sortir dans les salles de cinéma nord américaine. Pandémie oblige, c’est en vidéo à la demande qu’Il devra trouver son public. Néanmoins, c’est cette belle pandémie qui pourrait bien lui offrir une visibilité qui rendrait envieux n’importe quel coup de marketing.

Si l’on a du mal avec les scripts qui se servent des peuples autochtones et des premières nations afin de se blanchir en produisant une oeuvre qui fondamentalement ne s’intéresse pas à eux en temps qu’humains, mais en tant que faire-valoir moraux, Blood Quantum est la représentation de l’antithèse de ce que l’on vient d’écrire. Prenant place dans la réserve fictive de Red Crow, Blood Quantum plonge le spectateur dans un monde ou l’être humain blanc a été contaminé et tué par une pandémie qui a épargnée les membres de Premières Nations. Réalisateur et scénariste du film, Jeff Barnaby ferme la boucle et offre aux autochtones la possibilité de prendre les armes et de survivre face à l’envahisseur. S’il demeure avant tout et surtout un film de zombies dont on attend du sang et des membres arrachés par centaines, Blood Quantum captive et intéresse avec son background scénaristique aux connotations historiques et moderne.

D’un côté la pandémie mondiale dont on souffre actuellement, mais surtout, son rapport à l’histoire des colonies du Québec. Donner le pouvoir aux autochtones et créer un retour de force vis-à-vis des désastres causées sur la démographie des peuples autochtones lors de la colonisation du Québec des français, anglais et espagnols au 17e siècle. Celui qui avait provoqué des ravages en apportant microbes et virus depuis l’Ancien Monde, se voit ici décimé par un même virus d’origine inconnu, laissant comme seuls survivants immunisés les peuples autochtones. Un point de départ scénaristique malin, tout en ne cédant pas aux louanges moralisatrices ou manichéennes, puisque va s’en suivre tout du long un questionnement autour de la xénophobie et du mal causé par celles et ceux qui s’obstinent à rejeter les étrangers, consciemment et sans raisons. Un film de zombies certes, mais un film de zombies qui a du sens et qui fait sens.

Un scénario malin sous forme de revanche imaginaire sur l’histoire pour les peuples autochtones, tout en ne perdant pas de la tête, d’offrir à son public son lot de séquences d’action gore et décomplexées. Si l’on regrettera une mise en place assez longue, ainsi que quelques baisses de rythmes (fondamentalement nécessaires afin que les arcs narratifs des différents personnages s’accordent et que leurs actions prennent sens), le film s’en sort honorablement, cumulant les moments d’action aussi généreux que jubilatoires. Quelques gags de mise en scène, du combat à l’arme blanche, des fusillades, mais également quelques moments de tension et de stress. Jeff Barnaby ne se contente pas de l’aspect violent et sauvage de l’action, mais va également chercher du côté de l’horreur et de l’humour afin de faire de Blood Quantum un film de genre complet qui ravira d’autant plus les amateurs et fervents habitués du genre. D’autant plus que oui, Blood Quantum est un film qui visuellement n’a absolument rien à envier aux grosses productions horrifiques mainstream. Si on regrettera des visages souvent peu éclairés et un film globalement trop sombre, il en subsiste une oeuvre à l’immersion garantie grâce à une direction artistique de grande qualité, ainsi qu’à des maquillages et effets spéciaux pratiques absolument incroyable. La réalisation stylisée, qui prend son temps et privilégie la contemplation à une anarchie sur-découpée et cocaïnée, permet d’apprécier ce travail d’artiste qui inculque au film une sincérité incroyable envers le genre.

Si George Miller nous aura fait découvrir l’outback australien avec Mad Max premier du nom, Jeff Barnaby s’attelle à nous faire découvrir la Gaspésie par le prisme de la réserve (fictive) micmaque de Red Crow. L’immersion par le soin apporté aux costumes, à la direction artistique, aux maquillages et effets pratiques. Le soin apporté par les différents artistes afin de créer un univers cohérent et immersif, rappel sans équivoques le film culte de George Miller. Ne manque fondamentalement à ce Blood Quantum qu’un personnage charismatique pouvant être héroïsé par la mise en scène, ainsi qu’une bande originale qui marque et transporte. Si le casting est convaincant, les personnages ne marquent malheureusement pas et c’est ce qui manque réellement au film pour marquer la mémoire. Le moment reste bon, surprenant, au-delà d’être gore et jubilatoire, grâce à son scénario en forme de vengeance sur l’histoire. Le cinéma de genre québécois semble avoir un nouveau porte étendard, sept ans après la sortie de l’extravagant Discopathe.


Disponible en vidéo à la demande depuis le 28 avril 2020.

« S’il lui manque drastiquement une bande originale qui décroche la mâchoire, Blood Quantum n’en demeure pas moins un des films de zombies les plus généreux et mieux écrit de ces dernières années. »


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